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Diversification de l’économie : le gouvernement en est-il capable ?

Lors du dernier Conseil des ministres, le président Bouteflika a de nouveau évoqué la construction d’une économie diversifiée pour sortir de la dépendance des hydrocarbures. Est-ce un nouvel effet d’annonce, sachant que ce n’est pas la première fois que le chef de l’État parle de l’avenir économique du pays ou une réelle volonté de réformer la machine de production ? En tout cas, l’Algérie n’a pas vraiment le choix.

Le président de la République a souligné, lors du dernier Conseil des ministres, que les pouvoirs publics devront livrer une véritable course contre le temps dans la mise en place des réponses aux attentes de la population, notamment la jeunesse, et dans la construction d’une  économie diversifiée et compétitive pour assurer une meilleure croissance, ainsi que la pérennité du développement national et de la politique de justice sociale.
Il a annoncé un  nouveau plan quinquennal de développement 2015-2019 qui “sera destiné à renforcer la résistance de l'économie algérienne aux
effets de la crise financière mondiale et développer une économie compétitive et diversifiée”. Si le nouveau plan s’inscrira dans la continuité des programmes de développement et d'investissements précédents, il marquera, cependant, une rupture avec les méthodes d'avant.
Le chef de l'État a été catégorique dans ses orientations données, mercredi dernier, au nouveau gouvernement, en affirmant que l'élaboration de ce programme se fera en concertation avec tous les acteurs économiques aux niveaux national et local en tenant compte des expériences du passé, afin d'améliorer sa mise en œuvre et son efficacité. Ce programme ne sera pas donc le seul fruit du travail du gouvernement, mais le résultat des concertations nationales et locales qui intègrent toutes les initiatives et propositions émanant de tous les acteurs nationaux.
L'élaboration du programme 2015-2019 d'investissement et de développement doit “intégrer, dans sa préparation, les concertations nationales et locales requises, tirer les leçons des expériences passées, améliorer son impact sur le développement local et le développement humain, mais aussi sur le développement d'une économie productive et compétitive dans tous les secteurs”, a-t-il recommandé. Le chef de l’État sait que l’avenir le plus important va se jouer durant les prochaines années dans le domaine économique. Pour reprendre le titre du livre du professeur Abdelhak Lamiri, “c’est la décennie de la dernière chance”, au risque de sombrer “dans la déchéance”.
Le gouvernement devrait d’ailleurs le lire attentivement, pour ne pas faire les erreurs commises dans le passé. La dépense publique constitue à l’heure actuelle le gros moteur du développement. Jusqu’à présent, la logique de ce type de développement, qui ne crée pas de valeurs intrinsèques, a profité davantage aux étrangers et n’a pas généré une croissance pour les entreprises algériennes.
C’est le reste du monde qui a profité de notre relance. De 2000 à 2014, l’Algérie a injecté environ 500 milliards de dollars dans l’économie, dont 90% dans les infrastructures. Les défis économiques que doit relever le pays à long terme n'en demeurent pas moins toujours d'actualité, à savoir l'amélioration de l'environnement des affaires, la diversification de l'économie et la création d'emplois.
“L’adoption de politiques expansionnistes a permis à l'économie de se redresser, mais a creusé le déficit qui a atteint un niveau record de 4% du PIB en 2012 et devrait se maintenir à ce pourcentage en 2014-15, compte tenu de la baisse des recettes tirées des hydrocarbures”, selon la Banque mondiale. Cette dernière avait estimé que “le programme de développement actuellement mené par le gouvernement n'a pas été à la hauteur des attentes”. Pour le professeur Lamiri, “c’est une erreur fatale”, expliquant que la théorie keynésienne n’est pas valable dans les pays en voie de développement. Au lieu de faire comme la Chine et l’Inde qui ont misé sur les fondamentaux, notamment les ressources humaines, l’Algérie a fait le contraire. Résultat, en Chine, un milliard de dollars investi rapporte 3 milliards de dollars. En Algérie, il faut investir 4 milliards de dollars pour que l’économie produise un milliard de dollars.
“Nous sommes en train de mettre de l’essence dans un moteur détérioré”, estime le professeur. “Si le prochain plan tablera surtout sur 2 millions de logements, une autre autoroute et diverses infrastructures, sachez qu’on va droit vers la déchéance”, avertit M. Lamiri, qui propose d’investir dans les ressources humaines, martelant qu’aucun pays dans le monde ne s’est jamais développé avec des cerveaux sous-développés ? Pour le collectif Nabni, le virage doit être pris maintenant au risque de voir le bateau Algérie couler. “Tout le monde y perdrait”, soutient Abdelhak Lamiri.


M R