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L’appel au dialogue confronté à la méfiance

Ces gestes qui font défaut

Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’ANP. © D. R.

Ce n’est pas tant l’idée du dialogue qui ne fait pas consensus, mais l’absence de “confiance” et de gestes assez forts de nature à lever les doutes et la méfiance. 

Près d’une semaine après son lancement depuis Tamanrasset, force est de constater que l’appel au dialogue du général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, ne semble pas, pour l’heure, avoir eu l’effet escompté. Du moins au regard des réactions quelque peu mitigées de la classe politique et de la réaction des Algériens dont on a pu mesurer l’ampleur de la défiance vendredi dernier.

Si l’on excepte les partis de la défunte alliance présidentielle, rares sont les partis ou les acteurs de la société civile qui approuvent la démarche telle que déclinée jusque-là. Ce n’est pas tant l’idée du dialogue qui ne fait pas consensus, mais l’absence de “confiance” et de gestes assez forts de nature à lever les doutes et la méfiance. Et sur ce registre, il faut bien convenir que la démarche du pouvoir est handicapée. D’abord, par le maintien du chef de l’État par intérim, Abdelkader Bensalah, et du Premier ministre, Noureddine Bedoui, malgré les appels répétés des Algériens à leur renvoi. Après le premier échec de la conférence à laquelle il avait appelé, Abdelkader Bensalah, dont l’image demeure liée à l’ancien régime qu’il a longtemps servi loyalement, devait tout naturellement rendre son tablier. 

Mais, non seulement il est maintenu, mais il risque, si l’on se fie au communiqué du Conseil constitutionnel, de poursuivre sa mission jusqu’à la tenue de la prochaine présidentielle. Situation similaire du Premier ministre. Réduit à travailler quasiment dans la clandestinité, Noureddine Bedoui ne montre pas les signes d’un homme pressé de partir. Ensuite, il y a, sur le terrain, cette tentation assez visible d’une volonté d’une reprise en force de l’espace public. Malgré le caractère pacifique des manifestations, des éléments des services de sécurité n’hésitent pas à procéder à des arrestations, voire à matraquer des manifestants. Et tout se passe comme si l’interdiction de marcher était toujours en vigueur. Les étudiants qui ont eu à organiser hier un rassemblement à Alger ont dû le vérifier à leurs dépens. Autre indice qui parasite l’intention des autorités, le maintien dans les geôles de nombreux détenus politiques dont certains risquent de trépasser.

N’eût été la fin tragique de Kamal-Eddine Fekhar, on aurait toujours maintenu sous l’éteignoir les conditions souvent désastreuses dans lesquelles vivent ces prisonniers, tout comme les motifs, parfois ridicules, à l’origine de leur emprisonnement. Enfin, il y a la chape de plomb qui s’est abattue de nouveau sur les médias lourds, après une timide ouverture. Après trois mois d’une mobilisation inédite, le constat est désormais presque unanime : très peu de choses ont véritablement changé au plan politique et dans l’exercice des libertés. Absence de volonté, peur du changement ou existence de contraintes ? Sous d’autres latitudes, pour des pays confrontés à des situations similaires, on n’hésite pas à accomplir de nombreux gestes d’apaisement, seuls gages pour rétablir la confiance. Ce sont les seules garanties pour entourer le dialogue d’un maximum de chances de succès. Si dans son dernier discours Ahmed Gaïd Salah a évoqué un dialogue “sincère et objectif lors duquel il sera question de l'évaluation des circonstances que vit le pays et de concessions réciproques pour le bien du pays”, la question demeure cependant de savoir comment arriver à ces concessions sans… concessions.

 

Karim Kebir


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