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La traduction en Algérie : entre défis et enjeux

©D.R.

Le monde célèbre ce 30 septembre la Journée internationale de la traduction, adoptée le 24 mai dernier par l'assemblée générale de l'ONU, dans le but de promouvoir les métiers de la traduction dans les différents pays. Pourtant, cette date est méconnue par différents traducteurs interrogés par la Rédaction Numérique de "Liberté" (#RDL). Ils n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner la situation de cette discipline, qui traverse, selon eux, une crise de dégradation des conditions d’enseignement et de travail des étudiants.

Un fait palpable sur le terrain, se traduisant d’ailleurs par l’absence de traduction d’ouvrages, qui demeure en deçà des besoins. La directrice de l'Institut supérieur arabe de traduction (ISAT) Inaam Beyoud, a par ailleurs épinglé la situation de cette spécialité en Algérie, dans une interview accordée à un journal arabophone en juin dernier.

Elle a ainsi dressé un bilan de la situation de la traduction en Algérie qui devrait être « épanouie », et ce pour différentes raisons. « L’emplacement géographique, le pluralisme linguistique que nous vivons, la proximité avec l’Europe », auraient pu, selon l’écrivaine, participer au développement de la traduction en Algérie.

Se voulant plus explicite, elle a définit la source du problème en pointant le doigt sur certaines idées reçues. « On ne considère pas la traduction comme un maillon du développement, mais seulement comme une partie culturelle », s’est-elle désolée.

Mais concrètement, quels sont les défis majeurs qu’endure la traduction aujourd’hui ? La #RDL a contacté plusieurs jeunes traducteurs issues de l’institut national de traduction pour dresser un état des lieux sur la situation de cette discipline.

« Je demande à mon personnel d’oublier ce qu’il a appris à l’université »

Dr. Mohamed Réda Boukhalfa, maitre de conférences à l’institut de traduction à l’université d’Alger 2, spécialiste en traductologie, traducteur interprète assermenté agréé par le ministère de la Justice :

« Dans le marché du travail de la traduction, les recruteurs hésitent à recruter des individus fraîchement diplômés sous prétexte qu’ils connaissent peu de choses du monde du travail et qu’ils ne seraient exploitables et rentables qu’après un certain nombre d’années de pratique sur le terrain. J’en fais le constat moi-même au sein de mon office de traduction officielle à la Cour de Chlef, où je me retrouve souvent à demander à mon personnel, hélas, d’oublier ce qu’il a appris à l’université.

En effet, le système classique d’enseignement de la traduction consistait à donner à l’étudiant un texte pour qu’il le traduise en un temps limité à l’aide d’une documentation réduite, puis à évaluer le produit qui en résultait. Cette démarche d’enseignement s’est avérée peu satisfaisante car elle ne répondait plus aux besoins d’un marché qui nécessite de plus en plus de spécialistes en traduction, de compétences, d’efficacité, et de performance. Ce système ne tenait pas toujours compte de ce principe élémentaire, à savoir toute didactique qui exige de tenir compte du processus d’apprentissage, du niveau hétérogène des étudiants et des besoins du marché de l’emploi. Cette situation nous amène à réfléchir sur une meilleure manière d’enseigner.

Aujourd’hui, même après les réformes adoptées, notamment le système LMD, les programmes d’enseignement dans les universités continuent à être trop chargés et restent parfois en inadéquation avec les besoins du marché de l’emploi. Ils sont, pour une part, responsables de la démotivation des étudiants en ce qui concerne l’acquisition de nouvelles connaissances.

La question qui se pose est la suivante : l’adoption du système LMD peut-elle parer à toutes les anomalies que subit l’enseignement de la traduction ? Certainement pas. A titre d’exemple, si on demandait aux 60 000 enseignants universitaires en Algérie, nous obtiendrions autant de définitions différentes. Le meilleur moyen aujourd’hui est de repenser d’abord la formation des formateurs afin d’inclure l’étudiant dans l’équation. Et ce, en mettant en place :

-des systèmes de tutorat,

-des systèmes de recrutements plus efficaces,

-des systèmes d’accompagnement des jeunes enseignants dans leur premiers pas dans l’enseignement.

Je rappelle que depuis l’année dernière, les jeunes enseignants sont tenus de suivre une formation tout au long de leur stage, j’ai eu à le constater à l’institut de traduction de l’université d’Alger 2, un travail qui à mon avis s’inscrit dans une démarche qualitative. Il ne reste plus qu’à espérer que cette initiative, fort louable, apporte ses fruits. Je pense qu’à partir du moment où l’on arrive à prodiguer un enseignement de qualité, nous pouvons former pour le marché de l’emploi un personnel hautement qualifié et sortir de cette crise que subissent nos jeunes diplômés en traduction en particulier et tous les autres diplômés algériens en général. »

«De moins en moins d'enseignants compétents sont mandatés pour enseigner»

N.S, traductrice dans une institution étatique :

« De moins en moins d'enseignants compétents sont mandatés pour enseigner  la traduction et les langues au même temps, ce qui ne permet pas aux apprenants de se surpasser et de vouloir aller plus haut. Ajoutons à cela, les traducteurs sont forcément peu nombreux à vouloir traduire des ouvrages algériens ou étrangers car ils manquent  de rigueur et d'outils, de passion pour ce fastidieux métier . »

 

« Il n’y a pas de formation de traducteurs spécialisés »

Amel A., traductrice dans une entreprise privée, étudiante en 2ème année master :

« C’est un domaine qui est plus que marginalisé, et malheureusement il est mal considéré malgré l’importance qu’il revêt. Je pense que le problème se trouve déjà à « la base » qui est l’enseignement et la formation de traducteurs en Algérie. Je pense qu’il est temps de procéder à une réforme dans cette filière –dont le projet existe déjà.

Ajoutons à cela, le manque de formation des traducteurs spécialisés, qui ne peut se réaliser avec le manque de moyens humains (enseignants qualifiés), et matériels (labos, outil de traduction et d’interprétation). Tous ces ingrédients font que la traduction en Algérie se trouve en recul par rapport à beaucoup de pays arabes en terme de production de livres traduits. »

« La traduction en Algérie est en crise »

Sihem B., traductrice juridique, candidate au doctorat :

« Je pense que la traduction en Algérie est en crise. C'est devenu une activité à but lucratif événementiel. Effectivement, à chaque fois qu'il y'a un événement on voit apparaître des traducteurs, et des traductions souvent l’une pire que l'autre.

Concernant la recherche en traductologie, elle est quasiment absente. Quant à la recherche académique, elle se réfère encore des travaux des fondateurs de la Stylistique comparée du français et de l’anglais de Vinay et Darbelnet, et qui datent des années cinquante. Malheureusement les thèses de recherche actuelles n'apportent presque plus rien au domaine de la traduction.

D'ailleurs je voudrais aussi signaler la marginalisation d’une auteure telle que Assia Djebar, à part Yehyaten qui a traduit un de ses livres. »

 

Imène AMOKRANE

@ImeneAmokrane

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