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A la une / Actualité

Le yéménite Mohamed El-Halabi prétend détenir des remèdes miracles

Ce charlatan qui investit dans la détresse des cancéreux

Quand l’incurie profite aux charlatans. © Farid Abdeladim/Liberté

Ce vendeur de rêve ressuscitant l’ère des miracles se réclame comme étant “l’agent” (ou le collaborateur) d’un certain Omar El-Fatil installé au Yémen.

Un charlatan yéménite sans foi ni loi continue de profiter, dans l’impunité totale, de la crédulité des malades qu’il fait payer à coups de sommes astronomiques de prétendus services médicaux. À cela, il faut ajouter l’indulgence, pour ne pas dire la passivité des autorités compétentes. Mohamed El-Halabi, dont le cabinet, initialement, d’herboriste, ouvert sous le nom de “Centre Kenda de soins par les plantes médicinales”, sis à Chéraga, sur les hauteurs d’Alger, se fait passer pour un guérisseur y compris du… cancer ! Il propose des produits dont seul son supposé employeur, qu’il présente comme “un grand médecin herboriste connu au Yémen”, détiendrait le secret. Ce vendeur de rêve ressuscitant l’ère des miracles se réclame comme étant “l’agent” (ou le collaborateur) d’un certain Omar El-Fatil installé au Yémen.
Ceci, quand bien même, c’est bel et bien ses nom et prénom qui sont affichés sur la porte d’entrée du “cabinet”. “Ce n’est pas moi le médecin. Je suis son agent ici en Algérie. Le médecin herboriste est Omar Al-Fatil. Il est très connu chez nous au Yémen pour guérir plusieurs maladies à base de produits naturels qu’il fabrique lui-même”, s’est-il défendu dans son “cabinet” où il a accepté de nous recevoir, après notre sollicitation. “Nous avons appris par le biais de l’une de vos patientes que vous guérissez le cancer du sein. Est-ce vrai ?”, lui avons-nous demandé lors de notre appel dont on garde l’enregistrement. Sa réponse se voulait plus que rassurante : “Bien sûr que oui. Vous allez voir les résultats dès le début du traitement ; le sein affecté commencera à se rétablir et à guérir au bout d’à peine deux semaines de traitement. Mais ça coûte cher et c’est sur commande”. “Mais alors, c’est quoi comme traitement ?”, lui avions-nous demandé. “Il s’agit de gélules à base d’un cocktail de plantes médicinales fabriquées dans les laboratoires du docteur Omar Al-Fatil, au Yémen. Le patient doit prendre au moins trois flacons de 180 gélules chacun. Le tout coûte 250 000 DA
(25 millions de centimes).” Un discours que le bonimenteur professionnel réitérera, avec une dose supplémentaire de supercheries, lors de notre virée dans son “cabinet”, sis dans un niveau de villa à un jet de pierre du tribunal de Chéraga. “Voici le médicament dont je vous ai parlé au téléphone. Mais un seul lot de trois boîtes ne suffit pas pour la guérison. Le malade doit généralement  prendre au moins deux lots, soit trois boîtes pour un montant de 500 000 DA (50 millions de centimes)”, nous a-t-il expliqué en brandissant l’emballage qu’il nous exhibe volontiers pour en prendre une photo. Il s’agit, en fait, d’un “complément alimentaire” qui nous rappelle le fameux “Rahmet Rabi” (RHB) de Toufik Zaïbet…Frappé d’une grande enseigne annonçant son activité, plutôt légale, d’herboriste, le cabinet de Mohamed El-Halabi ne laisse transparaître, de l’extérieur, rien d’anormal. “Herbes médicinales”, “crèmes”, “hijama” ou encore “herbes importées” — non identifiées — sont autant d’annonces affichées en langue arabe à l’entrée du “cabinet”. Sauf qu’à l’intérieur, on ne trouve rien de tel. En effet, aucun des produits affichés n’y est exposé, comme cela se fait chez un herboriste ordinaire. Mohamed El-Halabi ne dispose que d’un bureau, de deux chaises et d’un fauteuil pour accueillir ses patients. Mais aussi d’une arrière-salle qui fait office de “salle de consultation”, à laquelle nous n’avons pas pu accéder.

Poignant témoignage d’une victime
En réalité, notre intérêt d’appeler puis de se rendre chez ce charlatan faisait suite au poignant témoignage filmé de R. B., la quarantaine, l’une de ses victimes qui s’est fait avoir au début de son cancer du sein, en 2015.
Le calvaire de cette jeune femme aura duré une longue année avant de se rendre au Centre Pierre et Marie-Curie (CPMC) d’Alger où les médecins découvriront la catastrophe que lui a fait subir ce “soigneur non conventionnel”. Elle raconte avoir opté pour ce “guérisseur” sur conseil de gens de son entourage. Mais, R. B. n’avait pas reçu complément alimentaire susmentionné. Pire, elle s’est fait “soigner”, à coups de millions, avec des plantes et autres substances inconnues que le charlatan lui avait prescrites, le complément alimentaire en question, justifie Mohamed El-Halabi, n’était pas encore “inventé”. “Lorsque j’ai découvert, début 2015, un ganglion dans mon sein, j’ai aussitôt demandé conseil à mes connaissances qui m’avaient alors conseillé cet herboriste de Chéraga. C’est ainsi que je suis allé chez lui. Mon seul objectif étant de me débarrasser de cette chose bizarre qui est apparue soudainement au sein. Une fois chez lui, il m’a juré de me guérir rapidement, pour peu que je le paye à temps. Il m’a demandé la somme de 40 millions de centimes (400 000 DA). Ne cherchant qu’à me débarrasser de la maladie, je n’avais pas le choix que d’accepter sa proposition, même si, et Dieu le sait, je suis pauvre et cette somme me paraissait énorme”, se rappelle, désabusée, la victime d’El-Halabi dont le “traitement” qui lui a été prescrit était composé de feuilles de choux, de compresses, d’un cocktail de substances inconnues et… d’une dose de persil ! “Une semaine plus tard, je suis retournée chez lui, il m’a donné une bouteille remplie d’un sirop noir et m’a conseillé de mettre un peu de ce liquide et du persil finement haché dans une compresse couverte d’une feuille de choux, les deux bien repassées, puis de la poser sur mon sein. Chose que j’avais, naïvement, accepté de faire pendant plusieurs mois contre une somme de 40 000 DA. J’allais poursuivre le traitement jusqu’à la guérison promise, mais comme je n’avais pas encore amassé la totalité de la somme demandée, soit 400 000 DA, il a refusé de continuer de me traiter. Et comme dit l’adage, à quelque chose malheur est bon, j’ai raconté un jour mon calvaire à une amie qui m’a vite emmenée au CPMC pour, enfin, commencer le traitement qu’il faut pour un cancer du sein. Mais, entretemps, ce charlatan m’avait abimé le sein. Aujourd’hui, je suis prête à témoigner contre cet ennemi de Dieu devant la justice. Je veux qu’il soit arrêté et condamné pour qu’il ne fasse plus d’autres victimes”, jure-t-elle désormais. S’il ne semble pas mesurer son acte pour le moins criminel, Mohamed El-Halabi a, néanmoins, reconnu les faits. “Effectivement, nous avons déjà soigné des patients avec des plantes médicinales tout aussi efficaces, mais le présent médicament (complément alimentaire), tout récemment fabriqué par le célèbre Omar El-Fatil, est beaucoup plus efficace. Aujourd’hui, nous avons des demandes, y compris de hauts cadres algériens”, a-t-il, en effet, tenté de nous convaincre dans son bureau, en nous montrant un compte-rendu médical de l’un de ses clients. “Si vous avez un malade, vous devez juste nous ramener son dossier médical, le reste c’est mon affaire”, nous a-t-il promis, non sans mettre en avant l’argument, très peu scientifique, que “la guérison reste, après tout, entre les mains de Dieu”. Les autorités compétentes sont plus que jamais interpellées pour faire la chasse aux charlatans qui défient les lois et le droit pour continuer à pulluler dans notre pays.


Farid Abdeladim


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