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Dr. Chibane : « Pour rétablir la confiance il faut travailler sur l’image du médecin »

Le docteur Aissam Chibane. Photo : D.R

Le docteur Aissam Chibane, maître-assistant en chirurgie à l’hôpital Zmerli, revient dans cet entretien sur l’absence de la confiance qui règne entre médecins et patients.

Il explique également le devoir des autorités publiques dans la lutte contre le charlatanisme qui menace la médecine.

[Interview réalisée par Imène AMOKRANE]

Liberté : De plus en plus de patients ne font plus confiance au médecin algérien. Pourquoi à votre avis ?

Dr. Aissam Chibane : Dans le temps la relation entre médecin et patient était à la limite du paternalisme. Quand le médecin fait des recommandations c’était irrévocable, le patient se contentait d’un tout petit mot. En revanche, actuellement on le rassure tout en en lui expliquant ce qu’on peut faire, et même ce qu’on ne peut pas et il n’est jamais content. Après il passe sur internet et vérifie en imaginant toutes les solutions.

La particularité chez nous c’est que la situation est si catastrophique qu’il n’existe plus de confiance, et à mon sens il est urgent d’aborder ce sujet.  On est dans une situation où il y a deux protagonistes, diamétralement différents. Entre le patient qui dit qu’il n’y a pas d’humanisme, c’est une écurie, y a pas de prise en charge, on est malmenés, on est maltraités. Et le médecin qui se plaint du manque de moyens, de civisme, et la gestion hasardeuse du secteur de la santé.

Paradoxalement, tout le monde veut que ses enfants soient des médecins ou pharmaciens, et pour la plupart d’entre eux ils ont une allergie au médecin. Ils disent que c’est des gens qui se font de l’argent, ils ne sont pas humains, ils cherchent qu’après leurs intérêts, on a encore rien vu de ce qui est de leur serment d'Hippocrate, et je ne dirais pas que c’est aussi dramatique, mais la réalité elle est là. Je pense aussi que c’est difficile d’en parler parce qu’il y a  des sensibilités qu’on va titiller qui sont dues à la gestion du secteur de la santé. Quoiqu’en réalité, il faut reconnaitre, qu’il y a certains aspects qui sont inadmissibles. Il ne faut pas nier également le fait qu’il y ait des gens très progressistes, qui croient à la médecine et la science et tout ce qui est concret, en essayant d’imaginer un système de santé qui est à l’image de ce qui se passe en Europe,  en Occident, selon la médecine factuelle. C’est d’aillleurs ce qu’on appelle l’ère de l’ « evidence based medecine », c'est-à-dire concrète.

Il  y a également une tranche de la société avec des attributs traditionnels, hérités d’une culture de nos ancêtres, mais je ne dirais pas de cette tranche qu’elle n’est pas progressiste. D’autant plus que cela ne veut pas dire que la médecine traditionnelle n’est pas intéressante, mais on tend à la clochardiser, et c’est ce qui est grave. Quand vous entendez des guérisseurs qui sont à la charge d’une clinique spécialisée dans la Rokia, quelque chose qui est décrite dans notre religion, et arriver à penser de la sorte c’est qu’il faut se poser la question.

Mais comment rétablir la confiance entre médecins et patients ?

Pour rétablir la confiance il faut travailler sur l’image du médecin, en plus de la mise en valeur de la formation. Il faut qu’il y ait des facultés dignes de leur nom, et des travaux scientifiques.

Comme je vous ai dit, la relation a beaucoup changé. Elle est tributaire de trois points : le premier concerne le médecin et sa capacité à discuter  et à expliquer.

Le deuxième point c’est la confiance, et le troisième c’est le patient et sa capacité à s’exprimer.

En effet, le patient cherche le meilleur médecin, la meilleure technique avec les suites opératoires les moins compliquées, ou tout simplement un deuxième avis. C’est son droit. D’ailleurs en Europe, il y a beaucoup de textes de loi dans ce sens.

Quand un médecin fait le diagnostique d’un cancer métastatique le médecin il fait tout pour expliquer qu’il n’y a pas de solution thérapeutique, et ce même patient part chercher le miracle en médecine parallèle. Il peut même investir beaucoup d’argent pour acheter une décoction ou une petite préparation d’herboristes pour se traiter, là se pose la question. Est-que c’est forcément une rupture de confiance vis-à-vis du médecin, ou bien carrément vis-à-vis de la médecine moderne.

Je ne dirais donc pas qu’il existe une rupture de confiance, mais il faut savoir que certains patients cherchent le miracle. C’est le reflexe de tout être humain qui est dans l’impasse,  on peut le retrouver chercher le miracle chez des charlatans, des gens qui n’ont aucune relation avec le métier et qui sont si machiavéliques qu’ils vendent l’espoir à un prix très cher, et on laisse faire, ça c’est un problème. Il me semble qu’il faut non seulement lutter contre ces pratiques, mais aussi essayer de faire un travail de fond.

Selon vous, qu’est ce qui manque à la médecine algérienne ?

Il lui manque de la valeur, car si les pratiquants n’ont pas de milieu propice pour s’épanouir ils ne vont pas progresser. Si en Europe, les mêmes médecins font des exploits, c’est qu’il y a vraiment un problème. On comprend par là que ce n’est pas une question de compétence, ou de ressources humaines, mais une question de gestion des ressources humaines, de rigueur et de discipline. C’est aussi une question de mise en valeur des prestations.

Maintenant quand vous passez au pavillon des urgences et vous retrouvez un résident en formation qui court dans tous les sens. Et, pour la simple raison qu’il porte une blouse, il est agrippé par toute la population pour recevoir toutes les insultes possibles, alors qu’il est normalement dans un couloir où il y a des services d’accueil, des agents de sécurité, des brancardiers, des infirmiers, une équipe pluridisciplinaires chacun dans son box. La gestion impose à tout le monde d’être à son poste et faire son travail.

Maintenant si on a choisi d’opter pour une médecine gratuite, où tout le monde peut avoir accès, mais qui est sans valeur, ça n’a aucun sens. Certes, c’est un acquis inestimable, ce n’est pas tous les pays qui se permettent une médecine gratuite parce que ça coûte beaucoup d’argent.

Du côté des patients, le civisme est inexistant, dans la plupart des situations, bien qu’on comprenne la difficulté de celui qui vient au pavillon des urgences, mais ce n’est pas une raison de casser et faire n’importe quoi. Car, un médecin ne peut pas vous offrir plus qu’il n’en a entre les mains.

Si le médecin vous demande de faire un scanner, et il n’y a pas de scanner ce n’est pas de sa faute. Bien que cela ne devrait pas se passer comme ça, parce que normalement à partir du moment où le médecin prend en charge le patient il lui demande rien, il va plutôt donner des ordres médicaux, des ordonnances, pour que le patient soit pris en charge. Mais il y a tellement d’anarchie que chacun se dégage la responsabilité.

Ailleurs, dans les pays développés il y a un management  où la médecine est devenue une machine à sous, en gagnant de l’argent en soignant les malades. Tandis que dans notre pays le secteur de la santé est un secteur budgétivore. Il y a une disproportion spectaculaire entre les dépenses publiques et la prestation. Je pense qu’il est urgent d’ouvrir les dialogues entre syndicats et ministères pour changer le système de santé, du moins le rendre efficace en cas d’urgence, il est aussi urgent d’écouter les gens qui travaillent.

Pensez-vous que les "facultés" de médecins ne répondent plus aux critères requis ?

Il y a des efforts, et des gens qui travaillent, mais il y a beaucoup de laisser aller. Il faut aussi prendre en compte le nombre important des étudiants inscrits, les universités sont inondées pour un nombre limité de places pédagogiques.

@ImeneAmokrane

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