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Ambitions personnelles, différence de vision et d’approche et évolution de la société

Islamistes : la désunion sacrée

Abdallah Djaballah. ©Zehnani/Archives Liberté / Mohamed Douibi. ©D. R. / Abderrezak Makri. ©Zehnani/Archives Liberté / Abdelmadjid Menasra. ©Louiza/Archives LIberté

Depuis le “Printemps arabe”, les islamistes algériens, comme leurs coreligionnaires des autres pays arabes, peinent à constituer un front de nature à se présenter en alternative face aux partis du pouvoir.

Rien ne symbolise sans doute la difficulté des partis de la mouvance islamiste, comme les démocrates d’ailleurs, à consacrer l’union “sacrée”, probablement souhaitée par certains, que cette célérité avec laquelle le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrezak Makri, a réagi à un article d’un journal au lendemain des déclarations du nouveau président d’Al-Bina, l’ex-ministre Abdelkader Bengrina, dont le parti est une dissidence du MSP actée en 2013. “Les raisons de la dissidence sont liées à des personnes, et non à des considérations politiques, ni d’approche. Et je n’ai ciblé personne”, a écrit, lundi, sur sa page facebook, Abderazak Makri, dont le parti paraît le mieux structuré et le plus implanté sur le territoire national, si l’on se fie aux derniers résultats des élections.
Abderrezak Makri réagissait ainsi à un article publié le même jour dans un journal ayant pour titre : “L’unité entre le MSP et Al-Bina entravée par des personnes”. Selon lui, désormais, les “causes de la dissidence ont disparu et l’heure est à l’unité”. Cette mise au point intervient au lendemain de la sortie d’Abdelkader Bengrina qui hérite des “clés de la maison” d’Al-Bina des mains de Mustapha Benmehdi, ancien fondateur du MSP, dans laquelle, il a exprimé “la disponibilité” de son parti à œuvrer à l’unité des rangs avec la “maison-mère”, mais également à un rapprochement entre l’alliance “Al Adala-Al Bina-Ennahda”, dont il est membre depuis 2017, et le MSP.
“Nous sommes prêts aux mécanismes et aux compromis nécessaires”, soutient Bengrina dont les propos ont été repris par le journal El Khabar. “On va travailler pour concrétiser l’union avec le MSP. S’il existe de bonnes intentions, on pourra trouver des opportunités et des issues pour cette union”, dit-il. “On ne dit pas aux frères du MSP d’intégrer Al-Bina, ni aux militants de notre parti d’intégrer le MSP, mais on veut construire une nouvelle union dans le cadre de l’approche de Mahfoud Nahnah”, souligne-t-il encore.

En faisant référence au défunt Mahfoud Nahnah, le fondateur de la “succursale” des Frères musulmans en Algérie, Abdelkader Bengrina, ancien membre du Conseil national de transition (1994-1997), puis ministre du Tourisme et de l’Artisanat (1997-1999) et député d’Alger (2002-2007), suggère en termes sibyllins que le “juste milieu”, espèce d’équidistance entre pouvoir et opposition, devrait guider l’union souhaitée. En décodé : l’“entrisme” doit constituer un élément de la stratégie d’accès au pouvoir, mais sans renier pour autant les fondements idéologiques du projet.
Et si Makri, engagé dans un “bras de fer” en sourdine avec quelques concurrents à l’intérieur de sa formation en perspective du congrès qui devrait l’adouber comme figure de premier ordre du parti et potentiel candidat en 2019, c’est sans aucun doute de crainte d’une mauvaise interprétation et pour lever toute équivoque. Une promptitude, témoin d’un certain degré de “confiance entre frères”. Reste qu’entre l’ambition, les professions de foi, les fantasmes sur un hypothétique regroupement de la grande famille islamiste et la réalité, le chemin est non seulement laborieux, mais aussi improbable.

“Ennahda-Al Bina-Al Adala”, une alliance mort-née
Et rien de plus emblématique de cette difficulté que l’effondrement du projet d’alliance entre les partis Ennahda-Al Bina-El Adala quelques mois seulement après sa mise en place. Conclue par la signature d’une charte d’union en janvier 2017, l’alliance “stratégique” entre ces trois formations n’a pas résisté à la réalité du terrain. Outre des divergences sur les perspectives politiques et organiques de l’alliance, les principaux dirigeants ont laissé transparaître, au fil des mois, des divergences autant dans la “lecture et l’analyse des événements politiques qui secouent la scène nationale”, que dans les positions.
À cela s’ajoutent les ambitions personnelles difficilement contenues. “Le problème dans le projet provient essentiellement de l’absence d’une conception claire pour concrétiser cette union politique. On s’est empressé d’annoncer l’union avant de concevoir une approche claire”, a admis, récemment, Mohamed Douibi, secrétaire général d’Ennahda, dans les colonnes d’un journal en ligne.
Mohamed Douibi n’a pas manqué de fustiger les responsables du Front pour la justice et le développement (FJD-Al Adala) dont son premier responsable, Abdallah Djaballah, ancien fondateur… d’Ennahda, accusés de chercher à phagocyter l’“union”. “Ceux qui ont retardé le projet, ce sont ceux qui avaient une conception préétablie et cherchent à imposer leur vision politique et organique”.
Des responsables qui voulaient placer leurs épouses sur les listes électorales, en passant par des discours incohérents autour de certaines questions, et le manque d’implication d’Abdallah Djaballah lors des rendez-vous électoraux sont autant d’indices de schismes qui menaçaient le “conglomérat”. “Il faut une vision idéologique commune avant la cohésion organique”, reconnaît Abdelkader Bengrina qui a mis l’échec de l’entreprise sur le compte de “l’inexpérience”, mais également pour des “raisons objectives”.

Les “non-dits” et les causes profondes  
à vrai dire, les causes de l’échec sont plus profondes qu’elles n’y paraissent. Elles tiennent, essentiellement, au “pédigrée” des uns et des autres, à leurs parcours, mais surtout à un passif loin encore d’être soldé, sans compter les rapports parfois troubles qu’entretiennent certains avec les “décideurs”. Considéré comme l’incarnation d’un islamisme radical, Abdallah Djaballah, irréductible opposant, n’a jamais admis la manière dont il a été dépossédé du parti Ennahda, puis du MRN. Une dépossession dont il n’ignore pas qu’elle a été rendue possible grâce au “concours” des “cercles occultes” au sein du pouvoir qui cherchaient à lui tailler des croupières. Aussi, les ambitions personnelles, à l’image du vieux “cheikh”, ancien candidat à l’élection présidentielle, qui lorgne 2019, “le bras de fer” autour de la liste d’Alger lors des législatives, la bérézina lors des élections des Assemblées locales de l’automne dernier et la tentation de certains de se rapprocher du pouvoir ont précipité l’éclatement du conglomérat. “Les causes de l’échec étaient plus présentes que les facteurs de réussite. Le plus grand handicap est le zaïmisme, sans compter la conception de certains qui voient dans l’entité un tremplin à des fins électoralistes”, critique Mohamed Hadibi, repris par le même journal. Mais plus globalement, l’islamisme politique se heurte à la mutation profonde de la société, dont des pans entiers sont gagnés à un islamisme social, et les contrecoups des bouleversements géostratégiques depuis le “Printemps arabe”, comme l’illustre, par certains égards, la promptitude avec laquelle de nombreuses figures de l’islamisme ont réagi récemment aux propos du sulfureux salafiste, Mohamed Ali Ferkous. Vu sous cet angle, la réussite de la fusion entre le MSP et le FC, à savoir un retour au bercail, apparaît comme l’arbre qui cache la forêt de la “désunion sacrée”.

Karim Kebir



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1 réactions
yanis le 04/04/2018 à 13h25

"une vision idéologique commune" étrange, pour des "musulmans de première classe" ?

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