A la une / Actualité

Les citoyens exigent de renoncer à son exploitation dans la région

Ce gaz de schiste qui enflamme In-Salah

Les habitants d’In-Salah s’opposent à l’exploitation du gaz de schiste et ils le font savoir. ©APS

Une délégation d’experts s’est déplacée hier d’Alger à In-Salah pour tenter de convaincre la population que l’exploitation du gaz de schiste ne constitue aucun danger.

Opposés à l’exploitation du gaz de schiste dans la région où le premier puits (expérimental) a été lancé, les citoyens d’In-Sallah, ville distante de 700 km du chef-lieu de Tamanrasset et de 15 000 km d’Alger, se sont donné le mot pour paralyser toutes les activités commerciales et économiques depuis voilà déjà une semaine. Hier encore, mercredi 7 janvier, au 7e jour de la protestation, rien “ne bouge” dans cette ville aux quelque 50 000 habitants. Pas un commerçant, les pharmaciens compris, n’a osé lever le rideau, sous la menace des citoyens. Le seul lieu animé dans le centre-ville, envahi par le sable, est la grande placette sise en face du siège de la daïra où des centaines de citoyens, des deux sexes, tous âges confondus, ont élu domicile depuis le jeudi 1er janvier pour exprimer leur refus de l’exploitation du gaz de schiste à quelques kilomètres de la zone urbaine. Les citoyens parlent d’une distance de seulement “25 km à vol d’oiseau” séparant le puits du gaz de schiste de la ville d’où la torche est aisément observée. Les autorités, elles, avancent que le puits est loin de cent kilomètres du centre urbains. “Les décideurs tentent de faire croire que ce puits se situe à 100 km d’ici (ville d’In-Salah, ndlr), mais cela est valable pour la distance à parcourir par route, sinon à vol d’oiseau, il est loin d’à peine 25 km d’ici”, dénonce au mégaphone, sous les applaudissent des citoyens solidaires, Taleb Ali Cheikh, ingénieur spécialisé dans les hydrocarbures de formation. Et ce dernier d’alerter sur les dangers du gaz de schiste qui, selon lui, menace en premier lieu la ressource hydrique et, par ricochet, la vie des citoyens. “Exploiter le gaz de schiste est synonyme de creuser une tombe aux citoyens de la région”, a-t-il averti, non sans donner quelques explications sur les techniques “scientifiquement non validées et dangereuses” utilisées pour la fragmentation de la roche, afin d’extraire le gaz de schiste. À l’inauguration en grande pompe de ce premier puits, par le ministre de l’énergie, les autorités ne mesuraient certainement pas la forte mobilisation citoyenne que cette “trouvaille” allait provoquer. Comment les citoyens ont-ils pris conscience des dangers que pourrait provoquer l’exploitation du gaz de schiste ? Les premiers appels à la mobilisation, raconte Mohamed Azzaoui, désigné coordinateur de ce mouvement citoyen, ont été lancés par des étudiants de la région sur les réseaux sociaux, avant que cela ne prenne de l’ampleur pour se propager au niveau de tous les foyers d’In-Salah.

Le schiste comparé aux essais
nucléaires
“Tous les gens que vous voyez rassemblés le font de manière spontanée, et ce, depuis le premier jour de la protestation (le 1er janvier 2015, ndlr), car ils ont tous pris conscience des risques majeurs qui planent sur leur vie et celle de leurs enfants. Nous ne sommes pas manipulés, comme peuvent nous accuser certaines parties, et nous ne faisons pas de la politique non plus ; notre seule et unique revendication est d’arrêter l’exploitation du gaz de schiste qui constitue un véritable danger pour la vie humaine et animale dans la région, qui est déjà victime des essais nucléaires français”, insiste notre interlocuteur. Comme tous ses compatriotes, Mohamed Azzaoui regrette que les autorités tardent encore à prendre au sérieux la revendication des citoyens pour arrêter ce projet qui, selon lui, ne servirait pas l’Algérie dont les ressources sont diverses. “Au lieu de s’aventurer dans l’exploitation de ce gaz de schiste, dont les conséquences pourraient s’avérer néfastes pour notre pays, les autorités feraient certainement mieux d’investir dans d’autres ressources moins risquées et plus rentables, telles que l’énergie solaire, pour ne pas dire l’agriculture et le tourisme”, suggère le porte-parole des citoyens d’In-Salah qui a fait partie de la visite menée, le lundi 5 janvier, par le wali de Tamanrassat, Mahmoud Djamaâ, au puits du gaz de schiste. Il rappelle que la seule déclaration faite, in situ, par le wali, était de signifier aux citoyens que la décision d’arrêter l’exploitation du gaz de schiste ne relève pas de ses prérogatives, mais bien de celles des hautes autorités du pays.

Le wali et des experts tentent
de désamorcer la situation
En attendant, les citoyens ne sont pas près de baisser les bras et campent toujours sur leur position de rejet catégorique à l’exploitation du gaz de schiste. Ils ne comptent pas, de ce fait, évacuer la placette qui fait face au siège de la daïra. Les manifestants y ont planté leur tente depuis une semaine. Pour eux, c’est “une question de vie ou de mort”. Selon plusieurs témoignages, le chef de daïra, Moulay Abdelkader, reste à présent le seul responsable à écouter les citoyens. Dans une tentative de désamorcer la situation qui pèse sérieusement sur la vie économique d’In-Salah, le wali de Tamanrasset, Mohamed Djamaâ, s’est rendu hier, à In-Salah, mais presque en catimini. Accompagné d’une commission d’experts envoyée d’Alger et de responsables locaux, le wali a rejoint directement l’unique hôtel (étatique) de la ville, Le Tidikelt, qu’il n’a pas quitté de toute la journée. La délégation devra même y passer la nuit. À l’heure où nous mettons sous presse, il refuse encore de faire la moindre déclaration. Parmi les membres la délégation du wali, nous avons remarqué notamment la présence de l’ancien P-dg de Sonatrach, Abdelmadjid Attar, que nous avons vainement tenté de faire parler sur la situation, pour le moins perplexe, que vit la ville d’In-Salah, figurant jusque-là parmi les rares régions du Sud à être épargnées par les tensions sociales.
C’est peut-être pour cette raison d’ailleurs qu’il n’y a pas eu de heurts majeurs, ni d’affrontements entre les services de l’ordre et les citoyens, même après 7 jours de protestation et paralysée totale de la ville. Selon des indiscrétions, des pourparlers sont engagés pour convaincre les représentants des citoyens à accepter d’écouter les experts venus d’Alger pour, apprend-on, leur expliquer que le gaz de schiste ne serait pas aussi menaçant qu’ils le pensent. Néanmoins, et à l’heure où mettons sous presse, les protestataires s’entêtent à poursuivre leur action. Mieux, et pour exprimer fortement leur mécontentement, les citoyens d’In-Salah ont même improvisé d’égorger, dans l’après-midi d’hier, un dromadaire, bête emblématique du Sahara, à l’endroit où se tient le rassemblement. Une façon pour eux d’assimiler l’exploitation du gaz de schiste au sacrifice de la région.

F. A.