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DÉCÉDÉ HIER À LYON À L’ÂGE DE 91ANS

HENRI TEISSIER, UN SEIGNEUR DE PAIX

© D. R.

Avec sa disparition, ce n’est pas seulement la chrétienté qui perd une de ses figures tutélaires, mais c’est l’Algérie qui voit partir une de ses figures religieuses les plus marquantes. Pas seulement dans le domaine religieux.

Henri Teissier, décédé hier à l’âge de 91 ans dans sa ville natale de Lyon, a eu un itinéraire qui  se confond et  fusionne  avec  celui  de  son  pays, l’Algérie. Aux côtés du cardinal Léon-Étienne Duval, dont il est le disciple, monseigneur Teissier était un partisan de la libération de l’Algérie du joug colonial.

Les deux personnages ont su et pu  courageusement  mettre l’Église d’Algérie du côté de la justesse du peuple algérien en lutte pour son émancipation. En 1956 déjà, le cardinal Duval se prononce en faveur de l’autodétermination du peuple algérien.

Un choix risqué, mais ouvertement assumé dans un contexte de guerre atroce. Outre son attachement puissant à la vie humaine, c’est aussi ce pari existentiel qui a sans doute renforcé son enracinement de l’homme dans son Algérie de cœur.

Un  enracinement  qui  a résisté  à  toutes  les  épreuves. Y  compris  la  plus meurtrière qu’a connue l’Algérie durant  la  décennie  noire. Quand  il devient archevêque d’Alger en succédant au cardinal Duval en 1988, l’Algérie abordait un tournant décisif de son histoire contemporaine. 

À  l’enthousiasme  démocratique succèdent  le  cauchemar  du  terrorisme aveugle et ses meurtres de masse. Mais face aux risques et aux menaces de mort qui guettaient les Algériens chaque jour, Henri Teissier et ses frères chrétiens ont fait preuve d’une fraternité sans égale.

Alors qu’ils pouvaient partir et échapper à une mort certaine, ces Algériens de confession chrétienne ont décidé de continuer de vivre au cœur de leur société, aux côtés des leurs frères musulmans. Ils ont refusé d’abandonner leurs concitoyens en prenant le risque d’y laisser leur vie. Monseigneur Teissier était de ceux-là.

Face aux seigneurs de guerre et de terreur, il s’est montré seigneur de paix, exemple de courage et de fraternité. Lorsque les moines de Tibhirine furent menacés de mort par les groupes terroristes, l’archevêque d’Alger s’est rendu plusieurs fois au monastère pour leur témoigner  sa solidarité, pour prier avec eux, pour eux et pour leurs frères Algériens.

Face au péril certain, les moines de Tibhirine n’ont pas cédé. Et c’est auprès de Mgr Teissier qu’ils trouvaient réconfort et soutien, et ce, jusqu’à l’épreuve suprême. Leur assassinat en 1996. 

Le meurtre  des sept moines a  provoqué  un  choc  terrible  dans le pays et partout dans le monde. Une tragique épreuve  pour l’Église d’Algérie, mais aussi pour toute l’Algérie. Stoïque, Henri Teissier qui enterre ses frères, ne cède ni à la colère, encore moins à la tentation de l’exil. Il reste pour partager la douleur avec son peuple meurtri.

En tout, dix-neuf hommes de l’église furent assassinés durant la décennie noire, dont le père Claverie d’Oran. Henri Teissier avait fait le serment de porter leur mémoire et leur parole de paix.

Il s’est beaucoup investi depuis pour obtenir leur béatification qui a eu lieu à Oran, en septembre 2018, où les dix-neuf martyrs furent proclamés bienheureux au sanctuaire de Notre-Dame de Santa Cruz.

Mais aussi dans cette période de violence massive, Henri Teissier a protégé bon nombre d’Algériens musulmans menacés par le terrorisme.Il avait ouvert ses lieux de culte aux journalistes et artistes et à leurs familles. “Sa maison” était comme un refuge.  

Rappeler cet épisode tragique, c’est dire combien ces hommes et femmes de confession chrétienne sont tout aussi profondément algériens qui ne peuvent être confinés dans la case de minorité religieuse.

Avec sa voix sereine, grave et ferme, Henri Teissier ne cessait d’affirmer son algérianité pleine et entière. Pas seulement sur le papier, mais de cœur et d’esprit, de raison et de religion. Car pour lui, la chrétienté n’est pas une religion étrangère.

Elle est profondément algérienne. Mais à  l’opposé  des partisans du choc des civilisations et des guerres de religion, Henri Teissier était la voix de la paix, de l’ouverture et  de la référence. Le dialogue  était  sa  vertu  cardinale. Il était le parfait modèle de cohabitation et du vivre-ensemble.

Face aux hystériques malsains  de tous  bords  qui allumaient la mèche de la discorde, il était le sain porteur d’une vie harmonieuse, ouverte et paisible. Si parfois, il s’est senti blessé ou heurté par certains discours excommuniants, il savait toujours pardonner. Parce que pour lui, la fraternité construite au terme d’un long chemin était un bien précieux que les excités ne peuvent briser.

Bouleversé, Mgr  Paul  Desfarges  a  eu raison  de  rappeler, en  ce triste jour, combien son compagnon était “un homme  de  la fraternité. Il  disait toujours que nous voulons une église pour les musulmans”. Sa disparition, aujourd’hui, nous rappelle justement combien la société humaine ne peut être sacrifiée sur l’autel des enfermements extrémistes. 

Henri Teissier est  à  jamais  ce  témoin  d’une  possible  et  nécessaire ouverture sur l’autre. Il sera, pour toujours, cet exemple de ce que doit être l’Algérie. Plurielle, ouverte et tolérante.    
 

HASSANE O.


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