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A la une / Actualité

Il a été tué en direct à la télévision le 29 juin 1992

Boudiaf, le rêve d’une autre Algérie assassiné

Le défunt président Mohamed Boudiaf. ©D. R.

Il était le premier à évoquer ouvertement l’intrusion de l’argent sale dans la gestion du pays et sa volonté affichée de faire barrage à cette mafia politico-financière a creusé les premières pelletées de sa tombe.

Que reste-t-il de Boudiaf vingt-six ans après son assassinat ? De la mémoire de l’homme, de l’héritage politique de l’éphémère chef de l’État ? Le 29 juin 1992, le président Mohamed Boudiaf est tué en direct, devant des millions d'Algériens, alors qu’il tenait un discours à la Maison de la culture d’Annaba. Tous les Algériens, en âge de se souvenir de ce lundi meurtrier, se remémorent ce qu’ils faisaient en cet instant fatidique ou au moment où ils apprennent la nouvelle. Et puis. Rien.
Le nom de Boumaarafi, un ersatz de Lee Harvey Oswald, jeté en pâture à la vox populi, un procès médiatique et une version qui privilégie l'acte isolé. Depuis, le pays s’est englué dans un marécage de sang et le souvenir même de l’historique du 1er Novembre de presque s’estomper comme si le poids de l’homme était devenu subitement encombrant. Son court passage à la tête de l’État, 5 mois et 13 jours au pouvoir, le timbre de sa voix, son allure et l’impression qu’il dégageait ont créé une sorte de symbiose avec les enfants du peuple. Accessible à tous, humble et au-dessus de sa fonction présidentielle, Boudiaf contrastait avec l’image austère des apparatchiks du régime. Son éloignement même d’Alger lui donnait un certain avantage, celui de ne pas être otage d’un clan, étranger aux pratiques mafieuses d’un pouvoir central gangrené. La guerre qu’il voulait déclarer contre la mafia politico-financière a eu raison de sa vie. Une lecture qui vaut la thèse de l’acte isolé et qui contribue un peu plus à asseoir le mythe d’un homme qui se savait menacé et qui a accepté de rester à son poste pour l’amour de son pays. Évoquer Boudiaf, vingt-six ans après son assassinat, c’est se faire l’écho de la quête de vérité. Mais dans un pays où les secrets d’État sont aussi inviolables et aussi dangereux qu’une attaque bactériologique, la vérité sur la mort de Boudiaf n’est pas dans l’actualité nationale. Même Nacer a fini par se rendre à l’évidence que personne n’est prêt et surtout n’a intérêt à divulguer le complot. La mémoire de Tayeb El-Watani dérange, puisque son fils tient ainsi à dénoncer le refus des autorités civiles d’Annaba de commémorer ce 26e anniversaire. Boudiaf était le premier à évoquer ouvertement l’intrusion de l’argent sale dans la gestion du pays et sa volonté affichée de faire barrage à cette mafia politico-financière a creusé les premières pelletées de sa tombe. Son souhait est mort avec lui, puisque la caste qu’il a dénoncée a enfanté cette classe d’oligarques qui a fini par croiser l’argent douteux des affaires et des détournements avec le monde politique. Vingt-six ans après, la fameuse question de Boudiaf reste toujours sans réponse. “Où va l’Algérie ?” s’était-il interrogé dans son livre de 1964, mais dramatiquement d’actualité.
Rares sont ceux qui peuvent y répondre, mais il est un fait indéniable, c’est que la mémoire de Boudiaf, elle, est éternelle dans le cœur des Algériens.

Saïd OUSSAD


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