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Badreddine Nouioua, ancien gouverneur de la Banque d’Algérie

“Certaines opérations se font avec la complicité des banques”

© D.R

Liberté : Des institutions financières étrangères ont fait état d’une hausse importante des transferts de devises depuis l’Algérie vers l’étranger. Cette hausse a été favorisée, dit-on, par les incertitudes politiques qui prévalent dans le pays depuis le mois de février dernier. Quel commentaire pouvez-vous en faire ?

Badreddine Nouioua : Il est clair que les incertitudes politiques actuelles sont, en partie, à la source directe de ce rebond phénoménal des transferts illicites de devises vers l’étranger. Dit autrement, tous ceux qui ont des capitaux cherchent à les protéger en les transférant à l’étranger. De ce fait, il est certain que la situation politique favorise ce phénomène et inhibe, par la même, l’acte d’entreprendre et d’investir. C’est-à-dire que plutôt que ces capitaux soient réinvestis, faute de visibilité politique, ils sont transférés à l’étranger et blanchis aussitôt dans des acquisitions immobilières. 
Souvent, ce sont les capitaux mal acquis, issus de la corruption et/ou de la surfacturation, qui sont concernés par ces mouvements de transferts à destination de certaines capitales occidentales et orientales. 

Certains transferts semblent être effectués par le canal bancaire, à en croire les mêmes sources, puisque ces mouvements sont débusqués par des institutions d’analyse et de suivi des opérations financières et des télévirements. Ces transferts ne sont-ils pas interdits par la réglementation en vigueur ?
Les moyens de transfert sont connus, le plus fréquent et le plus grave étant le commerce extérieur, à travers la surfacturation des biens et marchandises importés. Certaines institutions publiques, censées endiguer ce phénomène, dont l’administration douanière, n’ont pas été en mesure de mettre fin à ces pratiques frauduleuses. Il y aurait un certain laxisme et/ou une passivité chez certains agents et certaines administrations qui ont fait que ce fléau ait toujours la peau dure. Certains transferts d’argent se font avec la complicité des banques. 
Il faut relever aussi le fait que le nombre d’importateurs se chiffre en milliers et que tous ceux qui pratiquent le métier de l’importation ne sont pas que des commerçants et des industriels. Il y a également ceux qui se hasardent à acheter des devises des places informelles des changes et à les transporter au travers de moyens physiques, dont certains sont débusqués au niveau des points de passage, alors que d’autres sommes échappent à tous les contrôles. 


Des failles existeraient-elles dans la réglementation algérienne ainsi que dans la réglementation bancaire des pays destinataires des fonds pour que les transferts d’argent soient possibles ?  
Le fait d’avoir un compte en devises, qui est en soi un droit, bien évidemment, alimenté, cependant, par les devises du marché informel est une voie ouverte à certains comportements frauduleux. Certains importateurs recourent à des comptes commerçants plutôt qu’à des comptes courants pour échapper à l’exigence de justifier l’origine des fonds. En tout cas, le transfert illicite de devises vers l’étranger ne pouvait exister sans la complicité et la passivité des banques et de certaines institutions.

Certaines de ces fortunes transférées à l’étranger atterrissent pourtant dans des pays traditionnellement très regardants quant à l’origine des fonds… 
Théoriquement, dans les places bancaires européennes, tout transfert d’argent vers et depuis ces places doit être justifié avec, comme exigence première, une parfaite transparence quant à l’origine des fonds. Or, force est de constater que depuis quelques années les banquiers ferment l’œil lorsqu’il s’agit de grosses sommes. Les banques du Moyen-Orient sont, en revanche, moins regardantes sur l’origine des fonds dont elles sont destinataires. 
C’est pourquoi les destinations les plus prisées en matière de transfert de devises depuis l’Algérie sont le Moyen-Orient, l’Asie pacifique et la Turquie. En tout cas, lorsqu’on veut frauder, il y a toujours des moyens de le faire avec, comme éléments de facilitation, la complicité de certains agents, la passivité des institutions et les failles qui existent sur certains maillons de la chaîne.

Ali titouche


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