Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

A la une / Actualité

naufrage de jeunes harragas au large de Tigzirt

Fuir la mort lente pour une fin tragique

Sit-in de solidarité avec les familles des harragas décédés. £ Samir Leslous/Liberté

Des jeunes y vont chacun de son récit et de ses détails, et face à l’absence de toute communication officielle, comme d’ailleurs à chaque événement grave, toutes les versions restent vraisemblables.

Au village El-Kelaâ, la tristesse est sur tous les visages. Au lendemain de l’annonce de la terrible nouvelle de la mort de Moumouh, comme beaucoup aiment à l’appeler au village, nombreux sont les habitants qui n’osent toujours pas y croire. Devant la demeure familiale, sa famille et ses amis le pleurent en silence. “Il est toujours à la morgue, on attend son arrivée, on ne sait toujours pas si son corps sera récupéré aujourd’hui”, nous explique Younès, un proche du défunt. De son vrai nom Midour Mohamed, ce jeune de 29 ans est l’un des deux morts enregistrés dans l’affaire des harragas qui ont tenté, durant la nuit du lundi à mardi, de rallier les côtes européenne à partir de Tigzirt, mais dont la barque de fortune a chaviré après à peine quelques kilomètres. Aîné d’une fratrie de trois enfants, nous explique-t-on, Mohamed travaillait dans un petit fast-food situé à la sortie du village d’El-Kelaâ, sur la route menant vers la ville côtière de Tigzirt. Voyant, comme tant d’autres jeunes, les horizons bouchés et leur espoir de vivre dignement dans leur pays s’effilocher chaque jour un peu plus, il tente l’aventure périlleuse de la harga avec un groupe de jeunes, pour la plupart issus de cette même région côtière. “La seconde victime est de la région de Dellys, dans la wilaya de Boumerdès. Il a 24 ans et il s’appelle Zaoui Karim”, nous explique un jeune de la région. “C’est lui qui pilotait la barque”, précise un autre. Quid des autres jeunes qui étaient de cette périlleuse aventure ? À El-Kelaa, on ne semble pas connaître tous les détails. “Un d’entre eux se trouve toujours à l’hôpital de Tigzirt”, affirme un habitant. Ce que confirment, d’ailleurs, des sources hospitalières, assurant même que la vie du jeune en question n’est plus en danger. À Tigzirt, cette affaire était, encore hier, au centre de toutes les discussions. Autour d’une table d’un café au centre-ville, trois jeunes y vont, chacun de son récit et de ses détails, et face à l’absence de toute communication officielle, comme d’ailleurs à chaque événement grave, et toutes les versions restent toutes vraisemblables. “Ils ont pris le départ non loin de Tamda Ouguemoun”, affirme l’un d’entre eux. “Près de la plage Tazaghart, soit plus loin vers Azeffoun”, le contredit l’autre.

Aventure périlleuse
“La barque a commencé à prendre l’eau durant les premiers kilomètres”, affirme l’un d’entre eux. “Non, elle a dû se renverser”, corrige un autre. Comme autour de cette table, l’incompréhension et la confusion autour de ce qui s’est réellement produit durant cette nuit est partout à Tigzirt. Cela n’empêche point les citoyens de s’apitoyer sur le triste sort des victimes. “Dans notre pays, nous n’avons malheureusement plus qu’à choisir entre la mort tragique et la mort lente. Notre pays ne profite plus à son peuple, surtout pas aux jeunes et à ceux qui veulent vivre honnêtement et dignement. À quel avenir un jeune, qui n’a pas d’épaules dans la République de papa, peut-il espérer ?”, vocifère Lounis, un jeune de la région, pour justifier la légitimité de cette aventure qui a tourné au drame. Une aventure au cours de laquelle, affirment différentes sources, deux jeunes ont perdu la vie, cinq autres ont été secourus, dont un est toujours hospitalisé, et quatre autres sont toujours portés disparus. Interrogé justement au sujet des harragas secourus la veille par les gardes-côtes, plusieurs personnes à Tigzirt nous ont affirmé qu’ils sont tous de la commune d’Iflissen. “Le propriétaire de la barque en fait partie”, nous précise l’un d’entre eux. “Hormis celui qui se trouve toujours à l’hôpital, les quatre autres se trouvent toujours à la brigade de gendarmerie”, affirme un habitant d’Iflissen. “Ils seront présentés devant le procureur de la République dès la fin des auditions. Des auditions qui ont pour objet de tenter de déterminer si cette aventure est l’œuvre de réseaux de passeurs ou non”, a-t-on appris de sources sécuritaires dans cette région où l’on n’est vraisemblablement pas à la première “harga”. “Il y a environ six mois, un groupe de jeunes a pris le large vers l’Espagne à partir de la plage Avechar. Certains parmi eux ont fini par être expulsés, mais le fait d’avoir réussi à traverser a dû donner l’idée à d’autres jeunes de la région”, nous a confié un homme, la soixantaine, et que ses compagnons appellent affectueusement Dda Ahmed. Même cette affaire n’est pas la première, a-t-il encore ajouté, se rappelant que la toute première remonte à plus de 10 ans, lorsque 22 jeunes avaient réussi à rallier les côtes européennes à partir de Tigzirt. Nous poursuivons la RN24 en direction d’Azeffoun, tout au long de laquelle, nous croisons plusieurs véhicules de la Protection civile. “Leur va-et-vient dure depuis hier, et il était encore plus intense”, nous explique le propriétaire d’un commerce à la sortie de Tigzirt. “Les gardes-côtes poursuivent toujours les recherches au large pour tenter de retrouver les disparus”, assure une source sûre, estimant, toutefois, que les chances de les retrouver vivants sont minimes. À Azeffoun, un rassemblement a été tenu dans la matinée d’hier devant le siège de l’APC par les familles de sept jeunes harragas qui ont tenté l’aventure, il y a une quinzaine de mois, et dont ils n’ont aucune nouvelle. “Rendez-nous le sourire”, “Azeffoun est triste”, lit-on sur des banderoles accrochées aux murs.                  

Samir LESLOUS

 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER