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Brahim Guendouzi, professeur d'économie à l'Université de Tizi Ouzou

“Il faut un plan économique spécial Covid-19”

© D. R.

Le professeur d’économie, Brahim Guendouzi, aborde, à travers cet entretien, les conséquences fâcheuses de la crise sanitaire sur les entreprises, l’emploi et les ménages, une année après l’apparition de la pandémie de Covid-19. Selon lui, il est nécessaire de mettre en place un plan d’urgence économique pour faire face à  la  récession née de  la  pandémie, le pays étant tenu de ne compter que sur lui-même.

Liberté : Quelle appréciation faites-vous des incidences de la crise sanitaire sur la situation économique  et  sociale  du  pays, une année après l’apparition du virus ?
Brahim Guendouzi : L’impact immédiat de la pandémie de coronavirus est évidemment sur le secteur de la santé lui-même puisque la gestion de la crise sanitaire nécessite des ressources financières considérables pour la prise en charge de l’ensemble des établissements de santé en termes de frais liés aux soins, à la mortalité et à la morbidité, mesures de protection, réorganisation, renforcement en personnels, etc.

Aussi, l’effort financier doit être soutenu dans le temps du fait de l’ampleur de la pandémie, imposant une vigilance accrue qui va au-delà de l’année 2020. Les retombées sur l’économie nationale sont aussi considérables. Le confinement de la population a amené de nombreuses entreprises à cesser toute activité. Le manque à gagner est énorme, avec comme conséquence une menace sur l’avenir de ces entreprises ainsi que sur l’emploi.

Des secteurs d’activité sont déjà entrés en crise comme par exemple les transports, particulièrement aérien, le BTP, l’hôtellerie, la restauration et les hydrocarbures, du fait de la crise que traverse actuellement le marché international. En effet, la crise du marché pétrolier révèle au grand jour la situation de dépendance de l’économie algérienne vis-à-vis des hydrocarbures, mais aussi des importations du fait que notre système productif est fragile et peu diversifié.

Les organismes internationaux prévoient un taux de chômage de près de 15% en Algérie d’ici à la fin de l’année en cours. Ce scénario est-il évitable ?
Sur le plan social, l’effet du Covid-19 a  été immédiat sur  les travailleurs dès lors  qu’un  grand  nombre  d’entre  eux, particulièrement  les  journaliers et artisans, se sont retrouvés sans travail et donc sans revenu. L’impact de la pandémie sur l’emploi est certainement ce que les gouvernants redoutent le plus car au-delà de la dimension sanitaire, des ménages qui perdent en plus toute source de revenu, vont pouvoir se tourner vers les pouvoirs publics pour des solutions urgentes à mettre en œuvre afin d’éviter des drames humains.

La création de nouveaux emplois pendra un peu plus de temps car cela dépendra des mécanismes incitatifs destinés au sauvetage des entreprises en difficulté, mais également vers la relance de l’investissement et la création de nouvelles entreprises dans un contexte de crise économique. La difficulté est encore plus forte dans la mesure où les pays fournisseurs de l’Algérie traversent, eux aussi, une situation économique aussi grave.

Les petites entreprises ont brusquement vu leurs dépenses augmenter et leur chiffre d’affaires baisser. L’entreprise algérienne est-elle outillée pour résister à la crise ? 
Face à l’urgence de la situation économique qui prévaut actuellement au niveau national du fait de la persistance de la pandémie, les pouvoirs publics sont dans l’obligation de prendre d’autres mesures pour conforter en premier lieu les entreprises, particulièrement les PME, afin qu’elles reprennent leur activité économique après le confinement. Il s’agit également de la sauvegarde de l’emploi et d’éviter l’accentuation du chômage.

Certaines de ces mesures viennent d’être prises (report des échéances sur le plan fiscal, parafiscal, charges financières, pénalités de retard). D’autres le seront dans le cadre de la loi de finance 2021. Il faut même penser carrément à un plan de relance économique spécial Covid-19 tant les dégâts collatéraux de la pandémie sur la société et sur l’économie nationale sont considérables.

Les mesures annoncées jusqu’ici par le gouvernement pourraient-elles être suffisantes pour préserver les entreprises et l’emploi ?
L’effort financier que doit faire l’État est considérable et pèsera sur la structure des finances publiques. Cependant, les équilibres macroéconomiques restant fragiles du fait de l’importance des déficits tant internes qu’externes, les arbitrages s’avéreront difficiles et contraignants.

Aussi, tous les moyens de financement possibles doivent être mobilisés avec célérité comme l’exige la complexité de la situation sanitaire, économique et sociale, actuelle du pays. Le rôle de l’État est crucial en cette phase car il doit initier des actions qui favorisent à la fois les ménages qui s’expriment à travers la consommation, et les entreprises qui produisent et mettent sur le marché des biens et services.

La crise de liquidité bancaire fait également peser de réelles menaces sur l’économie dans son ensemble et sur les ménages en particulier…  
La baisse de la liquidité bancaire constatée déjà au début de l’année 2020 en raison de l’importance du déficit public, de la faiblesse de la collecte de l’épargne et de la bancarisation ainsi que du déficit commercial extérieur, est accentuée par le ralentissement de l’activité économique constatée lors de la période du confinement.

Cela a mis  en  difficulté  les  établissements  bancaires et la Poste pour faire face aux nombreuses demandes de retrait de billets de banque formulées par les citoyens. Au-delà de l’analyse qui explique le pourquoi de la chute du niveau de la liquidité bancaire aujourd’hui, c’est surtout l’archaïsme de notre système interne de paiement qui ressort du fait de la prédominance de l’argent liquide et la marginalisation des paiements scripturaux et surtout la faiblesse de l’utilisation des paiements électroniques.

S’il y a lieu d’apporter des changements urgents, c’est surtout dans ce secteur névralgique car il y va de la confiance des ménages vis-à-vis des instruments monétaires, en attendant des réformes en profondeur dans le système bancaire et financier.  

Quelles solutions devraient être préconisées face au constat d’une crise sanitaire et économique qui risque  de  durer encore plus longtemps que prévu ? 
Effectivement, au début de la pandémie, l’hypothèse retenue est que la crise sanitaire ne durera que trois à quatre mois et que quelques mesures d’aide financière suffiraient   pour  atténuer  l’effet sur les salariés ayant perdu leur emploi ainsi que les entreprises dont l’activité a cessé.

Mais rapidement, on s’est rendu compte ces trois derniers mois que le Covid-19 allait s’installer dans le temps. Aussi, l’hypothèse de départ a changé puisque l’économie nationale est en récession avec en plus une pandémie dont l’issue reste incertaine. La relance économique suppose un retour des agents économiques vers des activités de production et de consommation de biens et services.

Autrement dit, il faut que la demande qui s’exprime sur  le  marché  puisse trouver une contrepartie, l’offre qui cristallise la production, et ce, dans des conditions de concurrence  données. Or, ce  n’est  pas  le cas  aujourd’hui, puisque les conditions  sanitaires  ne  permettent  pas  totalement  ni  à  la demande  ni  à   l’offre  de  s’exprimer  dans un environnement perturbé.

C’est là où les pouvoirs publics doivent intervenir pour assurer les meilleures conditions  possibles, afin  que  les  consommateurs  reprennent  leurs comportements d’achat en vue de satisfaire leurs besoins. Ensuite, les producteurs doivent relancer leurs activités de production de biens et services et être présents sur le marché. 

Aussi, dans une  conjoncture  caractérisée par  une  récession  économique mondiale, l’Algérie ne pourra compter que sur elle-même, avec, de surcroît, peu de ressources productives à gérer, mais face à des besoins de plus en plus importants.
 

Propos recueillis par : BADREDDINE KHRIS


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