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Souhil Meddah, analyste financier

“La parité devrait être proche de 170 dinars pour 1 euro”

© D.R.

Liberté : Le dinar a connu une forte chute  par rapport à la monnaie européenne unique ces quelques derniers jours. Comment analysez-vous cette tendance ? 
Souhil Meddah :
La fluctuation de la valeur du dinar est une bascule qui obéit à des orientations cumulatives. Ces dernières sont tirées à̀ partir de trois éléments-clés. 
Le premier étant fondamentalement dépendant du niveau du stock monétaire en réserves de changes, qui indique des perspectives moins favorables pour l’équilibre de la balance des paiements, ainsi que  sur la composante de la contrepartie en fiscalité pétrolière directe et indirectement sur les fiscalités ordinaires. Cela intervient dans un contexte où la génération des déclarations à partir des opérations internes ne fonctionne plus au même rythme qu’avant la crise sanitaire de 2020. 
Le deuxième élément concerne le poids des revenus par rapport aux décaissements à l’extérieur qui nécessitent une lecture très approfondie sur la structure de la demande et de l’offre sur la monnaie nationale. Tout en sachant que des effets inattendus par rapport aux injonctions prévues dans le mode opératoire, accompagnateur du financement non conventionnel, se font sentir négativement et ne donnent pas l’opportunité́ de recycler les valeurs dégagées dans une perspective de générer plus de moteurs de croissance. Le troisième élément est que le prix du baril, comme facteur quantitatif externe, n’arrive plus à assurer la contrepartie des mouvements d’adaptation plus flexible et rationnelle du dollar sur le marché́ international.
En termes plus synthétisés, nous sommes dans une phase où les ressources externes commencent à donner des signaux alarmants, tandis que les ressources internes qui, étant dans une position statique, ne pourront pas, avec le temps, jouer leur rôle de compensateurs direct ou indirect sur l’état de la monnaie nationale.

La baisse de la monnaie nationale par rapport à l’euro découle-t-elle d’une opération de dévaluation du dinar par la Banque d’Algérie ? 
Dans le contexte actuel, nous assistons beaucoup plus à des phénomènes structurels défavorables qu’à des actions conjoncturelles ciblées. Cela est dû à l’effet de la dévaluation qui, dans sa nature, ne pourra qu’être artificiellement monétaire pour une finalité́ budgétaire. Dans ce cas de figure, la baisse de la valeur du dinar s’inscrit dans un cadre d’effet assumé par rapport à une conjoncture difficile et incontrôlable.

Le gouvernement prévoit d’œuvrer à récupérer l’argent de l’informel, et par la même logique, d’en finir avec le marché́ noir des devises. Pensez-vous qu’une telle démarche soit réalisable à̀ court terme ? 
L’inclusion financière dans ce domaine nécessite une ouverture de structures réglementées qui fonctionneront avec les mêmes règles libres du marché́. Et cela avec une parité́ du dinar qui ne doit, en aucun cas, imposer une logique de subvention ou d’une surévaluation de la monnaie nationale.
La question de l’informel est un élément qui concerne la discipline fiscale et, par voie de conséquence, l’aspect budgétaire de la politique économique. 
Si on considère que cette vision pourra donner un coup de pouce au dinar pour son réajustement, cela deviendra une vision un peu décalée qui détournera notre attention des véritables critères de régulation de la monnaie.
Dans cette approche et quelle que soit la nature de la question fiscale ou de bancarisation, la masse monétaire ne changera pas. En revanche, les affectations changeront en fonction des actes provoqués par une grande partie des acteurs économiques. 
En d’autres termes, la question de l’informel se jouera dans la sphère fiscale ainsi que dans la bancarisation de certaines activités. À ce titre, la  gestion de la monnaie se posera beaucoup plus dans un cadre macroéconomique qui doit veiller sur les équilibres des ressources et des emplois monétaires. Cependant, la politique budgétaire jouera son rôle d’accélérateur, de contrôleur et de régulateur des autres flux financiers.

Pensez-vous que le gouvernement bénéficie de l’adhésion populaire nécessaire pour entreprendre des réformes pouvant garantir un dinar stable et convertible ? 
Le plus urgent pour le gouvernement et pour la Banque d’Algérie est d’intervenir en force sur le mouvement et le volume des différents agrégats économiques et financiers. Cela afin de les stabiliser et d’inverser leur tendance dans un sens économiquement favorable. Le tout en adoptant un mode opératoire pragmatique et  technique. Un gouvernement est là pour gérer les affaires du pays, il n’est pas là pour gérer sa popularité.  

À combien estimez-vous la valeur réelle du dinar si on laisse les seules forces du marché en décider ?
La cote officielle étant ces derniers temps en situation de rapprochement par rapport au niveau de celle informelle, je pense que la parité ne doit pas se situer très loin de la fourchette des 165 DA à 170 DA  pour 1 euro. Car, plus elle diminue, plus les effets de subvention doperont directement ou indirectement les demandes en monnaies étrangères. Dans le cas contraire, le pouvoir d’achat ne pourra pas supporter le coût  de cette hausse. Cela reste une projection probable.

Entretien réalisé par : Kenza Sifi


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