Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

A la une / Actualité

plusieurs films interdits de projection faute de visa

Censure : la commission alibi

Les voix discordantes bâillonnées. ©D. R.

Depuis plusieurs années, des réalisations cinématographiques se sont vu refuser le visa de projection dans les salles et festivals, au motif qu’elles ne cadrent pas avec la loi.

Les effets de la loi n°11-03 du 17 février 2011 relative à la cinématographie en Algérie se font ressentir ces deux dernières années. Conçue et adoptée au temps de l’ancienne ministre de la Culture, Khalida Toumi, cette loi avait provoqué l’émoi dans la sphère culturelle algérienne, car elle comporte plusieurs articles dans lesquels les professionnels du cinéma se retrouvent limités dans leur liberté de création. À l’époque, quelques réalisateurs et producteurs se sont insurgés contre cette loi liberticide, mais cela n’a abouti à rien de concret. Cependant, la situation s’est envenimée en 2013, suite à la publication du décret n°13-277 relatif à la création d’une commission de visionnage constituée de sept membres, qui délivre aussi bien des visas culturels que des visas d’exploitation et qui décide ainsi de l’avenir d’un film. Les porteurs de projets semblaient s’être adaptés à cette situation, en continuant de créer tout en “se pliant” à la loi. La donne a changé en 2016, lors de la 14e édition des RCB (Rencontres cinématographiques de Béjaïa). Les organisateurs se sont vu refuser le visa culturel pour Vote off de Fayçal Hammoum, un documentaire jugé par la commission de visionnage comme portant atteinte aux symboles de l’État. En effet, cette commission reprochait au film d’évoquer l’élection présidentielle de 2014, et de notamment aborder le 4e mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Après un refus catégorique de sa projection dans les salles algériennes, le film a sillonné le monde et raflé plusieurs prix dans les festivals. Alors que le principal concerné par cette œuvre artistique, le public algérien, en reste privé ! En 2018, les questions de liberté et de censure sont au cœur de l’actualité, alors que les modes de communication et de diffusion sont à la portée de la plupart des gens grâce notamment à internet. En effet, le premier long métrage de Bahia Bencheikh El-Fegoun, Fragments de rêves, vient d’être censuré. Programmé à la clôture des RCB, la manifestation s’est vu, pour la deuxième fois, refuser le visa culturel pour la projection du documentaire. Au sujet de ce film, la commission estime que son “contenu est contraire au décret exécutif et notamment à son article 6” qui stipule que “ne peuvent pas obtenir l’approbation de la commission de visionnage les films qui sont offensants pour les religions ou la guerre de Libération nationale et ses symboles de l’histoire de la Révolution ou glorifier le colonialisme ou inciter à la haine, la violence et la discrimination raciale, y compris les préjugés qui touchent à l’ordre public, l’unité nationale ou à la société”. A priori, Fragments de rêves, selon le communiqué signé par Mourad Chouihi, président de la commission, “fait la promotion de certains des activistes sur internet ayant été condamnés par la justice”. Suite à cette interdiction de projection, des acteurs du secteur culturel ont réagi à cette censure qui ne dit peut-être pas son nom, mais qui en est effectivement une, sur les réseaux sociaux, alors que le ministre de la Culture la définit comme une décision “purement professionnelle”. En marge d’une rencontre en hommage à Mahmoud Darwich, samedi dernier, Azzedine Mihoubi a déclaré à l’APS : “La commission a pris cette décision en toute conscience et responsabilité, et nous devons respecter les lois. Il ne s’agit pas là d’une censure, d’autant que chaque pays dispose d’une commission de visionnage.” Pour le premier responsable du secteur culturel, “nous soutenons la libre créativité, mais certaines questions exigent qu’on les traite en toute conscience”. En fait, il est reproché à Bahia Bencheikh El-Fegoun d’avoir utilisé dans son film des vidéos d’activistes publiées sur YouTube, alors que ces images sont publiques et en libre circulation. Paradoxalement, cette commission de visionnage ne se considère pas comme un instrument de censure, car, selon elle, ses membres ne font qu’“appliquer” la loi. Une loi qui impose les sujets à aborder et manifestement la manière de les aborder, tout en agissant comme un filtre pour les créateurs et la création artistiques. D’ailleurs, Leïla Aoudj, directrice des RCB, a annoncé l’arrêt de la manifestation cinématographique – l’une des plus importantes dans le pays et la plus indépendante – jusqu’à ce que les conditions de libre exercice soient assurées. Une loi est coercitive mais elle doit aussi protéger et garantir la liberté de penser, de créer et d’entreprendre.

H. M.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER