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A la une / Actualité

Badreddine Nouioua, ancien gouverneur de la Banque d’Algérie

“Ce sont les capitaux mal acquis qui sont transférés à l’étranger”

© D. R.

Liberté : Le marché informel des devises connaît ces derniers mois une évolution inquiétante, tant au plan des montants qui y sont traités qu’en matière de fléaux qui gravitent autour. Les experts du FMI ont récemment sonné le tocsin quant à un phénomène dont l’évolution et l’état de sophistication inquiètent à plus d’un titre. Pouvez-vous nous en parler ?
Badreddine Nouioua : Il est impératif d’analyser, d’abord, le phénomène à la base ; le marché informel des devises existe parce que nous avons une réglementation des changes extrêmement rigide et qui favorise, par conséquent, tous les trafics. Le marché informel des devises est alimenté essentiellement par deux sources, à savoir les pensions des retraités algériens ayant travaillé dans des pays européens, essentiellement en France, et qui totalisent environ 800 millions de dollars par an. Ces pensions, perçues en devises, sont échangées contre des dinars sur le marché informel. Le marché est approvisionné également par les devises de l’importation, dont une partie est investie à l’étranger, tandis que l’autre partie est rapatriée en Algérie et investie dans le marché informel des devises. Il s’agit surtout de l’argent de la surfacturation de certaines importations. Ces devises, lorsqu’elles sont rapatriées en Algérie pour qu’elles soient échangées sur le marché informel, génèrent des bénéfices supérieurs à 50% par moments ; un créneau lucratif auquel s’adonnent nombre d’importateurs. Ce sont, pour ainsi dire, les deux principales sources qui alimentent le marché informel des monnaies, en plus, bien évidemment, de l’argent des émigrés et des travailleurs expatriés. Ce marché informel des monnaies est désormais au centre de tous les trafics, voire à la source même d’une dégradation des mœurs, étant donné que, par moments, une partie des demandeurs de devises, aussi honnête qu’elle soit, n’a de choix que de solliciter les circuits invisibles, car prise en tenailles entre une réglementation des changes pour le moins rigide et une offre bancaire insuffisante.

Il y a, cependant, un phénomène inverse qui a pris une tournure inquiétante ces dernières années et qui consiste à transférer d’importantes sommes en devises vers l’étranger. Qu’est-ce qui favorise, selon vous, cette pratique ?    
Il y a ceux qui se sont enrichis ces dernières années au moyen de la corruption et de la surfacturation qui s’adonnent à cette pratique. Ce fléau est favorisé également par l’érosion que connaît la valeur du dinar ; certains échangent leurs dinars contre des euros et des dollars qu’ils transfèrent par la suite vers l’étranger. Souvent, ce sont les capitaux mal acquis qui sont transférés à l’étranger avec, bien évidemment, la complicité des certains employés d’institutions et administrations officielles. Quant à la destination de ces fonds, souvent, les pays destinataires sont les moins regardants sur l’origine des fonds et dont la réglementation tolère ce genre de flux de capitaux. C’est pourquoi, les destinations les plus prisées en la matière sont le Moyen-Orient, l’Asie pacifique et la Turquie.
Même dans certains pays européens, où la réglementation bancaire est exigeante sur l’origine des fonds, les trafiquants recourent à des comptes commerçants plutôt qu’à des comptes courants. Mais, en tout cas, il y a vraisemblablement un engouement pour cette pratique, de surcroît, interdite et punie par la loi en vigueur.

Les autorités publiques font preuve d’une passivité pour le moins parfaite face à ces fléaux, pourtant si nuisibles pour l’économie. N’y a-t-il pas tout compte fait un défaut de volonté à y faire face ? Ou bien est-il si difficile de s’attaquer au marché informel des devises et aux pratiques délictuelles qui gravitent autour ?
Il est, effectivement, bien difficile d’éliminer le marché informel des devises, étant donné qu’un ensemble de facteurs plaident pour son existence et son maintien. Il faut reconnaître qu’il y a, néanmoins, absence de volonté politique à même d’y faire face. Ce défaut de volonté se matérialise dans l’existence d’un double taux de change, ce qui est contraire à la réglementation des changes qui interdit également l’exportation des devises. Vous avez, par-dessus tout, tous ces cambistes qui travaillent au vu et au su des institutions sans qu’ils soient inquiétés, ce qui nous renvoie encore à ce constat de défaut de volonté politique face aux proportions inquiétantes que prenait le phénomène.
Une lutte contre les sources délictuelles qui alimentent le marché pourrait, néanmoins, réduire son volume pour peu que des mesures appropriées soient prises. Pour réduire les importations, à titre d’exemple, dont la surfacturation est l’une des sources qui approvisionnent le marché informel des monnaies, il est nécessaire d’accroître la production locale et de soutenir l’investissement.


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