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Centres anti-cancer à l’ouest du pays

Entre promesses retardées et non tenues

Beaucoup reste à faire pour une bonne prise en charge des malades. ©D. R.

À l’ouest du pays, entre promesses imminentes (Tlemcen, Sidi Bel-Abbès), projet souhaité (Mostaganem) et oublié (Tiaret), le seul centre de radiothérapie fonctionnel aujourd’hui est celui d’Oran.

La lutte contre le cancer en Algérie s’est habillée, ces dernières années, de politique et est devenue, par la force des choses, une question de gros sous pour paraphraser un professeur qui a préféré s’exprimer sous le sceau de l’anonymat. Évoquer la lutte contre le cancer en Algérie, c’est faire un voyage périlleux dans la douleur et les souffrances endurées par les malades et leurs familles venant surtout de l’arrière-pays. Du manque flagrant de centres anti-cancer (CAC) à la mauvaise prise en charge des malades en passant par l’incongruité des montants remboursés par la sécurité sociale, le dossier de la lutte contre le cancer demeure avant tout une volonté quelque part populiste des pouvoirs publics à satisfaire à la demande sanitaire nationale, l’exemple de Mostaganem en est la parfaite illustration. Pensant à tort ou à raison que la construction des CAC allait régler la situation, le gouvernement s’est attelé à mettre en place une politique d’occupation de l’espace géographique en créant des centres un peu partout en Algérie. En mai dernier, c’est un ministre de la Santé rassurant qui annonçait que “cinq nouveaux centres anti-cancer seront ouverts avant fin 2016”, précisant que les deux centres prévus à Tlemcen et Sidi Bel-Abbès ouvriront leurs portes durant le premier semestre 2016 tandis que ceux de Laghouat, Tizi Ouzou et Adrar seront prêts fin 2016. L’objectif de ces centres étant de “généraliser la radiothérapie” et d’éviter aux patients “de se déplacer vers les grands centres du pays”. Depuis, ces promesses n’ont pas été tenues et aucun centre n’a été réceptionné, alors qu’on commence déjà à manger le dernier quart de 2016. Si ces retards sont conjoncturels, le problème est ailleurs. Pour notre professeur, ces CAC en l’état actuel des choses sont des structures budgétivores en l’absence de spécialistes et surtout de moyens. “Ce ne sont que des centres de radiothérapie, car un véritable centre anti-cancer englobe tous les traitements connus contre le cancer, comme la chimiothérapie et la mise en place des protocoles internationaux avec l’évolution des traitements”, explique notre interlocuteur. Ce dernier estime que ces CAC sont une réponse politique à un besoin sanitaire et social et s’interroge sur leur fonctionnalité dans le temps, surtout dans les régions éloignées, alors qu’à Alger même on éprouve des difficultés dans l’approvisionnement de ces centres en drogues pour la chimiothérapie. Les produits sont presque insuffisants, sinon en rupture de stock parfois. La question de la prise en charge des malades traités, non sans risques, est aussi posée en présence d’un nombre très réduit de chambres stériles obligatoires en chimiothérapie. Si ces CAC sont un premier pas dans la rédemption du gouvernement vis-à-vis des cancéreux en Algérie, il n’en demeure pas moins que face à l’état actuel de nos hôpitaux, cela s’apparente à du gaspillage d’argent. À l’ouest du pays, entre promesses imminentes (Tlemcen, Sidi Bel-Abbès), projet souhaité (Mostaganem) et oublié (Tiaret), le seul centre de radiothérapie fonctionnel aujourd’hui est celui d’Oran qui doit faire face quotidiennement à une moyenne de 20 demandes de malades.

Un projet en souffrance à Tiaret
Prévu pour l'année 2009, le projet de réalisation du centre anti-cancer à Tiaret demeure en souffrance. Un constat sans appel qui pénalise les cancéreux (plus de 2000 selon une source concordante). Au passage, autant souligner qu'avant la création d'un service d'oncologie à l'EPH Youcef-Damardji, ces derniers parcouraient des centaines de kilomètres pour des traitements de chimiothérapie à Oran ou Blida. Pour revenir à ce projet de 120 lits, dont on ignore le devenir exact tant la situation demeure encore floue, sa construction est prévue sur une assiette de 7 ha à Sénia, sur la route de Sougueur, pour 450 milliards de centimes. Sa relance a été annoncée à plusieurs reprises lors des sorties officielles, notamment par les ministres, les walis et les DSP qui ont sillonné cette wilaya durant la dernière décennie. La dernière annonce a été celle du wali actuel qui avait promis, lors d'une rencontre avec la presse au siège de la radio locale, en novembre 2015, le maintien du projet pour l'enveloppe citée initialement. Par ailleurs, ayant vainement tenté d'avoir plus de renseignements sur le centre anti-cancer, les responsables concernés se rejettent la balle et chacun ne trouve rien de mieux que de nous orienter vers l'autre.

À Tlemcen, il ne sera opérationnel qu’en 2017
Le centre hospitalier régional pour cancéreux de Tlemcen n’ouvrira ses portes qu’en 2017, alors que son inauguration était prévue fin 2016 comme l’avait annoncé le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière lors de sa dernière visite dans la région. Le retard, fait-on remarquer de source officielle, est à imputer d’une part au bureau d’études qui n’a pas réalisé dans les normes ses prévisions, et d’autre part à la mauvaise gestion du chantier par les entreprises n’ayant pas respecté le cahier des charges et dont certaines ont été traduites en justice. C’est au bas mot 18 mois de retard environ qu’aura enregistrée la réalisation de ce centre tant attendu par les malades, obligés d’effectuer de longs déplacements pour le diagnostic et le traitement des tumeurs à risque élevé. Dans l’attente de la livraison de l’infrastructure sanitaire, les malades chroniques prennent tous les jours d’assaut le service d’oncologie du centre hospitalo-universitaire pour tenter de décrocher une prise en charge en matière de diagnostic et traitement du cancer. Pour la plupart d’entre eux c’est le parcours du combattant à l’accès du laboratoire de radiothérapie avec la conséquence supplémentaire de la rupture de certains médicaments prescrits pour soulager leurs souffrances. Il a été recensé à travers la wilaya de Tlemcen plus d’un millier de cancéreux, chiffre jugé élevé par rapport à la moyenne nationale. Une commission formée de spécialistes a d’ailleurs été mise en place pour étudier les raisons et l’évolution de cette maladie au niveau local. Doté d’une capacité d’accueil de 120 lits avec un équipement sophistiqué répondant aux normes thérapeutiques internationales, le futur centre de Tlemcen est financé à hauteur de 4 milliards de dinars. Situé à Chetouane, dans la banlieue immédiate de Tlemcen, l’hôpital pluridisciplinaire, qui rayonnera sur une partie de la région Ouest, sera doté de salles de traitement destinées à la chimiothérapie, la médecine nucléaire, la chirurgie générale ainsi que plusieurs laboratoires.

Un combat utile à Mostaganem
Rarement un combat aussi noble et rassembleur dans l’histoire de la wilaya de Mostaganem n’a autant mobilisé l’opinion publique sur un sujet sensible et vital que la revendication citoyenne de la construction d’un centre de radiothérapie disponible pour tous les patients atteints de cancer sous toutes ses formes. Ce fut même une première dans les annales qu’une pétition soit lancée par un groupe de citoyens à la faveur des réseaux sociaux, et le “bouche à oreille” avait fait le reste pour porter la voix des cancéreux jusqu’au sommet du cercle de décision, puisqu’une rencontre entre représentants de la société civile et le ministre de la Santé a eu lieu au siège du ministère un certain samedi 21 mai 2016. Auparavant, la presse locale a porté à bras-le-corps cette préoccupation de santé générale qui renferme en elle des milliers de récits de souffrances et de drames humains, conséquence inéluctable d’une prise en charge largement insuffisante à Oran et l’absence totale de structures adaptées à ce type de pathologie particulièrement lourde à accompagner médicalement au niveau de la région. De là, l’idée de la revendication de cette radiothérapie a fait son chemin jusqu’à aboutir à la collecte de plus de 15 000 signatures en quelques semaines seulement, pour demander la réalisation d’un service de radiothérapie à Mostaganem. Face à cette mobilisation, le ministre a émis un avis favorable à cette demande, tout en demandant le temps d’étudier un plan de financement. À ce propos, Dr Abdelghani Fréha, directeur de wilaya de la santé et de la population, dira : “L'étude de ce projet confiée à un bureau d'études spécialisé qui a  pour mission, en plus de l'esquisse de l'avant-projet, du projet d'exécution et la préparation du dossier écrit, également d'assurer le suivi technique, le contrôle de l'exécution des travaux et la présentation de propositions de règlement des situations financières et de tout éventuel litige.” Le futur centre de radiothérapie qui sera intégré au CHU de Kharrouba est donc en cours d’étude et comprendra également la recherche médicale, l'encadrement et la formation. Cependant, l’aspect le plus important de ce combat est l’impact positif qu’aura ledit service sur les quelque 600 malades recensés.

Celui de Sidi Bel-Abbès réceptionné dans les prochains jours ?
Le CAC de Sidi Bel-Abbès, d’une capacité d’accueil de 120 lits et extensible à 220 lits, dont les travaux ont été repris en 2013, après 4 années d’arrêt, sera réceptionné dans les prochains jours, mais son entrée en activité ne se fera pas avant le mois d’octobre prochain en raison du retard lié à l’acquisition de la totalité des équipements médicaux, notamment les platines, et ceux nécessaires pour les traitements de la chimiothérapie ainsi que la radiothérapie. Il est considéré comme un projet structurant et de standard international, vu les technologies modernes dont il dispose. Les travaux de réalisation et des équipements ont nécessité une enveloppe de 63 millions de dinars. Sa mise en service devra sans doute alléger la pression sur les structures de traitement et de suivi existantes dans la wilaya. Cette nouvelle structure est dotée de services de médecine nucléaire, de laboratoires, radiothérapie, oncologie, curiethérapie, imagerie médicale, pharmacie et une unité de réanimation. S’agissant du personnel médical et administratif, le CAC de Sidi Bel-Abbès sera pris en charge par un effectif de 384 cadres, dont 30 praticiens spécialisés, 20 médecins généralistes, 2 pharmaciens, 7 physiciens médicaux, 8 psychologues cliniciens, 120 paramédicaux et 220 agents administratifs, techniques et de service.

Saïd OUSSAD/R. SALEM/B. Abdelmadjid/ M. Salah/ A. BOUSMAHA


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