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Crise sanitaire

Comment parer à l’angoisse du confinement


Disette, manques de  toutes  sortes,  violence  et  mort  mais  surtout  peur  de  mourir  sans  les rituels  funéraires.  C’est  la mort  que  convoque  le confinement, notre mort propre et celles des nôtres, une mort qui rôde jour et nuit, charriant avec elle des fantômes depuis longtemps disparus, apparaissant comme des fulgurances à chaque instant de la journée.

Des journées devenues en ces temps de  confinement  élastiques  et  très longues. Hallucinant, de jour, comme de nuit : “Un père qui ressort de sa tombe  pour  avertir  sa  fille  de  prendre  garde,  car  sa  sœur  veut  la déposséder.”  “D’une mer déchaînée, houleuse qui rejette sur le rivage le corps du frère parti à l’étranger pour gagner sa vie”. “D’une sœur tombée gravement malade et qui risque de mourir seule à l’étranger”.

“D’une tante contaminée par le Covid-19, morte à l’hôpital et enterrée sans les rituels qui  accompagnent  le  mort  à  sa  dernière  demeure”. La  peur  d’être dépossédé  de  sa  mort  est  insupportable  et  rend  anxieuses  et  anxieux toutes celles et ceux qui sont obsédés par l'idée d'une mort confisquée. Cette anxiété qui la nuit tombée vient perturber le sommeil de certain(e)s en les entraînant à descendre en chute libre au fond de la panique et se réveillent en plein nuit haletant et en sueur.

C’est  le  cas  d’une  analysante :  “C’est  au  milieu  de  la  nuit  qu’elle  est rattrapée par une sorte d’‘attaque de panique’ avec palpitations, tremblements, souffle coupé et ce sont ses sudations qui la réveillent pour échapper à cet état limite qui constitue une expérience éprouvante. Elle a beaucoup de difficultés à trouver les mots pour raconter ses rêves qui se transforment inéluctablement en cauchemars, elle se désole de ne pouvoir décrire cet état de dessaisissement de soi, ni des situations irraisonnées et parfois loufoques dans lesquels elle se retrouve.”

Un  autre  analysant, relate  comment  la  panique  désaxe  toute  notion  du temps, efface le monde extérieur et métamorphose tout en déréalisant son environnement, qui affecte toutes ses sensations et le plonge dans un combat vain et terrassant contre lui-même.  Il se réveille épuisé de ce combat qu’il a mené toute la nuit.

Ce  que  racontent  les  analysantes  et  analysants, c’est  l’ordinaire  d’une angoisse, qui commence rampante, puis avance doucement, légèrement, pour devenir insistante, pesante et irradiant une terreur envahissante qui submerge tout sur son passage et qui brouille la vue et l’esprit et paralyse et assèche les rêveurs. Les analysantes et analysants ont du mal à dire la chose, ils ont honte de leurs faiblesses, de s’être laissés piéger et mis K.-O.  par un virus indésirable invisible à l’intérieur de soi et devant lequel ils sont complétement démuni(e)s.

Le  ramassage  de  soi  après  la  panique qui  a tout  fait  dérailler, se  fait également par petits bouts, d’abord retrouver les meubles qui les entourent qui quoi qu’il arrive, sont toujours à leur place, le réveil toujours à portée de main, les enfants comme à l’ordinaire se chamaillant pour un rien et le vide qui les avait aspiré de  se dissiper progressivement, la  crise  de panique semble  s’éloigner  et  l’analysant(e)  de  reprendre  le  contrôle  de  soi.

Ces  rêves  transformés  en  cauchemars, questionnent  notre  rapport  à  la finitude et la panique qui saisit toute dormeuse et tout dormeur interroge notre rapport à la mort.  L’angoisse qui surgit dans le sommeil, une  fois  qu’elle a atteint son acmé, en figeant  le  temps et  en mettant  le  cœur  à  nu  de  la dormeuse, du dormeur et en transformant les dormeuses et dormeurs en prisonnières  et  prisonniers, qui  pour  se  délivrer  doivent  s’adresser et en parler à un spécialiste. 

Ce dernier peut les aider à articuler ces fragments d’angoisse aux temps passés , présents  et  à venir, les  inscrire  dans  leurs  histoires  et  récits qu’elles  et  ils  font  de leurs  fictions  personnelles, seul  moyen  d’être délivré(e)s de la prison dans laquelle ils se sont laissé(e)s enfermer.
 

Par : Le groupe de travail psychanalytique Psyché


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