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Il y a cinquante ans (8 août 1961 - 8 août 2011)

Djilali Bounaâma et ses compagnons tombaient au champ d’honneur

Si Mohamed de son vrai nom Djilali Bounaâma chef de Wilaya IV, ainsi que ses compagnons d’armes, sont tombés au champ d’honneur le 8 août 1961 à Blida.

e son vrai non Djilali Bounaâma, né le 16 avril 1926 à Molière (Bordj Bounaâma), dans le douar Béni Hendel, en plein cœur de l’Ouarsenis, il servit dans un régiment de tirailleurs algériens et fut versé dans l’artillerie puis envoyé en France avant d’être réformé pour maladie pulmonaire. Membre du MTLD lorsqu’il revient en Algérie en quittant l’armée, il devient rapidement le responsable de la section de Bou-Caïd. Il se lie aux mineurs de ce village près de Molière où une société franco-belge exploite une mine de plomb. En 1951, il animera politiquement une grève de ces mineurs qui durera cinq mois. Cette activité lui vaut d’être en contact avec des responsables syndicaux et le milieu ouvrier ; indéniablement cela élargit son horizon politique et lui donne une formation permettant une ouverture d’esprit. Il avait une formation de base, dans l’armée française, qu’il a sensiblement approfondie comme chef militaire. Pendant que le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) ouvrait ses assises le 6 août 1961, Si Mohamed, revenu du maquis, se trouvait dans un refuge de Blida où les ronéos tournaient sans arrêt. Il avait été informé de l’aménagement d’une cache au PC, où se trouvaient les transmissions et le service de propagande et informations à Maison-Carrée (El-Harrach), le 44e régiment des transmissions, spécialisé dans les écoutes radio, travaille pour localiser Si Mohamed. C’est une mission que les techniciens des transmissions doivent à tour prix accomplir. La persévérance ne tarde pas à être payante. Si Mohamed, qui se déplace toujours par mesure de sécurité, ne tarde pas à trahir sa présence dans le massif blidéen, avec son émetteur-récepteur, un ANGRC 9. Les spécialistes du repérage des sources d’émissions ne le lâchent plus, et se déplacent en suivant son appareil, dont les messages sont captés fort et clair. Si Mohamed ne s’imagine pas qu’il est dans un piège qui s’est refermé définitivement sur lui. À l’état-major, on n'arrive pas à croire que le chef de la Wilaya IV a établi son PC, au cœur même de la ville des Roses, et de surcroît au beau milieu de luxueuses villas habitées par les seigneurs de la vigne et des agrumes, ainsi que par des colonels parachutistes. C’est à la villa Raphael-Corbi appartenant à M. Kouider Naïmi, au n°84 du boulevard Raymound-Poincaré sur la route de Joinville que Si Mohamed a installé son PC ; une maison confortablement aménagée. La mission du 44e RT est terminée. L’élimination de Si Mohamed passe à sa deuxième et dernière étape. C’est au régiment du 11e choc, corps d’élite du SDECE (Service de documentation et de contre-espionnage) relevant directement de la présidence de la République, qui est confiée l’élimination physique de Si Mohamed. Un commando décolle de Calvi en Corse et ne tarde pas à prendre la relève des hommes du 44e RT. Les hommes du 11e choc commencent à se déployer autour de la “proie”. Le soir du mardi 8 août 1961, si Mohamed regagnait ce PC. Il devait entendre le rapport de Benyoucef Boumehdi revenu d’une mission de l’extérieur. L’entretien eut lieu pendant une collation, alors que Abdelkader Oued Fell, responsable des transmissions, établissait la liaison radio avec l’extérieur et transmettait un bref message rédigé par Si Mohamed. Il devait être près de 23h lorsque l’alerte fut donnée. Les paras encerclaient le domicile de M. Kouider Naïmi où se trouve le PC.
En hâte, le chef de la wilaya et ses compagnons : Si Khaled Aïssa Bey, responsable des liaisons de la wilaya, et Si Mohamed Teguia, responsable du service SPI (Service propagande et informations), entrèrent dans la cache, les membres de la famille Naïmi se regroupèrent dans leur appartement tandis que leurs fils : Mustapha, Ali et Mohamed ainsi que leur gendre Benyoucef Boumehdi tentaient de fuir. Les premières rafales claquèrent, elles devaient tuer Mustapha Naïmi. Ali fut blessé et Benyoucef Boumehdi eut le poumon traversé par des projectiles, ils furent arrêtés tous les deux, seul Mohamed Naïmi réussit à sortir des lieux qu’il connaissait parfaitement parce que c’était son domicile et put rejoindre le maquis.
Le combat ne tardera pas à s’engager pendant deux heures entre les quatre hommes de l’ALN dont le chef de wilaya et les troupes françaises. Kouider Naïmi, le propriétaire de la villa, fut placé dans la pièce où se trouvait l’entrée de la cache, on le tortura sur place, les hommes de l’ALN entendaient ses cris sous le supplice, puis tout cessa. Les paras commencent à parler à haute voix qu’il n’y avait rien, qu’il fallait partir. C’était le signal que la cache était découverte et ses phrases étaient destinées à tromper les combattants de l’ALN. Au même moment, les troupes étaient sur le toit et arrachaient les tuiles, le toit qui couvrait la cache n’avait pas de plafond mais seulement une couverture de tuiles et c’était de là que Si Mohamed et ses compagnons voulaient sortir, mais ils n’en eurent pas le temps, il fallait passer rapidement à l’action pour bénéficier de l’effet de surprise. En quelques secondes, un plan fut tracé qui consistait à tirer tous ensemble sur le toit d’où l’on risquait de recevoir des grenades puis au même moment Khaled Aïssa Bey, qui connaissait bien les lieux, devait sortir le premier de la cache en fonçant à coup de rafales de mitraillette, suivi de Si Mohamed, de Abdelkader Oued Fell et de Mohamed Teguia qui continuaient à tirer sur la toiture pendant que les premiers hommes sortaient. Les soldats se trouvant sur les toits furent blessés ; la sortie de la cache s’effectuait derrière Khaled Aïssa Bey qui tomba le premier après avoir fait quelques pas hors de la cache. Si Mohamed et ses compagnons purent rejoindre des encoignures où les tirs directs ne pouvaient les atteindre. Mais ils étaient bloqués, le moindre pas en avant et c’était la mort. De leur position, ils couvraient trois directions et purent tenir jusqu’à 2h du matin du mercredi 9 août 1961, contre les troupes les mieux entraînées que possédait l’armée française. Si Mohamed, Abdelkader Oued Fell, Khaled Aïssa Bey, Naïmi Mustapha, sont morts au champ d’honneur. Grièvement blessés : Si Mohamed Teguia et Benyoucef Boumehdi. Le corps de Si Mohamed est évacué vers la caserne militaire Blandan à Blida. Le mercredi 9 août 1961, le général Charles Ailleret, commandant supérieur des forces armées en Algérie, se rend à Blida pour décorer les militaires qui se sont distingués lors de l’“affaire Si Mohamed”. À la caserne Blandan, la dépouille du commandant Si Mohamed est saluée puis embarquée dans un camion Dodge du DOP (Dispositif opérationnel de protection). Les hommes du service de renseignements emmènent le corps de Si Mohamed, pour l’ensevelir dans les contreforts de Chréa. L’extérieur ne lui décernera pas le grade de colonel à titre posthume, qui est celui de tous les chefs de wilaya.

A. B. et T. E-H.