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A la une / Actualité

Répression et manœuvres sordides ont accompagné la revendication

La longue marche continue

Des milliers de citoyens ont battu le pavé, hier, à Tizi Ouzou. © Liberté

“Le problème n’est pas de faire voter une loi, car le problème se situe dans la nature du régime”, a affirmé Djamel Zenati.

Tamazight continue de mobiliser. Près de 70 ans après les premiers balbutiements de la revendication, l’engagement citoyen pour la cause identitaire n’a perdu ni de sa vigueur ni de son dynamisme et encore moins de sa persistance. La longévité de la mobilisation pour une reconnaissance de tamazight n’est pas le fruit du hasard. Elle est liée, principalement, comme le souligne, par ailleurs, Djamel Zenati, à la nature du régime politique. “Au-delà de la question de manipulation, tamazight mobilise toujours”, nous a-t-il confié, soulignant qu’“en dépit de tous les moyens mis par le pouvoir pour l’étouffer, tamazight mobilise et tant que la question liée à cette revendication n’est pas résolue, il n’y aura pas de sérénité”. En l’absence d’une réelle volonté politique de reconnaître, d’abord, et, ensuite, de promouvoir ces langue et identité millénaires, tout ce qui découlera  d’une quelconque décision, juridique ou institutionnelle, concernant cette revendication, restera otage de blocages, de résistance et de manipulation politicienne de la part du pouvoir. “Le problème n’est pas de faire voter une loi, car il se situe dans la nature du régime”, a encore souligné Djamel Zenati, qui ajoute qu’il y a chez le pouvoir “une réelle volonté d’étouffer la région”. La preuve en est, explique-t-il, “cette volonté qui tend à étouffer la Kabylie même sur le plan économique”, indiquant que le régime “veut en finir avec ce bastion”. Après des décennies de chasse, y compris contre les locuteurs amazighs, le régime a redéployé sa machine répressive contre les militants de la cause. Depuis l’Académie berbère fondée par le défunt Bessaoud Mohand-Arab, en passant par la condamnation des militants dits “Les poseurs de bombes”, ce sont ceux du Printemps amazigh de 80 qui feront, contre une répression des plus féroces, sauter les verrous et la censure qui frappait cette cause. Ceux-là mêmes qui seront traduits, cinq ans plus tard, devant la cour de sûreté de l’État pour avoir créé une Ligue de défense des droits de l’Homme. Le combat pour tamazight ne s’est jamais estompé. À l’ouverture dite démocratique de 1989, la revendication n’est pas restée confinée. Elle a pris une nouvelle dimension pour être portée par des formations politiques et imposée dans les débats publics. L’année scolaire 1994/1995 verra le boycott des classes l, appelé “la grève du cartable”. Si la moisson n’était pas à la hauteur du sacrifice, tamazight a signé, néanmoins, son entrée à l’école, avec, en prime, la création du HCA, et ce, après son accès aux deux universités de Tizi Ouzou et de Béjaïa en 1990. L’assassinat de Matoub Lounès en juin 1998 a remis, également, sur le tapis, la revendication, car elle coïncidait avec la généralisation de l’utilisation de la langue arabe, décidée alors par Ahmed Ouyahia. Malgré la persistance et la justesse de la cause, le régime algérien est resté de marbre devant la demande du peuple. Il aura fallu attendre le Printemps noir de 2001, avec son lot d’assassinats et de répressions pour voir le chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, inscrire la langue amazighe, langue nationale. Le même responsable avait déclaré, quelques mois auparavant à Tizi Ouzou, que “tamazight ne sera jamais officielle, et si elle doit être nationale, elle ne le sera que par référendum”. Le statut de langue nationale cédée n’a pas apporté de grands changements ou impulsé une dynamique pour promouvoir la langue. Refus de prénoms amazighs, exclusions, restrictions de tous genres…, en somme, l’apartheid linguistique, pratiqué des années durant contre tamazight, est resté de mise. L’an dernier, c’est au tour de l’officialisation de faire son apparition dans la Constitution.
En effet, l’article 3 bis de la Constitution énonce que “tamazight est également langue nationale et officielle”, mais le même texte précise dans l’article 3 que “l’arabe est la langue nationale et officielle. L’arabe demeure la langue officielle de l’État”. Une “officialisation” somme toute formelle et confuse qui ne confère pas à la langue le statut qui devait être le sien. Ce qui laisse le citoyen et le militant perplexes et désorientés. Devant ce manque de volonté politique conjugué à des pratiques dignes des régimes révolus, c’est la rue qui reprend le flambeau pour dire tout son attachement à une cause aussi juste que légitime.


Mohamed Mouloudj

 


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