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entre l’algérie et le monde arabe, les intérêts divergent profondément

La cassure ?

© D. R.

Les  positions  partiales exprimées  par  les  pays  arabes  sur  les incidents de Guerguerat  éloignent davantage  l’Algérie du monde  arabe. N’est-il pas venu le moment pour notre pays de revoir la nature de ses rapports avec ce bloc régional aux choix géostratégiques insoutenables !

Le timing est sans doute loin d’être fortuit : quelques jours après l’annonce en grande  pompe  par  les  autorités  marocaines  de  l’ouverture  d’une représentation  diplomatique  émiratie,  la  première  d’un  pays  arabe, à Laâyoune dans les territoires occupés, et dans la foulée de la fin des élections américaines, le  royaume  du  Maroc  décide  de  lancer une opération militaire dans la  zone  tampon  de  Guerguerat, à l'extrême  sud  de  ce  territoire  non autonome, afin de “rouvrir une route bloquée” vers la Mauritanie.

Cette opération, qui viole de façon flagrante les accords de cessez-le-feu de 1991, intervient également dans un contexte marqué par la pandémie du coronavirus qui impacte substantiellement les économies des pays, mais aussi dans le prolongement de chamboulements géostratégiques qui s’opèrent notamment dans la sphère arabe avec les normalisations en cascade de nombreuses capitales arabes avec l’État sioniste.

Mais que peut-elle bien dissimuler alors qu’elle risque de mettre en difficulté les efforts des Nations unies pour un règlement de la question sahraouie et qui risque d’affecter la stabilité de la région ? Aux yeux de nombreux observateurs, Rabat, éprouvé comme de nombreux pays par les retombées de la crise sanitaire, entend s’ouvrir une brèche dans l’espoir d’acquérir de nouveaux marchés en Afrique. Mais pas seulement.

Il s’agit aussi, selon toute vraisemblance, d’“occuper” son “opinion”, de sonder l’“état d’esprit” de la communauté internationale vis-à-vis d’une question dont il faut bien convenir plombe la construction maghrébine et enfin de jauger de la “réactivité” des Sahraouis. Mais très vite, les réactions internationales n’ont pas tardé à se manifester. À commencer par Alger qui a appelé le Maroc et le Front Polisario à la “retenue”.

“L’Algérie déplore vivement les graves violations du cessez-le-feu enregistrées ce matin dans la zone de Guerguerat au Sahara occidental. Elle appelle à la cessation immédiate de ces opérations militaires, dont les conséquences sont de nature à affecter la stabilité de toute la région”, a indiqué un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

“L’Algérie appelle les deux parties, le royaume du Maroc et le Front Polisario à faire preuve d’un sens de responsabilité et de retenue, et au respect, dans son intégralité, de l’Accord militaire N1, signé entre elles et l’ONU”, a ajouté le texte. Une “retenue souhaitée” aussi par la Russie ou encore d’autres capitales occidentales.

Cette célérité avec laquelle ces capitales, attachées à un règlement juste de la question sahraouie  dans  le cadre onusien, ont réagi  à ces développements, tranche  singulièrement  avec le  silence  de  nombreuses  capitales  arabes, particulièrement du Golfe.

Dès lors, la question est de savoir si l’Algérie n’est pas appelée à revoir les paradigmes de  sa  politique  étrangère  vis-à-vis de ces pays arabes avec lesquels finalement, peu de choses nous unissent.

Hostile à toute perspective de normalisation avec l’État hébreu, comme elle l’a déjà répété récemment, — au moment où les observateurs s’attendent même à ce que l’Arabie  saoudite  rejoigne le Soudan, le  Bahreïn et les Émirats —, l’Algérie se retrouve désormais en  devoir  de  s’interroger sur sa présence au sein de la Ligue arabe.

Une  Ligue  arabe  dominée  par  des  États  qui  ne  font  plus  de  la  cause palestinienne leur souci, encore moins du  peuple  sahraoui. Faut-il  la quitter, comme l’a suggéré Louisa Hanoune ? Encore faut-il que l’action diplomatique, étouffée sous Bouteflika, plombée aujourd’hui par l’impasse politique, retrouve tout son dynamisme…
 

K. K.


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