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La wilaya a été hier le théâtre d’affrontements violents entre émeutiers et forces de l’ordre

Béjaïa : la grève tourne à l’émeute

Accrochage entre manifestants et police antiémeute, hier, à Béjaïa. ©D. R.

Les affrontements ont fait des blessés, dont trois parmi les émeutiers à Sidi Aïch. Des saccages ont eu lieu au chef-lieu de wilaya. De nombreuses arrestations ont été opérées.

L’appel à la grève d’une semaine à partir d’hier, lancé sur les réseaux sociaux, a tourné, au chef-lieu de la wilaya de Béjaïa, à l’émeute. Les commerçants, qui ont suivi massivement le mot d’ordre de grève en dépit de l’absence de toute organisation pour le chapeauter, ont voulu protester, pacifiquement s’entend, contre la cherté de la vie et l’augmentation des taxes prévues dans la loi de finances 2017.
Cependant, leur mouvement a été altéré par des émeutes d’une rare violence qui ont éclaté à la mi-journée, en témoignent les saccages d’édifices publics, d’un bus de transport urbain (public), l’incendie d’un camion de CRS et les affrontements, plus ou moins violents, qui se sont poursuivis jusqu’en fin de journée par endroits.
Tout a commencé, vers 11h30, au chef-lieu de wilaya, lorsque des jeunes ont investi les rues au niveau de l’Edimco, en barricadant les rues avec divers objets et des pneus brûlés. Un bus de transport urbain a été saccagé alors après que les émeutiers eurent fait descendre les voyageurs. Les brigades anti-émeutes interviennent alors pour rétablir l’ordre mais c’était sans compter sur la détermination des émeutiers qui voulaient avancer vers le siège de la wilaya, sis au centre-ville.

Les émeutes éclatent
Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre éclatent. C’est le point de départ de ces émeutes qui deviennent violentes. Aux lancers de bombes lacrymogènes des forces de l’ordre, les émeutiers ripostent par des jets de pierres et autres projectiles. Mais, vu le nombre sans cesse croissant des émeutiers et leur détermination pour se diriger vers le siège de la wilaya, ceux-ci finiront par forcer le barrage des brigades anti-émeutes.
Une heure après les affrontements, ils peuvent gagner le rond-point de la wilaya.
Les citoyens adultes assistent “médusés” à ces affrontements d’une extrême violence entre les deux camps. “Hé là : siassate atakachouf !” (politique de l’austérité), scandent les émeutiers. Mais manifestement, les émeutiers n’ont qu’un objectif : gagner le siège de la wilaya. Les forces de l’ordre les repoussent par des tirs de bombes lacrymogènes. Le rond-point s’est transformé en un véritable champ de bataille entre les émeutiers et les éléments des brigades anti-émeutes.
Ces derniers auraient usé de balles en caoutchouc, affirment des jeunes émeutiers qui se replient à l’endroit où sont positionnés quelques journalistes.
Certains abribus sont saccagés et des panneaux de signalisation arrachés par des émeutiers. Et ce sera l’unique foyer de tension du chef-lieu de wilaya, le plus violent aussi. On  assiste, durant cet affrontement entre émeutiers et forces anti-émeutes, à des arrestations de manifestants et à des blessés de part et d’autre.
Jusqu’en fin de journée, hier,
aucun bilan n’était disponible. Les hostilités entre les émeutiers n’ont pas cessé durant toute l’après-midi, et en fin d’après-midi, les affrontements se poursuivaient avec la même intensité.

Une matinée plutôt calme
Pourtant, la matinée a été plutôt calme dans la commune Béjaïa et dans tout l’arrière-pays de la wilaya, que ce soit dans la vallée de la Soummam ou du côté du Sahel, sur la côte Est. Les commerçants, qui étaient en grève, notamment dans les quartiers d’Ihaddaden, d’Ighil Ouazzoug, de Tazeboudjt, se sont réunis en petits groupes pour discuter, mais sans plus. Certains n’ont pas suivi le mot d’ordre de grève. Il n’y avait aucune animosité.
Certains nous apprennent que des jeunes à scooter sont venus leur demander fermement de baisser rideau. “Nous n’avions pas le choix. Nous avons préféré fermer boutique pour éviter de fâcheuses surprises”, dira l’un d’eux.
Mais dès l’éclatement des émeutes, les rares commerçants encore ouverts ont baissé rideau. Béjaïa est devenue une ville ouverte à tous les dépassements.
Dans les autres localités de la région, c’est la grève qui a dominé. Des escarmouches ont, toutefois, été signalées à Sidi Aïch où des manifestants, selon des sources locales concordantes, ont barricadé la route avant d’assiéger le siège de la sûreté urbaine de daïra en l’arrosant de jets de pierres. Ce à quoi, les forces de l’ordre ont riposté par des tirs de bombes lacrymogènes.
Trois jeunes manifestants blessés à Sidi Aïch
Trois jeunes manifestants ont été blessés, hier, lors des affrontements ayant éclaté dans la ville de Sidi Aïch, après la fermeture de la RN26 par des citoyens qui protestaient contre la cherté de la vie, accentuée par les mesures prises dans la loi de finances 2017. Selon une source hospitalière, l'une des trois victimes, atteinte d'une balle en caoutchouc au  thorax, a été prise en charge par une équipe médicochirurgicale, alors que les deux autres manifestants, qui présentaient de simples malaises dus à l'inhalation de gaz lacrymogène, ont reçu les soins nécessaires au pavillon des urgences.  À noter que les trois jeunes ont quitté l'hôpital hier après-midi, précise notre source. Une chose est sûre, selon des sources locales, le suivi de la grève a été massif dans la haute vallée de la Soummam. Sur la côte Est de la wilaya, la grève a été massivement suivie dans la station balnéaire d’Aokas et à un degré moindre dans la daïra de Souk El-Tenine. Dans la commune de Tichy, des manifestants ont fermé la RN9, reliant la wilaya de Béjaïa à celles de l’Est, au niveau de Bakaro. Aucune escarmouche n’est à signaler dans la région.

La Laddh appelle au calme
La grève générale pacifique réussie sur tout le territoire de la wilaya démontre, selon le vice-président de la Ligue algérienne de la défense des droits de l’Homme, “encore une fois, le degré de maturité et d'éveil de la population et sa détermination à défendre ses droits socioéconomiques menacés par la loi de finances 2017 adoptée dans le sillage de la crise économique que traverse notre pays”.
Toutefois, il déplore les scènes de violence et de destruction des biens publics qui ont eu lieu  à Béjaïa et dans d'autres localités. Aussi, la Laddh a décidé d’appeler la population à la vigilance et au calme, et a réaffirmé que “seul un cadre pacifique serait en mesure de faire aboutir des revendications citoyennes et légitimes”.  La Laddh déplore ce dérapage qui pourrait mener le pays vers l'inconnu, l’incertitude et le chaos. On a appelé à la sérénité pour éviter un dérapage préjudiciable. D’où, l’insistance de cette ONG à demeurer vigilant. Car on considère que seul le combat pacifique pourrait faire aboutir les justes revendications citoyennes.

M. Ouyougoute/L. Oubira


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