A la une / Actualité

Yacine Bouaziz, producteur du documentaire “Vote Off”

“La culture dirigée par l’État devient une dictature”

©D. R.

Le documentaire Vote Off du réalisateur Fayçal Hammoum est le premier film à avoir été touché par la censure en 2016. Lors de sa programmation aux 14es RCB (Rencontres cinématographiques de Béjaïa), le long métrage s’est vu refuser le fameux sésame, le “visa culturel”, par la commission de visionnage. Cette œuvre qui revient sur l’élection présidentielle de 2014 a questionné plusieurs franges de la société, entre opposants, intellectuels, journalistes ou citoyen lambda, sur leur positionnement par rapport au 4e mandat du président Abdelaziz Bouteflika. À propos de cette interdiction de projection, le producteur du documentaire, Yacine Bouaziz, a indiqué qu’“après ce refus, nous n’avons reçu aucune explication du ministère de la Culture. J’ai contacté plusieurs personnes de cette institution mais je n’ai jamais eu de réponse concrète”. Et d’ajouter : “Quelques jours après les RCB de 2016, Azzedine Mihoubi a déclaré que notre film portait atteinte aux symboles de l’État.” Notre interlocuteur considère cette déclaration du ministre “étonnante”, car pour Bouaziz, Vote Off est une “ode à la démocratie”. À ce sujet, il a souligné que “le film a pour propos les différentes libertés en Algérie. Nous retrouvons des gens qui s’expriment librement, notamment dans les meetings de l’opposition organisés dans des salles étatiques”. Selon lui, “ce long métrage montre l’Algérie démocratique de Bouteflika où chacun peut s’exprimer librement”. Concernant la commission de visionnage ayant interdit à ce jour la projection du film, le producteur estime que ses “membres ont seulement peur pour leur place. Cette commission s’autocensure pour ne pas déplaire et perdre sa place. En fait, ce sont des bureaucrates qui jouent aux gendarmes”. Depuis la création de la commission en 2013, les producteurs et réalisateurs “sont poussés à faire des films pour les festivals étrangers et non pour le marché algérien, vu qu’ils ne sont pas libres et doivent respecter des sujets imposés”. D’ailleurs, d’après Yacine Bouaziz, cette loi a “muselé les réalisateurs”. Il a entre autres rappelé que pour le tournage de Vote Off, “nous avons reçu toutes les autorisations et le travail a été facilité. Et cette facilitation n’est que de la poudre aux yeux car, le film achevé, le visa a été refusé ! Cela démontre que le ministère a le monopole”. Dans une approche plus globale, il faudrait que l’État “n’ait plus la mainmise sur la culture. Ils ne peuvent pas tout gérer ! Nous avons laissé la culture entre les mains de bureaucrates qui n’ont aucune stratégie. Quand la culture est dirigée par l’État, cela devient une dictature”.
Et de conclure : “La Constitution protège le droit de la liberté d’expression artistique. La culture est une vision et non une application des lois.”

H. M.