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A la une / Actualité

L’entrevue qu’il devait accorder au prince héritier saoudien annulée à la dernière minute

Bouteflika incapable de recevoir MBS

Le président de la République dans un fauteuil roulant. © D.R

Depuis quelques années, Abdelaziz Bouteflika ne reçoit que très rarement les responsables politiques étrangers en visite dans notre pays.

Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a été incapable de recevoir, hier, le prince héritier d’Arabie saoudite. Un communiqué laconique de la présidence de la République, repris par l’agence de presse APS, a précisé, en début d’après-midi, que “alité du fait d'une grippe aiguë”, “Son Excellence M. le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, n'a pu recevoir comme prévu le prince héritier d'Arabie saoudite, Son Excellence Mohamed Ben Salmane, en visite de travail en
Algérie”.
Une fois n’est pas coutume, le communiqué de la présidence de la République rappelle que la rencontre entre le chef de l’État et le prince héritier était “prévue” dans un premier temps. Ce qui n’a pas été fait pour d’autres visites durant lesquelles le chef de l’État n’avait pas pu recevoir, également pour cause de maladie, d’autres  hôtes de l’Algérie. Habituellement, les services de la présidence de la République ne communiquent pas sur les rendez-vous ratés du chef de l’État.
C’était le cas, le 3 novembre dernier, lorsque le président du Conseil des ministres italien, Giuseppe Conté, était en virée de quelques heures à Alger. La présidence de la République avait annoncé, la veille, que le responsable italien devait venir à Alger sur “invitation du président de la République”. Il se contentera d’une réunion de travail avec le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, habitué depuis quelques mois à remplacer le chef de l’État dans des rencontres internationales. La Présidence n’a pas expliqué pourquoi le responsable politique italien n’a pas eu droit, lui aussi, à une audience avec Bouteflika. Elle ne l’a pas jugé nécessaire. En revanche, pour Ben Salmane, elle a éprouvé comme une obligation à le faire, car craignant que les mauvaises langues concluent à un choix de la part de Bouteflika de recevoir un hôte encombrant, devenu paria dans plusieurs capitales mondiales à la suite de la décapitation du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre dernier, au consulat saoudien d’Istanbul, en Turquie. La vérité est que le chef de l’État n’assume plus ses attributions diplomatiques.

Une défection récurrente
Depuis quelques années, en effet, Abdelaziz Bouteflika ne reçoit que très rarement les responsables politiques étrangers en visite dans notre pays. Lorsque sa santé le lui permet, il s’entretient avec ses invités, quel que soit leur rang. C’est ainsi qu’au début de l’année 2018, il avait accepté de s’entretenir avec des émissaires saoudiens qui n’ont même pas rang de ministre. Il avait reçu, également, d’autres dignitaires. C’est le cas de l’ancien président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, et du Premier ministre malien. En septembre, Abdelaziz Bouteflika avait accordé quelques minutes d’entretien à la chancelière allemande Angela Merkel, venue à Alger discuter, notamment, de la question de l’expulsion des migrants clandestins algériens établis en Allemagne. Une chancelière qu’il n’avait pu recevoir une année auparavant. En février 2017, alors que les autorités algériennes s’apprêtaient à recevoir en grande pompe la chancelière Angela Merkel, un incident inattendu a tout annulé. Dans la matinée de la visite, et alors que la responsable allemande était déjà à bord de l’avion qui devait l’amener à Alger, la présidence de la République avait publié un communiqué annonçant que la visite était annulée parce que le Président souffrait d’une “angine aiguë”. Un coup de canif dans le dos d’un pouvoir qui a de tout temps tenté de vendre l’image d’un Président assumant ses responsabilités et attributions malgré un lourd handicap physique qui l’empêche de parler et de se déplacer. C’est dans le même sillage que des visites du président vénézuélien, Nicolas Maduro, se sont déroulées sans rencontre avec le chef de l’État. Ce dernier n’a pas non plus pu recevoir le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, dont le pays est considéré pourtant comme un des meilleurs partenaires commerciaux de l’Algérie. L’Italie est, en fait, notre premier client et l’Algérie n’a jamais oublié que pendant les années 1990, ce pays était l’un des rares à avoir gardé son ambassadeur à Alger pendant la tourmente qui avait poussé une bonne partie des pays à fermer leur représentation diplomatique. Durant ces quatre dernières années, des dizaines d’ambassadeurs ont travaillé et quitté le pays sans avoir rencontré une seule fois le chef de l’État à qui ils doivent, pourtant, présenter leurs lettres de créance.

Une absence et des inquiétudes
L’absence prolongée du chef de l’État n’est plus un secret pour personne. La classe politique, notamment des personnalités issues de l’opposition, estiment que la situation ne peut plus durer. Toujours prudente lorsqu’il s’agit d’évoquer le chef de l’État, la secrétaire générale du Partis des travailleurs, Louisa Hanoune, a fini par admettre, publiquement, qu’à cause de la dégradation de son état de santé, Abdelaziz Bouteflika ne peut plus se représenter à un nouveau mandat. Un sentiment partagé par le président du MSP, Abderrezak Makri.
Ce dernier l’exprime différemment, mais il pense que dans l’état actuel des choses, la reconduction du chef de l’État pour un nouveau mandat est de moins en moins probable. D’autres chefs de partis politiques n’en pensent pas moins. Chacun a dénoncé le 5e mandat à sa manière.
Cette absence physique du chef de l’État pousse certains acteurs politiques à estimer que d’autres centres de décisions agissent en son nom. Louisa Hanoune pense que c’est le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui a inspiré le message attribué au chef de l’État et lu en son nom mercredi passé devant les walis de la République. “Cette lettre va dans le sens des orientations du Premier ministre. Elle ne ressemble en aucune manière au style du Président, ni dans le fond ni dans la forme. Ceux qui l’ont rédigée sont ceux-là mêmes qui ont initié les orientations inquiétantes”, a-t-elle soutenu.
Elle rejoint ainsi les inquiétudes d’un Ali Benflis qui a toujours accusé des “forces extraconstitutionnelles” d’avoir accaparé des attributions de la présidence de la République. Un soupçon exprimé également par des hommes du pouvoir.
C’est ainsi que l’ancien président de l’APN, Saïd Bouhadja, avait estimé que le limogeage de Djamel Ould Abbes était “l’œuvre de la présidence de la République, mais pas du président de la République”. Une assertion qui résume l’état de l’institution présidentielle à cinq mois du scrutin d’avril 2019.


Ali Boukhlef


 


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