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Opacité sur l’échéance électorale, décisions tâtonnantes de l’exécutif

Bouteflika et le “pouvoir parallèle”

À la veille de l’élection présidentielle, la question est de savoir qui tient les clés de la maison. © D.R.

De plus en plus d’Algériens expriment leurs inquiétudes via les réseaux sociaux sur la crise morale dans laquelle s’est englué le pays, la propagation de la corruption à vue d’œil et le regain de l’activisme islamiste,
au moment où l’Exécutif donne l’impression d’expédier les affaires courantes.

“N’êtes-vous pas saisis d’angoisse à l’idée que des forces extraconstitutionnelles ont pris en main les destinées du pays à la faveur de la vacance du pouvoir ? Ces forces sont constituées de groupes d’influence, d’intérêts et de pressions et se sont emparées du centre de la décision nationale avec leurs ambitions et leurs visées particulières qui n’ont absolument aucun lien avec l’intérêt général et l’intérêt national.” C’était en mars 2016 et l’homme qui parlait ainsi n’est autre que l’ex-chef de gouvernement, aujourd’hui à la tête de Talaie El-Houriat, Ali Benflis.
Pour avoir longtemps occupé de nombreux postes au sein de l’“establishment” au pouvoir, Ali Benflis, instruit des mécanismes de fonctionnement du sérail, sait sans doute de quoi il parle. Quelques mois plus tôt, à l’automne 2015, une demande d’audience formulée par dix-neuf personnalités, dont d’anciennes figures de la Révolution et d’ex-ministres sous Bouteflika, fait désordre et suscite une avalanche de réactions parmi les partis du pouvoir et leurs organisations satellites. Ces personnalités, à travers leur entreprise, entendaient savoir si le Président était réellement informé de la situation du pays et si des décisions, dont certaines jugées attentatoires à la souveraineté du pays, n’étaient pas prises en son nom par un pouvoir parallèle. “Pour ne pas dire qu’il est séquestré, le Président est assigné à résidence”, avait lâché, alors, Lakhdar Bouregaâ, ancien officier de la Wilaya IV et un des fondateurs du FFS, comme pour exprimer un dépit de ce que leur entreprise n’ait pas connu de suite. Qualifiées de “salonnards” par le patron du FCE, ces personnalités seront vouées aux gémonies par le secrétaire général du FLN d’alors, Amar Saâdani, qui leur a conseillé, sarcastiquement, d’aller “demander à François Hollande des nouvelles de Bouteflika”, tandis qu’Ahmed Ouyahia les a accusées d’“attenter à l’image de l’Algérie”. Pourtant, quelques années plus tard et à la veille d’une élection présidentielle qui s’annonce cruciale, force est d’admettre que la question de savoir qui tient réellement les clés de la maison se pose avec acuité.
“On ne sait pas qui décide en Algérie”, a lâché mercredi le président du MSP, Abderrezak Makri, peu après sa rencontre avec Abdelaziz Belaïd, président du Front Al-Moustakbal, dans le cadre de son initiative du consensus national. On peut présumer, a priori, qu’il s’agit d’une expression de dépit après le refus qu’il lui a été opposé par le FLN et le RND, divergences liées essentiellement au choix de la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat. Mais cela ne saurait occulter un constat venant d’un parti qui faisait, il n’y a pas si longtemps, partie du gouvernement et souvent prudent lorsqu’il s’agit d’aller à l’abordage. Et rien de plus emblématique de la dilution de la décision que le brutal limogeage de l’ex-Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, quelques semaines à peine après sa nomination ou encore le cafouillage autour de la nomination du ministre du Tourisme, Messaoud Benagoun, et la valse-hésitation autour de certaines décisions. Aussi de plus en plus d’Algériens expriment leurs inquiétudes via les réseaux sociaux sur la crise morale dans laquelle s’est englué le pays, la propagation de la corruption à vue d’œil et le regain de l’activisme islamiste, au moment où l’Exécutif donne l’impression d’expédier les affaires courantes et de “surveiller” la société, comme du lait sur le feu. Même “s’il travaille avec sa tête et non avec ses pieds”, pour reprendre une formule d’Amara Benyounès qui se rend désormais à l’évidence qu’“on ne doit pas forcer le Président”, l’absence de Bouteflika, malgré quelques rares apparitions, outre qu’elle ouvre la voie aux spéculations sur l’existence de “forces parallèles”, elle impacte le fonctionnement des institutions et la voix de l’Algérie à l’étranger. “N’êtes-vous pas inquiets lorsque vous constatez de vos yeux la vacance du pouvoir et le vide au sommet de l’État ? Aucun pays ne peut considérer une situation dans laquelle il est dépourvu d’un chef qui l’inspire, qui l’oriente, qui le guide et qui veille à la conduite de ses affaires comme une situation normale. Aucun peuple ne peut estimer vivre une situation normale sans un chef qui vient à sa rencontre, s’adresse à lui et le représente à l’intérieur comme à l’extérieur.” C’est encore Ali Benflis.


Karim Kebir


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