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A la une / Actualité

Lourde peinnes contre les jeunnes émeutiers

La justice frappe a Tkout

La justice a eu la main lourde. Parmi les 24 jeunes qui comparaissaient hier devant le tribunal d’Arris, 18 ont été condamnés de trois à huit mois de prison ferme. Les quatre autres ont écopé, eux, de peines allant jusqu’à un an de prison ferme.

Arrêtés lors des manifestations que la région de Tkout a connues après qu'un garde communal eut abattu le nommé Chouaib Argabi de Taghit, 24 jeunes manifestants comparaissaient, hier, au tribunal d'Arris, à 60 kilomètres au sud de Batna, sous divers chefs d'inculpation.
Le tribunal d'Arris était, dès la matinée, tenu sous haute surveillance policière alors qu'une foule de parents et d'amis auxquels on refusait l'accès s'agglutinait sur les trottoirs. Devant le juge se tenait un premier groupe de 18 prévenus tandis que les gardes communaux à l'origine de la bavure, qui a coûté la vie au jeune Chouaib, comparaissaient en tant que témoins à charge, libres de leurs mouvements. Avec les nombreux policiers et les gendarmes présents, ils constituaient d'ailleurs l'essentiel du public qui assistait au procès.
Les chefs d'inculpation retenus à l'encontre des prévenus présents dans le box des accusés vont de l'attroupement illicite jusqu'à outrage à corps constitués en passant par la destruction de biens publics, incendie volontaire, coups et blessures et rédaction de tracts subversifs. Selim Yezza, l'un des principaux animateurs du mouvement citoyen des Aurès et qui est entré dans la clandestinité depuis ces événements, est accusé nommément par les avocats de la partie civile d'avoir fomenté les troubles qu'a connus la région et d'en être le principal instigateur. Les jeunes prévenus, eux, sont accusés d'usage de la violence alors que les gardes communaux n'auraient fait que leur devoir en défendant la région et la mère patrie. Le procureur, dans son réquisitoire, a d'ailleurs abondé dans le même sens et requis un minimum de 3 ans de prison ferme assortis de 150 000 DA au titre de dommages et intérêts avec privation de leurs droits civiques. La wilaya, qui s'est également constituée partie civile, a de son côté réclamé la somme de 783 831 DA pour l'ensemble du matériel brûlé par les manifestants.
Le deuxième groupe, parmi lequel figurait le père de Selim Yezza, a comparu en milieu d'après-midi. À ces quatre personnes on reprochait, entre autres, la rédaction de tracts et de communiqués diffusés dans la presse. Du matériel informatique saisi lors d'une perquisition figurait sur le bureau du juge en tant que pièces à conviction. À leur encontre, le procureur a demandé 18 mois de prison ferme.
Dans leurs plaidoiries, les avocats des prévenus se sont employés à démontrer les nombreux vices de procédure notamment dans le cas d'attroupements pour lesquels les moyens prévus par la loi pour leur dispersion comme l'utilisation des mégaphones par les services de sécurité, n'ont pas tous été épuisés. Ils ont également souligné la défaillance des autorités civiles, à leur tête le président d'APC et le chef de daïra qui n'ont pas su régler de manière légale et pacifique les problèmes soulevés par les citoyens. Après les plaidoiries, vers 15h, la cour se retire pour délibérer. L'attente fut longue et éprouvante surtout pour les jeunes de Tkout et Taghit, contraints de rester debout une journée entière dans le box des accusés. À la lecture du verdict et alors que tout le monde s'attendait à des peines très légères ou à l'acquittement pur et simple de la majorité des inculpés, la main de la justice s'est abattue lourdement à l'encontre de cette jeunesse qui s'est révoltée contre l'arbitraire. De 3 à 8 mois de prison ferme pour les accusés du premier groupe et 200 000 DA de dommages et intérêts. Pour le groupe des quatre, le verdict est encore plus sévère. Les peines vont de trois à une année de prison ferme. Le père de Selim Yezza a écopé de 3 mois de prison ferme. Aucun prévenu n'est ressorti libre. Ils ont été reconnus coupables de tous les chefs d'inculpation, exception faite des coups et blessures. Dehors, rongés par l'attente et l'angoisse, les parents des inculpés laissent échapper des commentaires acerbes. Ils savent que leurs enfants viennent de faire les frais d'un procès pour l'exemple afin de briser pour longtemps la jeunesse d'une région qui ne cesse de s'élever contre l'injustice. Rappelons enfin qu'une délégation du mouvement citoyen de Kabylie conduite par Belaïd Abrika a été refoulée la veille du procès à l'entrée de Batna et reconduite sous escorte policière hors des frontières de la wilaya. Seul le délégué Mohand Iguetoulène a pu passer à travers les mailles du filet et arriver jusqu'à Arris.

D. A.