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La wilaya lance un projet d’envergure pour endiguer 200 oueds qui menacent la capitale

Inondations : comment protéger Alger

La catastrophe de 2001, qui a endeuillé des centaines de familles, a été le déclic ayant mené les pouvoirs publics à réfléchir sur la question. La volonté exprimée par la wilaya d’Alger en lançant plusieurs projets d’envergure en est la preuve.

Mais ce n’est pas l’unique raison. Le directeur des ressources en eau, Smaïn Amirouche, avance d’autres arguments liés essentiellement au manque de précipitations durant plusieurs années ayant précédé les fameuses inondations de Bab El-Oued où il est tombé plus de 1 000 mm de pluie en une nuit alors que la pluviométrie est de 700 mm/an. Sur un autre plan, la demande en investissements était, conjoncturellement, axée sur d’autres priorités. De même que les changements climatiques ont généré depuis 2002 une pluviométrie plus importante dépassant la moyenne annuelle prévue. Les autorités, qui n’avaient d’autre alternative que de se pencher sur cette problématique, se sont vite aperçues de l’état des lieux du réseau d’assainissement dépassé. Il n’était pas dimensionné pour recevoir d’aussi grandes quantités d’eau. En somme, la problématique n’était pas prise à son juste risque. D’autres facteurs sont venus s’y greffer : des lotissements sur les rives d’oued, étranglements de certaines canalisations sont évoqués. Ce sont d’ailleurs ces éléments qui ont aggravé les inondations de 2001 (Bab El-Oued) et de 2007 (Zéralda, El-Harrach). Et, cerise sur le gâteau, on assiste depuis quelque temps au grignotage du trait de côte. D’ici une vingtaine d’années, la mer montera de plusieurs centimètres. Un autre phénomène à prendre en charge par une surélévation du littoral.

Aux grands maux, les grands moyens
Le chantier ouvert par la wilaya d’Alger s’avérera, comme on le verra après, titanesque. Dans un premier temps, il fallait s’attaquer au massif de Bouzaréah en amont sur une superficie de 4 300 ha qui touche 9 communes (Bab El-Oued, Bologhine, Raïs-Hamidou, Hammamet, Aïn Benian, Béni-Messous, Oued Koriche, Bouzaréah et El-Biar en partie). L’opération consiste en l’aménagement des oueds (élargissement des lits) et d’éviter donc des étranglements catastrophiques suite à de fortes pluies.
Ces aménagements ont été bénéfiques à plus d’un titre, précise le directeur des ressources en eau, en grossissant les petites plages de Hammamet et d’Aïn Benian par d’importantes quantités de sable. En aval, l’aménagement de l’oued M’kacel, dans la commune de Oued Koriche, a bien fonctionné lors des orages de novembre dernier. À rappeler que ce projet a été réalisé dans le cadre des mesures prises au lendemain de la catastrophe de 2001. L’aménagement de l’oued sur une longueur de 4,5 km et un diamètre de 4 m permet d’évacuer les eaux de pluie provenant du massif de Bouzaréah avec une capacité de 60m3/seconde. Parallèlement, un arrêté du wali d’Alger précise les trois types de constructions au niveau du massif : celles qui ne présentent aucune contrainte, celles auxquelles des dispositions techniques et spécifiques sont signifiées et, enfin, celles projetées sur les talwegs et massifs glissants où il n’est toléré aucune construction. Ces mesures s’étendent aux communes extra-muros comme Zéralda qui a été particulièrement inondée lors des crues de l’oued Sidi-Menif en 2007. Le nouveau collecteur qui traverse la commune jusqu’à la mer met la ville en risque quasi nul. À Staouéli, trois opérations ont été menées : l’une sur la route menant vers Sidi-Fredj avoisinant la BDL, la deuxième au niveau de la cité Mimosas et la troisième au domaine Chirico.
Les communes relevant de la circonscription de Birtouta vont bénéficier du même traitement en 2013, alors que des études sont en cours pour la CA de Baraki.
À rappeler que tous ces grands projets sont inscrits sur le budget de la wilaya. Les études en cours concernent également les communes de Bordj El-Bahri et tout particulièrement à Alger-Plage qui connaît des inondations récurrentes en raison de sa situation basse par rapport au niveau de la mer. En attendant la fin des études sur ce volet, la wilaya procède actuellement à la mise en place d’un monolithe appelé à réduire le risque.

200 oueds ou les écuries d’Augias
Peu de citoyens de la ville de Sidi-Abderrahmane savent que la capitale compte 200 oueds environ qui, réunis, ont une longueur de près de 1 000 km, soit l’équivalent du plus grand fleuve français, la Loire. Bien que courts et généralement asséchés, ces oueds ne sont pas dociles en cas de fortes pluies. Il y en a même qui sont à problèmes. C’est le cas des oueds El-Harrach, Ouchaïyah, El-Hamiz, Béni Messous et Réghaïa. Si pour le premier cité, les travaux d’aménagement sont lancés par le groupement algéro-coréen en vue, dans la phase 1 du projet, de l’élargissement de l’oued et la création de bassins devant permettre une meilleure qualité de l’eau (dossier sur lequel nous reviendrons dans nos prochaines éditions), les autres sont au stade d’étude. Pour l’oued Béni Messous, les études prévoient la construction d’un monolithe de 6 m de large et 3 m de haut. Comme il est prévu la création sur l’oued d’une route à l’effet de désenclaver Bouzaréah et la commune de Béni Messous. Le montant de son aménagement est de plus de 7 milliards de dinars. L’oued Ouchaïyah, actuellement incapable de drainer les quantités d’eau de pluie, les études prévoient une grande canalisation de 4 m de large et 3 m de haut avec un collecteur de décharge en tunnel vers oued El-Harrach. Ce projet étant une urgence, un accord a été donné par les pouvoirs publics pour le financer en 2013 à hauteur de 5,5 milliards de dinars avec un délai de réalisation de 18 mois. “Dans deux ans, le problème de l’oued Ouchaïyah sera réglé”, rassure le directeur des ressources en eau. Quant à oued El-Hamiz, la nécessité d’élargir son embouchure est assujettie pour le moment à l’éradication du bidonville qui le longe. Au stade du recensement, les familles seront probablement relogées dans le cadre de la gigantesque opération des 20 000 logements à attribuer dans les mois à venir. Il s’agira pour cet oued de créer des digues et de capter les eaux usées provenant de Dergana. Des opérations à mener sur le budget de la wilaya. “Aujourd’hui, on peut dire que la situation est maîtrisable compte tenu de la prise en charge correcte des projets. Les travaux réalisés jusqu’à l’heure actuelle ont permis d’éliminer plus de 60 points noirs dont certains constituaient un véritable casse-tête aux autorités locales, comme à Hassiba-Ben-Bouali (au lieu-dit Le Moulin), Triolet, oued Grand-Rocher à Hammamet, oued Mahelma à Zéralda. La wilaya inclut dans sa nouvelle politique le volet prévention. C’est ainsi que nous nous attelons non seulement à refaire les anciens collecteurs mais nous sommes également en train de les doubler. Des points noirs comme celui de l’avenue de l’ALN (la Moutonnière) connaîtront dans le courant 2013 des travaux d’aménagement”, fait constater M. Amirouche qui ne manque pas de citer l’exemple de la zone Ouled Fayet-Souidania comme exemple de respect de la réglementation interdisant de construire au niveau des oueds et talwegs. Les espaces récupérés seront aménagés en fenêtres (espaces verts).
Comme on le voit, les études du Pdau de ces dernières années ont permis de mettre en évidence la préoccupation majeure des autorités face aux catastrophes naturelles et notamment les inondations. Plus de 100 milliards de dinars ont été attribués pour le curage et nettoiement des oueds. Pour 2013-2014, la wilaya réserve 130 milliards de dinars de son budget à ce chapitre. Des sommes colossales qui devraient donner à réfléchir aux citoyens que nous sommes afin d’y apporter notre concours en préservant les infrastructures et l’environnement.


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