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Le Professeur Mohammed Taïbi à “Liberté”

“La jeunesse est la plus exposée aux campagnes salafistes”

©D. R.

Dans cet entretien, le Pr Taïbi, docteur en socio-anthropologie, conférencier dans les instances européennes et auteur de plusieurs ouvrages, revient sur l’historique du salafisme, son évolution, ses fondements et ses objectifs. Il traite aussi du danger de cette doctrine pour la société.

Liberté : Le phénomène du salafisme prend des propensions dangereuses. D’où vient cette nouvelle pratique de la religion ?
Le Pr Taïbi :
Les processus d’accès au sens religieux et particulièrement aux rites et pratiques requièrent des profils qui sont l’expression manifeste de deux paramètres : l’environnement écologique et l’état anthropologique des mentalités et des cultures. L’islam et son monde social ont évolué alors en parfaite corrélation. L’émerveillement en termes de civilisation et d’urbanité ont manifestement ouvert les horizons aux acculturations qu’Abi Hayane Tawhidi conceptualise dans son Imta’a que les mouatazila ont théorisé comme connaissance et que les soufis ont poussé vers les transcendances. Quand l’esprit de la civilisation est atteint dans son élan, alors l’enfermement, les replis et l’autosuffisance identitaire provoquent des illusions de grandeur qui ne laissent, alors, aux vaincus et aux perdants que l’ombre des ancêtres pour s’y réfugier. Ainsi les salafismes, car ils sont divers et multiples, sont, anthropologiquement, l’expression d’un lien qui serait tantôt généalogique, tantôt symbolique et idéologique. C’est le substrat d’une filiation qui se manifeste dans les matrices de la parenté qui s’exprime dans les discours d’une filiation intellectuelle ou dans une doctrine qui serait celle des ancêtres ou celle que les doctrinaires diffusent et propagent dans le champ religieux comme étant celle “des vrais maîtres de la pensée et de la morale de l’Islam”. Le salafisme est une position religieuse confuse dans ses référents et ceux qui exploitent cette identification, l’investissent soit pour combattre les mouvements islahistes, soit pour propager une daâwa. C’est le cas des wahhabites, aujourd’hui. La prolifération des images régressives traduit d’abord une tendance parfois agressive sur soi et une distanciation répressive sur l’autre. Le salafisme n’est pas un simple phénomène seulement. Il se nourrit comme résistance à l’évolution de l’homme tout en y profitant en même temps. Cette résistance prend des formes différentes. Au XIIe siècle avec Ibn Taimia et son disciple Ibn El Kayem, ils fondèrent le takfir et passèrent à l’action violente contre ceux jugés “non croyants”. Al Albani Ibn Abdelwahab continua dans la voix des guerres contre les musulmans qui ne partagent pas leur conception de l’Islam. Aujourd’hui, le salafisme se mue en secte politico-religieuse qui conforte les intérêts des régimes archaïques et foncièrement acceptés par les Occidentaux en général. Le salafisme djihadiste se veut combatif contre les états nationaux, le salafisme islahiste se veut nuancé par rapport au wahhabisme, le salafisme scientifique se veut une vocation scientifique alors que l’ijtihad fut, tout simplement, banni. Certes le pétro-salafisme est un paradigme nouveau porté à bras le corps par le salafisme médiatique, garde une emprise sur les opinions et les consciences, mais ses affres et ses dégâts le décivilisent surtout quand les États nationaux choisissent la voie de la justice et de la démocratie.
Voilà en bref la généalogie du salafisme qui à chaque tournant de l’histoire, tant dans les idées que dans les États, apparaît comme une force qui tire vers le passé et sur l’intelligence.

Le salafisme n’est surtout pas une pratique religieuse qui obéit à des considérations qu’on peut considérer, à juste titre, comme relevant du domaine du privé, mais il tente par son prosélytisme d’imposer un point de vue, un comportement…, il tente de chambouler tout un ordre socioculturel.  Comment expliquez-vous cet état de fait ?
Le rapport entre le paraître et le religieux n’a jamais été qualifié comme forme, mais seulement limité à la symbolique du corps tant celui de l’homme que celui de la femme. Les communautés humaines du pays berbère ainsi que celui des Rohingyas n’ont jamais négocié leur manière de s’habiller. Le zèle des salafistes est purement idéologique, qui a pour finalité de former l’esprit de cohésion parmi les membres organisé de la “taifa”. Et si le patrimoine de l’Islam n’a jamais fait de ces pratiques la symbolisation forcée du “paraître”, il creuse la différence par rapport aux autres croyants, afin de les culpabiliser et les pousser à intégrer les groupes qui s’imposent comme dépositaire du sacré. Le salafisme wahhabite, dont le prosélytisme est fondé sur le takfir, impose sa conception de l’islam social pour donner à ses thèses sur la akida un caractère sacré indiscutable. Le salafisme takfirien, et ce, depuis les temps d’Ibn Taimia, encyclopédiste infatigable, certes, mais manipulateur chevronné du texte et des évènements qui peuvent aller jusqu’à une recréation de l’Islam, mais à leur goût et en fonction de l’écologie ruralo-bédouine qui caractérise leurs mentalités. C’est justement dans les perspectives de chambouler la tradition de l’Islam mise en place par les idées des urbanités musulmanes que la violence du salafisme wahhabite porté par la daâwa et maintenu par les assabiates, tente d’uniformiser le champ religieux. Et si les bras médiatiques de ce courant ont transformé les consciences d’une bonne partie de la génération actuelle, misant surtout sur l’obédience doctrinale et la fragilité psychologique de ses adeptes, fascinés par le hawr al aïn et les paradis en attente, les signaux d’une mise à nu commencent à se manifester au sein du foyer wahhabite pris en charge par les laboratoires d’analyses américano-israéliens allant jusqu’à imposer un nouveau programme pédagogique pour les écoles.

Les autorités prennent conscience du danger de cette menace et, au-delà, de ce danger sur la sécurité nationale. Le salafisme peut-il mobiliser les jeunes Algériens dans son entreprise de violence ?
Si les grandes doctrines du sunnisme qui portent en elles les ouvertures des points de vue n’ont jamais provoqué ni troubles ni une quelconque tendance takfirienne, le salafisme wahhabite fonctionne comme une machine d’exclusion, cherchant à faire du patrimoine de l’islam une marque propre à elle. Le salafisme wahhabite tente de faire table rase de toute la mémoire symbolique pour s’imposer comme une rupture avec les grandes sources de l’islam. Ce projet, en cours, fonctionne comme un facteur d’instabilité dans le champ religieux, en essayant de monopoliser l’essentiel de l’espace public algérien dans le but de faire basculer toute l’identité historique et religieuse de notre société. Alors, on n’est plus dans le marginal ou l’éphémère mais dans le stratégique et surtout d’atteinte à “la sécurité spirituelle” et son corollaire la sécurité nationale. La gouvernance du champ religieux est, aujourd’hui, une question complexe dans les approches qu’il faut mettre en œuvre et dans les processus qui doivent aboutir à faire des institutions religieuses un creuset fécond en mesure de consolider, avec vigilance, les Algériens et leur patrimoine religieux qui les préserve et qui les aide à se battre dignement pour préserver leur identité et défendre leur patrie. Les catégories de la jeunesse sont les plus exposées aux flux médiatico-salafistes qui les attire. Les discours religieux actuellement diffusés en Algérie ne sont ni compétitifs, ni crédibles, ni convaincants. L’administration exclusive du religieux est une erreur fatale car elle crée les réseaux de clientélisme informel, ouvre le champ religieux aux fonctionnaires et réduit le pouvoir des acteurs, qui, eux, savent bien comment les propagateurs du salafisme wahhabite qu’on ne cite que peu, mènent leur daâwa. L’assèchement du champ religieux et la faiblesse de l’autorité religieuse permet, facilement, le détournement du lien religieux national vers d’autres horizons qui le récupèrent pour structurer les alliances doctrinales comme il leur convient. Aujourd’hui, le religieux et au-delà de l’importance du paraître et de l’être, impacte fortement les jeux de la géopolitique de demain. Les dépendances en termes de références est une véritable menace pour l’immunité spirituelle des Algériens. Les ballons d’essai qu’on diffuse comme doctrine religieuse veulent s’installer en Algérie et ne sont que les éléments précurseurs d’une menace de fragmentation du champ religieux.

Depuis quelques années, des régions du Sud, notamment Adrar et Tamanrasset, et du Nord comme la Kabylie, sont ciblées d’une salafisation à outrance. Pourquoi les salafistes ciblent ces régions particulièrement ?
La propagation de tout modèle idéologique ou religieux obéit à des considérations tactiques qui ont pour but une implantation facile et peu coûteuse en termes d’efforts et d’objectifs réalisables. Le pays du Touat, c’est ainsi qu’on le nomme, est un espace fortement imprégné du soufisme. Ces ordres et ces écoles ont assuré la quiétude nécessaire pour le vivre-ensemble et permis une immunité connue. Le terrorisme n’a jamais pu s’y implanter. Le développement de la ville d’Adrar et l’expansion du commerce et de toutes sortes d’activités venant du Nord ont bouleversé fortement le paysage religieux et humain. Si la tradition du salaf n’a jamais fait la différence entre soufisme et sunnisme, l’action wahhabite prône la takfirisation des ordres soufis, ce qui se traduira par des tensions et des conflits dans un avenir qui n’est pas lointain.
Tamanrasset subit de plein fouet la crise du nord du Mali, le terrorisme sahélien n’est pas loin et les réseaux terroristes y trouvent un espace d’approvisionnement vital. La wahhabisation de cet espace constitue une plateforme pour la production de toutes les radicalités. En Kabylie, les choses sont différentes et les argumentaires aussi. La faiblesse du personnel religieux officiel et les discours idéologiques qui traversent cet espace sont des atouts pour ceux qui tentent de mettre dos à dos tous les autres acteurs, au sens religieux ou autre.

Entretien réalisé par : Mohamed Mouloudj


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Brahms le 01/10/2017 à 8h49

En 1477, en France, il y avait la même chose, les catholiques s'entre-tuaient au nom de la religion mais Dieu n'a jamais dit de tuer. Plus de 26 000 morts, bataille de la Saint Barthélémy. Ces sectes veulent en réalité manipuler la jeunesse pour les pousser à faire la guerre pour casser leur pays comme en Syrie ou en Libye. Après, ils se sauvent à l'étranger comme Abassi Madani vivant au Qatar avec femmes et enfants après avoir semé la mort et la haine.

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