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Le phénomène a pris des proportions alarmantes ces derniers temps

Chronique d’une dérive de la gouvernance

© D.R.

Il était peut-être temps : le Premier ministre Abdelaziz Djerad a été instruit par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, d’élaborer une loi criminalisant “toutes formes de racisme, de régionalisme et de discours de la haine dans le pays”. S’il faut sans doute se réjouir que l’Exécutif, dont la légitimité demeure cependant contestée, ait décidé enfin de mettre le holà sur toutes les “formes” de racisme, de régionalisme et de discours de la haine, dont la propagation a pris des proportions alarmantes ces derniers temps, notamment sur les réseaux sociaux, il reste que le communiqué pèche par quelque confusion. Qui est ciblé par ce projet de loi ? Les porteurs de l’emblème amazigh sont-ils concernés ? Les partisans du séparatisme ? Car avant que ce discours, parfois inspiré par des officines pour des objectifs occultes, ne soit le fait de citoyens ordinaires ou d’agents intéressés, force est de constater qu’il a été parrainé par le… pouvoir lui-même et parfois même par des responsables, comme vient de le faire le directeur de la culture de la wilaya de M’sila, sorti de l’anonymat après ses propos incendiaires souillant la mémoire d’Abane Ramdane.

Faut-il rappeler la manière affligeante avec laquelle un présentateur de la télévision publique avait présenté le moudjahid Lakhdar Bouregâa en juin dernier, peu après son arrestation par les services de sécurité ? Pis encore, durant plusieurs mois, avant même le début du hirak, une députée siégeant toujours à l’Assemblée, de surcroît membre de la commission des affaires juridiques et administratives devant laquelle la loi en projet pourrait atterrir, s’est spécialisée dans la promotion d’un discours de haine et sectaire, particulièrement envers la Kabylie. Non seulement, elle n’a jamais été inquiétée à ce jour, mais elle se voyait parfois ouvrir les plateaux de télévision. Visée par plusieurs plaintes qui n’ont jamais abouti à ce jour. Il y a aussi cette séquence diffusée par la télévision montrant un individu usant du vocable “zouaves”, terme popularisé par les “mouches électroniques” pour désigner les Kabyles. Loin d’être exhaustifs, ces faits ne faisaient écho, à vrai dire, qu’à des pratiques qui ont des profondeurs historiques, y compris dans le discours officiel lorsqu’on accusait de “trahison” tous ceux qui s’opposaient à la démarche du pouvoir. En 2001, un officier de police s’était félicité devant les caméras de la télévision de ce que les Algérois ont protégé la capitale des “envahisseurs” venus de Kabylie. Et passons sur le fait que durant le règne du président déchu, pas moins d’une trentaine de ministres étaient issus d’une seule région, précisément de Tlemcen, sans compter les dizaines d’officiers et de walis. Ou encore des stigmatisations qui ont visé la communauté mozabite ou les migrants subsahariens. Que le texte de loi soit motivé par la “recrudescence” du discours de la haine et de la discorde, selon les termes du communiqué, ce qui peut être compris comme une reconnaissance de facto de sa préexistence, peut-être compréhensible, surtout dans la conjoncture actuelle, mais sa criminalisation peut s’avérer sans effet sans une refonte globale de l’école, appelée à dispenser les valeurs de tolérance et de pluralité, l’instauration de la démocratie, un pacte social régissant le vivre-ensemble et une application rigoureuse de la loi. À moins qu’elle n’obéisse à d’autres considérations.
 

Karim Kebir


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