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Gérard LAMBRET, Directeur Général de la société de conseil aux entreprises SOCIAD

“Il faut débureaucratiser l’acte d’entreprendre”

© D. R.

Liberté : La PME  est  considérée  comme  une cellule de richesse, une source de satisfaction aux besoins économiques et sociaux en matière de croissance économique, de développement régional, d’absorption de chômage… La PME algérienne joue-t-elle réellement ce rôle qui lui échoit dans notre pays ?
Gérard Lambret : De nombreuses entreprises s’attellent en tout cas à accomplir de telles missions au grand bénéfice de l’économie nationale, voire de tout le pays. Cependant ce n’est pas chose aisée. Une ferme volonté est affichée pour améliorer le mode de fonctionnement afin de mériter les marchés importants qui s’offrent à ces PME et servir une population de plus de 40 millions d’habitants. Une chose est certaine, le gouvernement compte sur ces PME pour remplacer progressivement le poids du pétrole dans le Produit intérieur brut (PIB) algérien.        

De nombreux experts s’accordent à dire que la PME algérienne fait face à d’énormes écueils qui freinent son évolution. Faudrait-il, à ce titre, faire émerger au préalable un climat d’affaires favorable où la PME, notamment les entreprises privées, pourra jouer son rôle d’acteur principal dans la construction d’une économie moderne et diversifiée ?
Oui, effectivement. L’entreprise algérienne est confrontée au phénomène de la bureaucratie. Des formalités de création jusqu’au fonctionnellement régulier en passant par une vie administrative normale, l’entreprise algérienne souffre de blocages et autres contraintes bureaucratiques de l’administration. En théorie, tout apparaît clair, mais rien n’est simple.

Le système d’attribution de marchés a favorisé certaines entreprises, mais beaucoup n’ont pas pu défendre leurs chances face à des pratiques nébuleuses. Il faut débureaucratiser l’acte d’entreprendre, l’acte d’investir, l’acte de gérer… pour que les initiatives émanant notamment du secteur privé, se libèrent. 

Quelle est la situation qui prévaut actuellement dans le secteur de la PME/PMI en Algérie ?
L’apparition des PME en Algérie date d’une vingtaine d’années. En Algérie, l’on compte environ un million d’entreprises. Leurs caractéristiques indiquent qu’elles sont d’abord petites de par leur taille, puisque 95% d’entre elles emploient moins de 10 personnes. Elles sont également familiales.

Dans pareil cas, l’entreprise sert à faire travailler l’entourage immédiat, en l’occurrence les fils, les frères, les cousins, etc. La crise politique qui a secoué l’Algérie de longs mois durant a bloqué le processus d’investissements de beaucoup de chefs d’entreprise. Et la crise sanitaire n’a fait qu’asphyxier les PME en faisant disparaître leur trésorerie.

Cela dit, le coût du travail reste élevé, malgré les apparences.  L’on peut évoquer ici les charges sociales qui sont loin d’être insignifiantes tout comme les impôts afférents à l’activité. Par conséquent, d’innombrables entreprises trichent sur les chiffres réels de leur activité. Cette fraude fiscale peut être lourde de conséquences pour l’État bien sûr, mais aussi pour l’entreprise.


Un rapport officiel établi en 2019 indique que sur plus de 31 000 PME créées dans notre pays, plus de 8 000 cessent leurs activités, et si l’on se réfère à cet exercice précisément, le taux de mortalité reste important en comparaison avec les standards internationaux. Comment jugez-vous le taux des entreprises qui disparaissent chaque année en Algérie ?  
Beaucoup d’entreprises récentes disparaissent en raison du manque de formation des dirigeants et de l’absence de rigueur dans le travail et la gestion. Beaucoup s’improvisent chefs d’entreprise parce qu’ils ont une opportunité, mais cela ne suffit pas.

Il y a un autre cercle vicieux, celui de la relation au travail : l’absentéisme du personnel est conséquent pour de multiples raisons : la maladie, les fêtes religieuses, les convenances personnelles, etc. L’autre raison a trait au fait que les patrons acceptent d’investir dans les machines, mais pas dans les hommes. Cette absence de politique véritable de ressource humaine nuit bien sûr au développement. 

Les entreprises algériennes souffrent aussi d’un manque de rigueur, notamment le respect des délais, la conformité entre cahier des charges et le produit livré qui, souvent, les pénalise. Le respect des normes internationales ne manque pas de les rappeler à l’ordre. Il faut que ces entreprises investissent de ce fait dans l’humain et développent une culture de la rigueur.

Il est vrai que le développement de la PME constitue l’un des grands axes de la stratégie industrielle du gouvernement fondée sur une politique de substitution à l’importation et un développement d’une production à haute intensité technologique. Or, force est de constater que cet objectif tant recherché par les différents exécutifs, qui se sont succédé des décennies durant, n’a jamais été atteint…
L’on doit reconnaître qu’il y a eu de bonnes initiatives de la part des différents gouvernements qui se sont succédé. L’on peut citer l’exemple du programme de mise à niveau qui était bien conçu, mais qui a été sabordé par la bureaucratie.  Je saisis cette opportunité pour dire un mot sur le plan de la normalisation, conçu pour aider les entreprises à se faire certifier ISO.

Cela est essentiel pour développer les exportations hors hydrocarbures auxquelles aspirent les pouvoirs publics. Une condition sine qua non pour la réussite des ambitions du président de la République dans ce secteur. Or, dans ce domaine, l’Algérie accuse un retard flagrant. L’on peut considérer que 60 000 entreprises algériennes devraient être certifiées, mais actuellement, environ 1% seulement le sont. 

À titre d’illustration, l’on peut relever qu’il est difficile d’exporter des dattes si on ne dispose pas de la certification ISO 22000. L’on peut signaler également que le système HAACCP est obligatoire dans les sociétés spécialisées dans l’agroalimentaire. Cela n’est guère appliqué depuis deux ans et pratiquement inconnu des intéressés.

Les PME doivent absolument se diriger vers la certification ISO, elle est nécessaire pour exporter, pour accéder à certains marchés publics, afin d’obtenir certaines qualifications dans le BTP et pour trouver des partenariats avec des entreprises étrangères. Mais avant tout, c’est une magnifique opportunité pour bien organiser son entreprise.

La majorité des PME active principalement dans l’artisanat et le BTPH, alors que seulement 8,71% sont des PME à caractère industriel. En outre, le tissu des PME souffre d’une répartition géographique inégalitaire, puisque la plupart des PME se concentrent dans le nord du pays avec une part de 70%. Quelles solutions préconiseriez-vous pour investir davantage le secteur de l’industrie et assurer une meilleure densité des PME à travers tout le territoire national ?  
Les sociétés se concentrent au même endroit que la population. Une répartition plus égale dans le pays passe par l’amélioration des transports et sans doute par des politiques spécifiques au profit de telle ou telle région. La répartition par secteur d’activité se fera naturellement si on favorise le développement du secteur privé.
 

Propos recueillis par : B. KHRIS


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