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La realpolitik américano-russe sous l’ombre du multimédia


Alors que les États-Unis et la Russie se “chamaillent” sur le cas de Snowden (l’ex-consultant du renseignement américain bloqué à l’aéroport de Moscou depuis le 23 juin dernier), à quelque 800 kilomètres de la capitale, les deux pays jouaient une autre partie, mais celle-ci bien plus soft. Il s’agissait de la rencontre de l’une des plus grandes multinationales américaines, Microsoft, avec la première vitrine touristique du pays de la vodka, Saint-Pétersbourg. C’était à l’occasion de la compétition “Imagine Cup”, qui s’est étalée du 6 au 12 juillet, dans l’ex-capitale des tsars.

 

 

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL A SAINT-PÉTERSBOURG (RUSSIE) : Salim KOUDIL

 

La 11e édition de la plus prestigieuse des compétitions technologiques pour étudiants a vu la participation de 309 développeurs, composant 87 équipes, et provenant de 71 pays. La réunion de ces talents a été une occasion de voir de près “la lune de miel” entre les deux puissances.
La realpolitik mondiale dépassant de loin la “vitrine” des conflits visibles. C’était aussi une opportunité pour les présents de partager leur passion pour la technologie en présentant des projets à multiples facettes.
Au bout de la compétition, plusieurs prix ont été décernés dont trois principales catégories. D’autres distinctions ont été octroyées aux noms des sponsors de l’événement. Une équipe algérienne était au rendez-vous.

L’Algérie présente
L’équipe Ask Design était composée de cinq étudiants : Faycal Rezig, Hichem Redjah, Salim Bouzaheur, Mohamed Lazazi et Terrab Mohamed Abdel Moktadir. Elle a participé à l’une des trois plus importantes catégories de la compétition,   “Citoyens du monde”. Ils ont représenté le pays après avoir gagné la compétition      “Imagine Cup”, au niveau national en mai dernier lors de la finale qui s’était déroulée au sein de l’ESI (École supérieure d’informatique).
L’équipe n’a pas gagné de prix, certes, mais elle n’est pas passée inaperçue. Elle a dépassé de très loin le slogan tant galvaudé “el mouhim al moucharaka” (le plus important c’est la participation).
Les présents, entre participants, journalistes, et organisateurs, à “Imagine Cup 2013”, pariaient sur le projet algérien,       “Two Keys”, et lui prédisaient une place sur le podium. Même le jury ayant supervisé le travail de “Ask design” avait laissé entrevoir aux Algériens beaucoup d’espoir surtout que les essais étaient concluants.
C’est que “Two Keys” est une solution destinée à toutes les personnes qui ne peuvent pas utiliser le clavier et la souris d’un ordinateur. Avec deux touches (d’où le nom en anglais) seulement, la personne handicapée peut utiliser un PC. L’ambition était donc au rendez-vous. Un état d’esprit permanent jusqu’à la divulgation des noms des vainqueurs. Même après avoir vu les projets des autres équipes, les membres de “Ask design” gardaient une lueur d’espérance : “Je trouve que le travail des teams chinoises et américaines est excellent et normalement ils seront sur les deux premières marches et nous, nous avons autant de chance d’être sur le podium”, affirmait le mentor du groupe, Mohamed Lazazi. De son côté, Salim Bouzaheur se voulait pragmatique. “La simplicité de Two Keys peut être notre principal atout, comme elle peut être notre principal défaut.”
Pourtant, cet optimisme contrastait avec l’angoisse vécue par l’équipe à son arrivée à Saint-Pétersbourg. Le quintette est arrivée à l’hôtel, en faisant escale à Rome, 18 heures après avoir décollé d’Alger. Quelques minutes après leur arrivée, une information leur ait parvenu. Ils devront chambouler tout le travail qu’ils ont préparé depuis plusieurs mois. “C’est vraiment incroyable et surtout déstabilisant. Ils viennent de nous informer que la présentation de notre projet ne devrait pas dépasser les dix minutes, alors que, comme l’édition précédente et comme on l’a su depuis le début, il était prévu 20 minutes”, lançait, visiblement très déçu, Faycal Rezig.
Toutefois, le plus déstabilisé du groupe était Salim Bouzaheur. Pas parce qu’il devait raccourcir le temps de présentation, mais tout simplement parce qu’il avait perdu ses bagages à l’aéroport de Rome. L’esprit était alors plus concentré sur la valise que sur la compétition qui s’annonçait dure. Fin de la mésaventure, Salim Bouzaheur était déjà une star malgré lui en recevant des félicitations des autres participants pour… avoir retrouvé ses bagages.

L’Afrique par deux fois
L’Algérie n’était pas le seul pays africain présent en Russie. Pour cette 11e édition, le continent était representé par 12 équipes : Ask Design (Algérie), Wise Team (Tunisie), Life Saver (Nigeria), Tandabala (Bostwana), Kernel (Côte d’Ivoire), PI Craft (Kenya), Team Code 8 (Ouganda), One World (Mauritanie), Sentimeter (Afrique du Sud), MASKed Ninjas (Égypte), Green Must (Maroc) et UMA (Angola).
D’autres challenges étaient également au programme en plus des trois principales catégories. Au bout, les vainqueurs se sont partagé un million de dollars. L’Afrique a réussi à arracher deux prix même si ce n’était pas dans l’une des trois compétitions majeures. L’Ouganda, grâce à “Team Code 8”, dont le projet concerne la lutte contre le paludisme, a gagné le premier prix de la catégorie “Women’s Empowerment Award”. De son côté, l’Égypte a reçu le prix de l’Excellence AFT.
Le Maghreb était également représenté par trois autres pays : Tunisie, Maroc et la Mauritanie qui participait pour la première fois à “Imagine Cup”. Malheureusement, pour son équipe, le matériel avec lequel elle devait concourir s’est “égaré” durant le voyage. Conséquence, leur projet a été présenté “virtuellement”.

Fatwa… canadienne !
Le lendemain de leur arrivée, soit le 9 juillet, alors que les membres du team algérien se concertaient pour la compétition, un homme, la trentaine environ, s’est dirigé vers les étudiants algériens. Arrivé à leur niveau, il leur lance un solennel          “Salam alaykoum”.
Devant les regards médusés de ses interlocuteurs, l’homme, habillé en noir, parlait en arabe, avec un fort accent moyen-oriental, en s’appuyant sur des hadiths et des versets coraniques. Son intention était de les inciter à faire le jeûne ! Et illico presto “ici même avant de rentrer chez vous, en Algérie”. Il insistait auprès d’eux de “respecter le mois sacré même en Russie” et cela dès le lendemain, soit le mercredi, “même si, ici, le Ramadhan a commencé aujourd’hui, il faut suivre chacun son pays d’origine, et en Algérie c’est demain, comme dans la plupart des pays musulmans, surtout l’Arabie saoudite, et selon le rite malékite que vous suivez, il est clair et net que vous devez jeûner avec nous”, a ajouté l’énigmatique personnage. Mais qui était-il ? Tout simplement un diplômé en charia en Égypte et un étudiant en informatique représentant le… Canada.
Il s’avère que les membres de l’équipe représentant ce pays sont tous originaires du Moyen-Orient : deux Palestiniens, un Libanais, et une Iranienne (celle-ci était absente à Saint-Pétersbourg). Le plus ancien parmi eux est installé au Canada, il y a moins de deux ans. Mieux encore, cette équipe canadienne a même eu le premier prix d’une des compétitions mineures de         “Imagine Cup”, celui  de KFC Russia Award. Concernant le “cheikh” du jour, sa démarche n’avait finalement aucune relation avec un zeste de philanthropie. Il faisait la tournée auprès de tous les stands des pays musulmans en vue d’avoir le maximum de signatures. Une démarche exigée par la direction de l’hôtel pour éventuellement préparer un repas à l’heure du f’tour. Au bout, il aurait ramassé une quarantaine de signatures, et le f’tour du mercredi, prévu à 23h30, a vu la présence d’une quinzaine de personnes, et qui ont reçu un sandwich fromage comme            “donation”.

Des matriochkas pour préparer Sotchi 2014
Dès le premier jour à l’hôtel Park Inn, lieu où se déroulait la compétition, des dizaines d’étudiants s’étaient rués sur les boutiques de souvenirs. Le produit, qui s’est vendu comme des petits pains, était sans contestation les poupées russes. Mais pas n’importe lesquelles ! C’était surtout celles portant l’effigie de Vladimir Poutine. À tel point que la vendeuse s’est retrouvée à promettre, dans un anglais approximatif, d’en ramener d’autres exemplaires à ceux qui en demandaient dont la plupart étaient asiatiques ou de l’Amérique latine.
Cette image de Poutine n’est pas due uniquement au fait qu’il soit originaire de Saint-Pétersbourg (à l’instar de Dimitri Medvedev). Elle n’est que la partie visible de la présence étatique russe dans Imagine Cup. Les officiels se sont surtout manifestés au théâtre dramatique académique national de Russie à la cérémonie de clôture. Ils se sont succédé lors de la remise des prix pour faire des discours glorifiants leur pays et louant les réalisations entreprises ces dernières années.
De leurs côtés, des responsables de Microsoft ont encensé la politique russe en matière d’encouragement du multimédia.
Le benjamin du gouvernement russe, Nikola Nikiforov, 31 ans et ministre de la Communication, a prononcé un discours dans lequel il réaffirmait l’attachement et la volonté de son pays aux nouvelles technologies.
Une manière également de définir le deal réalisé dans la ville de Pouchkine. L’«alliance» entre la multinationale US et Saint-Pétersbourg, n’est qu’une étape.
Un autre rendez-vous a été pris. Ce sera pour 2014, à l’occasion des jeux olympiques d’hiver qui se dérouleront dans la ville russe de Sotchi. Le fournisseur officiel des programmes informatiques qui a décroché le marché n’est autre que… Microsoft.


S. K.

@SalimKoudil

Lire également :

http://www.liberte-algerie.com/actualite/imagine-cup-a-la-version-dz-203891

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