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Pendant trois semaines, les candidats ont peiné à convaincre les électeurs

Fin d’une campagne sans relief

© Louiza Ammi/Liberté

Confinés à animer le plus souvent des meetings dans des salles fermées, lorsqu’ils ne les annulent pas faute de public, les candidats, souvent conspués, ont trouvé toutes les peines du monde à faire une campagne de proximité.

Elle a fini comme elle a commencé : laborieusement, malgré une mise en scène médiatique pour accréditer la thèse de l’intérêt de la population à un scrutin rejeté massivement et entouré de toutes les incertitudes. La campagne électorale, qui s’est acheverée hier soir à minuit, est sans aucun doute la plus atypique qu’ait connue l’Algérie indépendante. 

Durant trois semaines, les candidats, plombés par leur parcours et leur pedigree, se sont plutôt employés à trouver un auditoire et à convaincre de l’option et de l’intérêt de la participation au scrutin qu’à se livrer une véritable bataille électorale autour d’une vision programmatique et d’un projet pour aspirer à résoudre une crise multidimensionnelle.

Escortés le plus souvent par un renfort de services de sécurité, confinés à animer le plus souvent des meetings dans des salles fermées, lorsqu’ils ne les annulent pas faute de public, les candidats, souvent conspués, ont trouvé toutes les peines du monde à faire une campagne de proximité. Pour s’être essayé dès le début de la campagne à la Grande-Poste, le candidat Abdelkader Bengrina, à titre d’exemple, a vu son siège de campagne bombardé d’œufs.

Dans plusieurs wilayas, des meetings se sont déroulés sous tension, ponctués par de nombreuses arrestations parmi des manifestants qui leur sont hostiles et rejetant le scrutin. À Bouira, le meeting d’Ali Benflis a été même marqué par quelques échauffourées aux abords du lieu du meeting. Fait inédit sans doute : aucun des cinq candidats n’a programmé de meeting dans les villes de Kabylie, ni dans l’immigration où pourtant on compte un grand réservoir électoral. 

Conscients de l’hostilité d’une grande partie de la population, les candidats, qui ont tenté de jouer dès le début de la campagne sur certaines symboliques, ne se sont pas hasardés à critiquer le hirak. Mieux, ils s’en sont tous revendiqués, mais sans pourtant adopter ni assumer les aspirations qu’il porte : changement radical de système, “Yetnahaw gaâ” ou encore “État civil et non militaire”. Certains sujets étaient sciemment ignorés, comme la question des détenus, la question sécuritaire ou encore la question des libertés et des médias.

L’essentiel de leur discours était axé sur des promesses vagues, parfois farfelues, comme celle d’Abdelmadjid Tebboune s’engageant, s’il venait à être élu, à récupérer l’argent volé, là où Benflis relevait la difficulté, et des tentatives de convaincre sur l’enjeu de l’élection en exhortant la population à se rendre massivement aux urnes. L’ANP, acteur de premier plan, à laquelle on a attribué un prétendu penchant en faveur d’un candidat, malgré les assurances de neutralité du chef d’état-major de l’armée, a donné lieu à une surenchère entre les staffs d’Azzedine Mihoubi et d’Abdelmadjid Tebboune.

Présenté comme le clou de la campagne, le débat promis à la télé entre les cinq candidats, calqué sur le modèle tunisien, s’est révélé comme un test oral à l’examen, aux relents de véritable farce, suscitant le sarcasme de nombreux internautes. Faut-il pour autant conclure à un fiasco, en l’absence de sondage, même si Mohamed Charfi, président de l’Anie, prétend que les citoyens favorables à l’élection sont plus nombreux que le hirak ? Réponse sans doute ce jeudi, même si le scrutin entamé à l’étranger donne déjà un avant-goût de ce qui s’annonce comme une participation dérisoire. 

En attendant, les candidats sont astreints à un silence électoral à compter d’aujourd’hui.

 


K. Kebir


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