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CHEF D’ÉTAT-MAJOR ET VOIX POLITIQUE DU POUVOIR

La double casquette de Gaïd Salah

© D.R

Si le chef d’état-major revendique le rôle de garant du respect de la Constitution, ses propos de ces dernières semaines sur la lutte contre la corruption, les manifestations, ainsi que sur la transition suscitent moult questionnements quant à ses pouvoirs en ces temps d’incertitude politique.

Le vice-ministre de la Défense, chef des armées, Ahmed Gaïd Salah, devrait s’exprimer, encore une fois, aujourd’hui, sur la situation politique que vit le pays. Un discours de plus qui relance de plus belle le débat sur la place et le rôle de l’institution militaire dans la conjoncture actuelle. Et plus précisément sur son niveau de responsabilité dans la conduite de la transition politique à laquelle aspirent les Algériens. 
Depuis la première intervention du vice-ministre de la Défense, appelant à l’application de l’article 102 de la Constitution, lequel ouvre la voie à la destitution d’Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Gaïd Salah ne cesse de multiplier les discours, appelant, tantôt au respect du cadre constitutionnel, qui a été pourtant maintes fois violé par Abdelaziz Bouteflika, tantôt à mettre en garde contre cette prétendue “main étrangère” et cette bande de “conspirationnistes” sans pour autant les pointer du doigt. Ahmed Gaïd Salah se fait souvent entourer de son état-major lorsqu’il s’agit de prendre des décisions, une façon à lui d’engager l’ensemble de l’institution militaire dans ce processus de transition qu’il n’a cessé de professer. Il s’inspire, bien évidemment, selon lui, de la Constitution. Tout au long des semaines qui ont suivi son premier appel en faveur de l’application dudit article, le patron des armées a enchaîné les sorties et les discours, allant jusqu’à braconner sur les terres de la justice, promettant même de rouvrir les plus gros dossiers de corruption qui ont entaché l’ère Bouteflika, dont Khalifa, Sonatrach et El-Bouchi. Dans cette opération, le chef d’état-major espérait trouver la mesure lui permettant d’éteindre la révolte et faire passer sa feuille de route. Il avait appelé dans son premier discours à la “satisfaction de toutes les revendications légitimes du peuple”, avant de conditionner cette réponse au respect du cadre constitutionnel dans ses articles 7, 8 et 102. Cette condition permet, néanmoins, aux trois “B”, Bensalah, Bedoui et Belaïz, de se perpétuer au pouvoir et d’organiser la transition politique. Or, il se trouve que les revendications des Algériens sont quasi absentes dans ce schéma que tente d’imposer Ahmed Gaïd Salah, même s’il cadre parfaitement avec les dispositions de la loi fondamentale. L’on serait même tenté de dire que le vice-ministre de la Défense est omniprésent dans le débat actuel sur la transition politique, alors que sa mission ne doit aucunement quitter le terrain purement militaire et opérationnel. C’est même lui qui mène la danse. Si le chef d’état-major revendique le rôle de garant du respect de la Constitution, ses propos de ces dernières semaines sur la lutte contre la corruption, sur les manifestations, ainsi que sur la transition suscitent moult questionnements quant à ses pouvoirs en ces temps d’incertitude politique. Visiblement, les gouvernants de cette conjoncture ne prennent pas à cœur la primauté du politique sur le militaire, alors qu’en temps de guerre contre l’occupant français, les architectes de la Révolution algérienne avaient imposé et respecté le principe de la primauté du politique sur le militaire. Ce principe a été d’ailleurs violé dès l’indépendance avec l’arrivée de l’armée des frontières au pouvoir, conduite par Houari Boumediene, avant qu’un autre militaire, en la personne de Chadli Bendjedid, s’empare du pouvoir. 
Les militaires ont fait la pluie et le beau temps après la démission forcée de Chadli Benedjedid ; ils ont fait venir Mohamed Boudiaf, proposé Liamine Zeroual, pour le pousser ensuite à la démission, et négocié par la suite avec Abdelaziz Bouteflika. Avec la démission de ce dernier, c’est bizarrement le chef d’état-major qui prend les choses en main, alors que, du point de vue de la forme, il y a un chef de l’État qui est appelé à gérer la transition et un Premier ministre qui doit coordonner l’action du gouvernement pour préparer la présidentielle à l’issue de ces 90 jours de transition. 
En attendant, la question mérite d’être posée : qui gouverne réellement le pays depuis la chute d’Abdelaziz Bouteflika ?


Ali Titouche



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