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Ils tiennent des propos préjudiciables à l’image du pays et ne sont pas rappelés à l’ordre

Ces ministres gaffeurs, mais tolérés


Pour peu que leurs propos ne perturbent pas la fragile paix sociale, les ministres semblent autorisés à prendre des libertés, quitte à être tournés en dérision sur les réseaux sociaux ou à renvoyer une mauvaise image du pays.

Il pouvait certainement trouver meilleur motif pour faire parler de lui : le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tahar Hadjar, en s’interrogeant, il y a quelques jours au cours de la présentation des inscriptions des nouveaux bacheliers, sur les retombées du prix Nobel sur les universités algériennes, s’est attiré une avalanche de réactions aussi indignées que sarcastiques. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur les chaînes de télévision, y compris étrangères comme la BBC, l’incartade du ministre a donné lieu à des commentaires acerbes où l’indignation le dispute à la colère et au dépit. C’est probablement la nature du portefeuille qu’il occupe — à la tête d’un département qui chapeaute l’institution la plus prestigieuse d’un pays, l’université, creuset du savoir et pôle du rayonnement culturel — et une confuse pensée à ces milliers de cadres étouffés dans le pays, frappés d’ostracisme, ou poussés à un exil forcé, qui ont suscité autant de réactions. “Ce sont les hommes qui font la différence. La base du développement et de l’arriérisme, ce sont les humains qui les produisent. L’esprit et l’intelligence sont les moteurs de tout ce qui a été réalisé par l’humanité à ce jour, mais le ministre algérien, comme les autres ministres arabes, comme tout le système arabe, ne reconnaît pas ça du tout (…)”, s’est amusé le journaliste égyptien, Moataz Matar, devenu célèbre depuis son opposition au coup d’État en Égypte, pour ses saillies sur les régimes arabes. “Que va-t-il faire avec un Nobel dans un enseignement perdu, dans un pays perdu ?”, s’est-il demandé, caustique. Mais ce n’est pas la première fois qu’un ministre gaffe. En octobre dernier, le chef de la diplomatie algérienne avait provoqué une minicrise diplomatique avec le voisin marocain. “Les banques marocaines, c'est le blanchiment de l'argent du haschisch, ça tout le monde le sait. Ce sont des chefs d'État africains qui me le disent”, avait affirmé Abdelkader Messahel devant les opérateurs économiques réunis à Alger. “Si c'est ça les banques, je ne sais pas, personne ne nous impressionne. La Royal Air Maroc (la compagnie publique marocaine, ndlr) transporte autre chose que des passagers, et cela tout le monde le sait. On n'est pas le Maroc, on est l'Algérie. On a un potentiel, on a de l'avenir. Nous sommes un pays stable”, s’était-il enorgueilli. Si le ministre des Finances a eu droit à un léger “recadrage” après ses propos sur la fin des subventions en 2019 pour d’évidentes considérations électoralistes et de paix sociale à la veille d’une importante échéance électorale, comme la présidentielle de 2019, force est de constater que Messahel n’a pas été rappelé à l’ordre malgré ses propos qui ont fait désordre. Et ce sera probablement le cas pour Tahar Hadjar, frère d’un poids lourd du FLN, Abdelkader Hadjar, actuel ambassadeur à Tunis. Tout se passe, en effet, comme si leurs propos n’engageaient pas le gouvernement et qu’ils n’avaient pas de comptes à rendre à Ahmed Ouyahia. Signe de cette latitude : tous les ministres, lors de leurs sorties, ne font référence qu’au “président de la République”. Et pour peu que leurs propos ou leurs gestes ne perturbent pas la fragile paix sociale, les ministres semblent autorisés à prendre des libertés, quitte à être tournés en dérision sur les réseaux sociaux ou à renvoyer une mauvaise image du pays. Une attitude à laquelle s’adonne avec panache, même s’il est vice-président du Sénat, le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbes. Mais le plus curieux demeure sans doute le silence d’une large frange de l’élite et de la classe politique face à des comportements préjudiciables à l’image du pays. “Si les déclarations des officiels se poursuivent sur ce rythme, le pays finira par devenir une farce internationale”, s’est indigné, sur son compte facebook, le sociologue Nacer Djabi. “Ne l’est-il pas déjà ?”, lui réplique, ironique, le politologue, Mohamed Hennad.

Karim Kebir


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