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victime d’un avc lors d’un procès en appel programmé à l’insu de ses avocats

Karim Tabbou condamné à une année de prison

Karim TABBOU © Archives Liberté.

“Scandaleux”, “une honte”, “grave et dangereux dérapage”. Jamais les réactions n’ont été aussi unanimes pour qualifier le jugement, pour le moins inique, de la Cour d’Alger à l’encontre de Karim Tabbou.

à moins de deux jours de la libération attendue de Karim Tabbou, après avoir purgé six mois de prison, la Cour d’Alger, contre toute attente, en violation de toutes les lois en vigueur, de l’avis de tous les avocats de la défense, a décidé, après que le parquet ait interjeté appel de la décision en première instance, de programmer son procès en appel aux allures “expéditives”. Hier, à la Cour d’Alger, les avocats de Karim Tabbou, une quarantaine, qui n’étaient pas informés au préalable du déroulement du procès étaient sidérés. Non seulement du déroulé de l’audience, mais aussi de la peine infligée à leur client : une année de prison ferme !

Selon le témoignage de l’avocat, Me Abdelghani Badi, Karim Tabbou, arrivé sur les lieux, a refusé de comparaître à l’audience sans la présence de ses avocats et en a demandé le report. Une demande que le président de la chambre rejette. Suite à quoi, Karim Tabbou s’affale, victime d’un pic de tension artérielle, avec une paralysie faciale, ce qui a nécessité son transfert à l’infirmerie, témoigne Me Badi.

À  l’heure où nous écrivons ces lignes,  rien  n’avait  filtré sur son état de santé. D’après l’avocat, pis encore, à la reprise de l’audience, la défense demande à ce que son client soit présent à la barre à l’effet de s’assurer de son état de santé. Une demande également rejetée. Après délibéré, coup de théâtre : Karim Tabbou est condamné à une année de prison ferme, ce qui signifie qu’il restera en prison.

La Cour aggrave ainsi la peine prononcée le 11 mars dernier où il avait été condamné à une année de prison, dont six mois ferme pour le chef d’inculpation d’“atteinte à l’unité nationale”, l’accusation d’“incitation à la violence” ayant été écartée. Chose assez énigmatique, le malaise dont a été victime Karim Tabbou hier, rappelle à s’y méprendre les rumeurs ayant circulées le jour de son procès le 4 mars dernier et selon lesquelles il avait été victime d’un accident lors de son transfert de la prison de Koléa vers le tribunal de Sidi M’hamed.

Les présents, ce jour-là à son procès, avaient témoigné que Karim Tabbou présentait des blessures et des hématomes. Et le refus de la Cour de présenter le prévenu laisse à penser que son état est “catastrophique”, soupçonne Me Abdelghani Badi. “Comment cette justice, si réellement elle était juste, peut juger quelqu’un dont la santé s’est détériorée et ne pouvant parler. Et si elle n’était pas animée d’intentions malveillantes”, s’est insurgé Me Badi. “Aujourd’hui, elle a montré son vrai visage, elle est délabrée.

Ce jugement ressemble à celui du Colonel Chabani : un procès sans défense et sans public. C’est une honte. Un jugement illégal, anticonstitutionnel et contraire aux conventions internationales ratifiées par l’Algérie”, peste-t-il. “On s’attachera à juger ceux qui l’ont jugé et on ira très loin. On estera en justice cette instance qui a violé la loi. On ne se taira jamais sur ces violations”, promet-il.

Condamnation unanime de la justice et procès du régime
Sitôt l’information du “traitement” infligé à Karim Tabbou et sa condamnation ébruités, les réactions se sont multipliées, notamment à travers les réseaux sociaux, beaucoup y voyant une volonté du pouvoir politique de saisir l’opportunité de la crise sanitaire pour faire taire une voix respectée du  hirak.

“Au moment où le pays a besoin d’unité pour affronter un mal invisible, une justice aux ordres s’acharne sur un militant politique démocrate et patriote en cherchant à le briser. Cela doit cesser ! Karim Tabbou, à l’instar de tous les détenus d’opinion, doit être libéré sans conditions “, a écrit sur son compte facebook, l’ancienne figure de proue du FFS, Samir Bouakouir. “L’attitude de la justice est scandaleuse.

Sévir au moment où le pays a besoin d’unité et de solidarité est de la haute trahison”, s’indigne le militant et grande figure de la cause démocratique, Djamel Zenati. “On savait cette justice sans honneur, la voilà qu’elle s’exhibe, aujourd'hui, dans l’indécent accoutrement de l’inhumain”, souligne, pour sa part, l’ancien chroniqueur, Sid Ahmed Semiane. “C’est un scandale, c’est la première fois dans l’histoire de l’Algérie qu’on assiste à un procès qui viole le code de procédure pénale. C’est un dangereux dérapage. La responsabilité incombe au pouvoir judiciaire et au pouvoir politique dans un contexte de crise sanitaire (…)” estime, de son côté, l’avocate, Zoubida Assoul.

Les partis politiques et la société civile ne sont pas en reste. Dans un communiqué rendu public, le FFS a estimé que “l’appareil judiciaire algérien vient de franchir aujourd'hui, un palier dangereux et inédit” dans le traitement de l'affaire de Karim Tabbou. Le FFS “tient à dénoncer avec une extrême virulence ce grave dérapage judiciaire et exige l'annulation immédiate de ce jugement expéditif et sans fondement”, note le texte.

“Aussi, le FFS exige que toute la lumière soit faite sur les dessous de cette nouvelle affaire et surtout sur l'état de santé de Karim Tabbou, victime de l'arbitraire et de l'acharnement judiciaire. Non à la persécution des détenus politiques et d'opinion”, ajoute le communiqué. Pour sa part, le RCD a condamné “avec force” ce qu’il qualifie de “dérive effroyable et inédite d’un système pourtant déjà largement condamné par l’histoire”.

“Il exige que les auteurs de ce crime contre le peuple et l’Algérie soient poursuivis. Ce fait plus que gravissime, produit d’une entorse inqualifiable aux droits élémentaires de la défense et aux droits fondamentaux du prévenu nous renseigne une fois de plus sur l’instrumentalisation éhontée de la justice ; profitant de plus de la grave situation sanitaire que vit le pays actuellement”, souligne le RCD dans un communiqué.

“Le RCD appelle plus que jamais à une mobilisation générale des citoyennes et citoyens soucieux du devenir national et de l’instauration de l’État de droit dans notre pays”, ajoute le communiqué. “Ce qui s'est passé aujourd'hui à la Cour de Ruisseau est un précédent grave, qui s'ajoute à tous les dysfonctionnements et égarements du système judiciaire algérien qui, visiblement, n'arrive pas à se libérer de l'emprise du pouvoir exécutif”, souligne, de son côté, la Laddh.

Tout en s’interrogeant sur la programmation de ce procès dans un “contexte national très sensible, marqué par une trêve sanitaire observée par le hirak”, la Laddh, tout en exprimant son inquiétude au sujet de l'intégrité physique et morale du prévenu, interpelle le gouvernement à “assumer toutes ses responsabilités quant à l'évolution de la situation et lui rappelle ses obligations de respects des droits humains et des libertés fondamentales inviolables et inaliénables”.

Selon Me Mustapha Bouchachi, les avocats de la défense révèleront dans les prochains jours les dessous de ce qui s’apparente à un “acharnement” contre une des figures les plus respectées du hirak. “Il y a une grave dérive dans ce pays. La justice n’a jamais agi de la sorte depuis l’indépendance. La défense ne va pas se taire. On expliquera dans les prochains jours les arrières pensées qui sous-tendent ce dossier”.
 

Karim KEBIR

 


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