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Slim Othmani, patron de la NCA-Rouiba

“La désignation d’un intérimaire au FCE n’est pas un signe de renouveau”

© Archives Liberté

Chef d’entreprise connu, Slim Othmani, patron de la NCA-Rouiba, nous livre dans cet entretien son appréciation sur les changements opérés récemment au sein du FCE, ainsi que sur les urgences économiques auxquelles doit faire face le prochain gouvernement.

Liberté : Comment appréhendez-vous les chamboulements qui s’opèrent actuellement au sein de  la communauté d’affaires locale et notamment dans l’organisation de la plus importante association patronale du pays, le FCE en l’occurrence ?

Slim Othmani : Ce n’est pas un chamboulement, c’est le cours normal des choses. Quand un patronat s’est autant compromis avec le pouvoir au point d’en devenir un démembrement, on ne pouvait s’attendre qu’à son quasi-démantèlement, en même temps que celui du pouvoir. Il faut bien prendre conscience que dans le “Irouhou gaâ” (ils partiront tous, ndlr), le FCE faisait bien partie de la liste des appelés à dégager. La désignation d’un président intérimaire pour une période de 90 jours, contre la volonté de la vieille garde du Forum, reflète l’application stricte du règlement intérieur de cette organisation, mais ne représente nullement un quelconque renouveau, ni une réelle remise en question. En parallèle, les discussions quant à l’opportunité de la création d’un nouveau patronat, latentes depuis 2014, ont repris de plus belle. Je ne peux que m’en réjouir.  

La situation économique du pays inquiète grandement en cette phase de transition politique. Quelles sont, selon vous, les priorités à prendre en charge en urgence en ce contexte particulier ?
L’inquiétude est largement justifiée et la liste des mesures à prendre est bien trop longue. Heureusement que les priorités sont claires pour beaucoup d’entre nous. En revanche, leur mise en œuvre représentera un véritable défi pour le prochain gouvernement. La légitimité de ce gouvernement sera l’élément central de l’acceptation des mesures et des réformes à mettre en œuvre. À la lumière de l’état des lieux des finances publiques et de la situation de l’économie en général, le gouvernement aura pour mission première d’échafauder des scénarios, de communiquer le plus largement possible et surtout d’opter pour le programme le moins contraignant pour les couches sociales défavorisées. Car quel que soit le scénario adopté, ce sera inévitablement celui de l’austérité. À titre d’illustration, plusieurs mesures devront être prises pour retrouver un équilibre budgétaire normatif, à commencer par la révision du train de vie de
l’État, l’adoption d’un plan de réduction progressif des subventions, ainsi que la prise en charge du problème de l’économie informelle qui représente plus de 50% de l’économie. Pour ce qui est de la balance des paiements, il faudra sérieusement se pencher sur le climat des affaires, afin d’accélérer la diversification, et d’accroître l’attractivité du pays vis-à-vis des IDE.  

Les institutions de l’État sont-elles suffisamment crédibles pour entreprendre des démarches judiciaires contre des faits avérés ou suspectés de corruption, d’enrichissement illicite ou de transferts illégaux de devises ?
Elles se sont, certes, discréditées, ces dernières années, en se mettant au service du pouvoir, mais pouvaient-elles faire autrement après l’accaparement du pouvoir par le clan Bouteflika ? Si certains ont résisté, car il doit y en avoir, d’autres ont payé cher leur attachement à leurs valeurs, à l’éthique de leur profession. Sauront-elles franchir le pas de la vertu et de la transparence ? Je ne saurais le dire, mais j’ose y croire.


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