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Il envisage son exploitation tout en affirmant qu’elle n’est pas à l’ordre du jour

Gaz de schiste : que veut faire le gouvernement ?

Plus d’un mois après le début du mouvement antigaz de schiste, le gouvernement a brillé par une communication “cacophonique”. © APS

La contestation du Sud n’est qu’une halte forcée quant au processus d’exploitation du gaz de schiste dans lequel s’est engagée l’Algérie.

Apostrophé pour avoir ignoré le volet communication dans sa stratégie dédiée à l’exploitation du gaz de schiste, le gouvernement lance une campagne de sensibilisation d’envergure afin, à la fois, de rectifier le tir et convaincre l’opinion publique nationale sur le bien-fondé de sa démarche. Le mouvement de protestation enclenché il y a plus d’un mois par les citoyens d’In-Salah, où sont posés les premiers jalons d’un projet controversé, a ébranlé l’État à travers ses différents démembrements. L’Exécutif a été pris au dépourvu, lui qui croyait que cette opération renfermait en son sein les mêmes caractéristiques que celles achevées sans difficulté aucune, auparavant pour les autres hydrocarbures.
Directeurs centraux, conseillers, cadres…, à leur tête le premier responsable du département, se déploient pour rattraper le coup. La tutelle apprend à ses dépens que le projet cher à Youcef Yousfi n’a pas été suivi d’un plan de communication et de sensibilisation à grande échelle digne de ce nom de la part de ses précurseurs. Les différents responsables qui se sont succédé pour investir les plateaux de télévision, des chaînes de radio et les journaux ont affirmé à l’unanimité : “Nous n’avons pas communiqué suffisamment à ce sujet.” Les appréhensions des uns et des autres nées au lendemain de la dégringolade des cours du brut, annonçant les signes avant-coureurs d’une crise économique qui, cette fois-ci ne va pas épargner l’Algérie, ne font qu’envenimer une situation de plus en plus délicate. D’aucuns reconnaissent le manque d’engagement flagrant des initiateurs de ce projet qui n’ont pas jugé utile de rassurer au préalable les habitants avant de mettre en pratique leurs intentions…“schisteuses”. Et le qualificatif est tout indiqué, étant donné l’opiniâtreté des pouvoirs publics à extraire ce gaz non conventionnel d’ici à 2022 en dépit de l’opposition des populations du Sud.

Un forcing médiatique des promoteurs du projet
L’intérêt qu’il accorde à ce gaz non conventionnel, qualifié d’alternative énergétique incontournable pour le futur, a poussé l’État à exercer une sorte de forcing pour tenter de faire avaler la pilule à une population plutôt convaincue de l’impact négatif, voire dangereux de ce projet sur l’environnement. Médias lourds, journaux, réseaux sociaux… ont été, pour ce faire, pris d’assaut ces derniers jours par les dirigeants des diverses institutions impliquées, dans le but d’expliquer davantage la justesse de leur initiative. Le discours officiel, prononcé par la magistrature suprême du pays et amplement relayé par les divers commis de l’État, dans les médias publics et privés, semble vouloir ménager la chèvre et le chou. L’on tente de sensibiliser, d’une part, les résidents des wilayas du Sud concernées quant à l’inexistence de conséquences négatives sur leurs ressources hydrauliques, voire naturelles et préparer le terrain,  et, d’autre part, pour une exploitation quasi certaine de ce type de gaz, considéré comme une alternative idoine à un épuisement indubitable des réserves algériennes en hydrocarbures dans les trente années à venir. Quand bien même le président de la République essayerait de tranquilliser les citoyens du Sud en signifiant de manière, on ne peut plus claire, lors du Conseil restreint de mardi dernier que le “projet n’est pas encore à l’ordre du jour”, la décision de recourir à cette autre ressource énergétique commence à faire son petit bonhomme de chemin. Preuve en est : des projets d’exploration et d’exploitation similaires sont d’ores et déjà lancés à Mascara et dans d’autres wilayas.
En fait, la contestation énergique et véhémente exprimée ces derniers jours par ces âmes soucieuses et consciencieuses d’In-Salah, de Tamanrasset, d’Illizi, d’Adrar, d’Ouargla, de Laghouat, de Biskra, de Ghardaïa, d’El Bayadh, de Béchar…, bref de toute une région, n’est, in fine, qu’une halte forcée d’un long et résolu processus d’exploitation du gaz de schiste dans lequel s’est engagée l’Algérie.
Faisant fi des avis de certains experts qui attirent l’attention des promoteurs du projet sur l’impact périlleux des méthodes d’exploration et d’exploitation du schiste, les décideurs prêtent, en revanche, une oreille attentive beaucoup plus à leurs “propres” spécialistes, rameutés à la hussarde à partir du vivier de la compagnie pétrolière nationale pour défendre la “bonne cause” auprès d’une population hostile à un changement de l’entourage dans lequel elle évolue depuis des décennies…, des siècles. À l’instar de l’exploration des projets des autres ressources notamment les énergies fossiles, l’opération pilote menée à In-Salah, est, selon ces spécialistes pro-exploitation, régie par une réglementation rigoureuse. Toutes les étapes suivies pour aboutir à l’exploitation de ce gaz à savoir le forage, la fracturation…, sont soumises, disent-ils, à un contrôle permanent, des analyses et des évaluations conformément à des textes de lois préalablement élaborés. S’ils qualifient les craintes des citoyens de cette daïra de “légitimes”, ils n’hésitent pas pour autant, à mettre en exergue les fines études d’impact effectuées par les experts avant de lancer ce projet. Pour eux, la protection de l’écosystème et de l’être-humain qui en est une composante importante, doit être garantie dans tous les domaines pas uniquement pour ce projet en particulier. Mieux, les méthodes et techniques d’exploration sont, arguent-ils, les mêmes utilisées pour le gaz classique ou le schiste avec toutes les précautions requises en la matière. le P-DG de Sonatrach, s’est lui-aussi, mis de la partie pour dire que le groupe qu’il dirige maîtrise la fracturation hydraulique, objet d’une vive contradiction, qui est une technique déjà utilisée par cette compagnie depuis les années 1990 sans une quelconque incidence sur l’environnement. Et de préciser : “Nous avons appliqué cette technique en 1992 à Hassi R’mel sur des formations géologiques qui ne sont pas épaisses et dont nous avons extrait du pétrole grâce à des forages horizontaux.”

Les signes d’une décision déjà tranchée
De 2006 à 2010, Sonatrach a fracturé une moyenne de 50 puits/an à Hassi-Messaoud, précise son patron, en relevant que ces forages, tout comme le reste des puits conventionnels, ont traversé des nappes aquifères sans aucun impact sur l’environnement. “C’est une technique maîtrisée par Sonatrach. Nous l’avons importée des États-Unis et utilisée de manière systématique dans ces forages”, insiste M. Sahnoun à chaque occasion qui se présente à lui. Autre argument développé a trait à la demande interne en énergie qui augmente d’année en année. Les besoins énergétiques nationaux accroîtront davantage surtout avec la croissance démographique d’ici à 2020 ou 2030. La consommation nationale du gaz naturel, pour ne citer que cet exemple, atteindra 35 milliards de m3 rien que pour l’année 2015.
Face à cette demande qui va crescendo, les réserves en hydrocarbures vont en s’amenuisant à l’avenir. D’où, affirment ces cadres du secteur de l’énergie, l’importance de l’option du schiste. Pour eux, il est primordial de commencer à explorer dès maintenant d’autres ressources outre les hydrocarbures conventionnels, les énergies renouvelables, le schiste et le nucléaire civil et de ne pas attendre le jour où les réserves actuelles vont tarir. L’Algérie, expliquent-ils en termes plus clairs, doit, dès à présent, penser à assurer la sécurité énergétique pour les générations futures. Cela étant, le P-DG de Sonatrach qui avance le montant de 70 milliards de dollars que son entreprise investira sur 20 ans pour produire 20 milliards de m3/an de gaz de schiste renseigne clairement sur la détermination de l’État à mettre à exécution ses velléités pour la concrétisation du projet…


B.K.


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