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L’avocate anticolonialiste décédée hier à 93 ans

Gisèle Halimi, une vie de combats

© D.R.

Née à La Goulette, dans la banlieue de Tunis, d’un père d’origine berbère et d’une mère juive, Gisèle Halimi a très tôt affiché son désir de liberté et son tropisme pour la défense des causes justes. 

Elle était un mélange à la fois de détermination, d’insoumission et de rébellion : Gisèle Halimi, célèbre avocate qui a notamment défendu une des figures iconiques de la Révolution algérienne, Djamila Boupacha, est décédée, hier, à Paris, à l’âge de 93 ans. “C’est une vraie moudjahida, une vraie Algérienne ; elle ne nous a jamais laissées tomber. Elle a toujours été à côté de nous”, témoigne Louisette Ighilahriz, autre figure de la Révolution. 
Née à La Goulette, dans la banlieue de Tunis, d’un père d’origine berbère et d’une mère juive, Gisèle Halimi a très tôt affiché son désir de liberté et son tropisme pour la défense des causes justes. 
“À 16 ans, elle refuse un mariage arrangé, obtient de faire ses études de droit en France, revient à Tunis et s’inscrit au barreau en 1949. La rebelle qu’elle a toujours été devient militante. D’abord pour l’indépendance de son pays dont, tout en étant française, elle n’a jamais abandonné la nationalité”, relate le quotidien français Le Monde. C’est donc naturellement qu’elle plaide, également, aux côtés du célèbre philosophe, Jean-Paul Sartre, en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Elle rejoint les nombreuses autres figures de l’intelligentsia française, dont Robert Barrat, Simone de Beauvoir, André Breton, François Maspero, Jean-Paul Sartre ou encore Simone Signoret, entre autres, qui ont signé, en septembre 1960, le manifeste des “121”, un brûlot qui prônait la désobéissance militaire et l’indépendance de l’Algérie. “(…) Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d'apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres”, soutenait le manifeste. 
Apprenant la même année que Djamila Boupacha avait été arrêtée, violée et torturée par l’armée coloniale après qu’elle a été accusée, une année plus tôt, d’avoir posé une bombe à la “Brasserie des facultés”, une bombe du reste désamorcée par les démineurs, Gisèle Halimi décide de la défendre. Dans la foulée et à sa demande qui souhaitait saisir l’opportunité de l’affaire pour dénoncer les exactions de l’armée coloniale, Simone de Beauvoir publie une tribune dans Le Monde intitulée “Pour Djamila Boupacha” et qui fit grand bruit, tandis qu’un comité comprenant d’illustres noms dont outre Jean-Paul Sartre, le célèbre écrivain et poète, Louis Aragon, Elsa Triolet, Gabriel Marcel, Geneviève de Gaulle, l’écrivain Aimé Césaire ou encore l’ethnologue, amie des “Aurès”, Germaine Tillion, est mis en place. Malgré une brillante plaidoirie de Gisèle Halimi, selon de nombreux témoignages de l’époque, Djamila Boupacha est condamnée à mort, mais sera amnistiée après les accords d’Évian. 
Cette histoire fera l’objet d’ailleurs d’un livre-témoignages avec d’autres dont Simone de Beauvoir, intitulé Djamila Boupacha, qu’elle publie aux éditions Gallimard. Caractéristique de ce livre qui n’a pas manqué de lui donner un retentissement international : la couverture est illustrée par le portrait de l’héroïne réalisé par le célèbre peintre Pablo Picasso. Elle sera également portée à l’écran, un téléfilm qui sera diffusé en 2012. Affublée du titre d’avocate des causes justes, Gisèle Halimi poursuit son combat, particulièrement en faveur des droits des femmes auxquelles elle a largement contribué pour l’obtention du droit à l’avortement après de retentissants procès gagnés dont le fameux “Procès de Bobigny”, celui d’une jeune fille, aidée par sa mère, et qui a avorté. “J’ai suivi sa carrière, c’est une femme courage et une femme progressiste”, soutient l’avocat, Me Miloud Brahimi. Auteure d’une quinzaine de livres, Gisèle Halimi, peu ou prou connue chez les jeunes Algériens, part probablement avec une frustration : celle de n’avoir pas eu de filles. 
Mère de trois garçons, dont Serge Halimi, directeur du mensuel Le Monde diplomatique, elle a confié qu'elle aurait aimé avoir une fille pour “mettre à l'épreuve” son engagement féministe, rappelle l’AFP. “Pour Gisèle Halimi, le féminisme était un humanisme. La France perd une républicaine passionnée qui, comme avocate, militante et élue, fut une grande combattante de l'émancipation des femmes”, a salué sur Twitter le président français, Emmanuel Macron. 

K. K.

 

 


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