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Mouloud Hedir, économiste et expert des politiques commerciales

“La zone de libre-échange ne mène nulle part”

© D. R.

Mouloud Hedir qui a fait partie de l’équipe des négociateurs algériens pour l’adhésion à l’OMC, estime que l’accord commercial avec l’UE n’est pas un modèle de succès.

Liberté :  L’accord  de  libre-échange  entre  l’Algérie  et  l’Union européenne devrait normalement entrer en vigueur le 1er septembre 2020. L’Algérie est-elle prête pour le démantèlement de toutes les barrières douanières avec l’UE ?
Mouloud Hedir : Ce qui lie l’Algérie à l’Union européenne, ce n’est pas un accord de libre-échange, c’est un accord d’association d’essence politique, avec en plus du volet commercial, tout un ensemble de dispositions sur la promotion de la paix et de la sécurité, sur le respect des droits humains et sur la coopération dans tous les domaines de la vie publique.

On a vite oublié que la couverture politique de ces accords d’association conclus entre la Communauté européenne et les pays de la région méditerranéenne, c’était la Déclaration de Barcelone qui, en 1995, proposait de travailler à un avenir de “prospérité partagée”. La seule chose qui reste de ces mots, c’est le démantèlement tarifaire qui, lui, a toujours été adossé à des engagements juridiques fermes. 

Pour l’Algérie, c’est depuis septembre 2005 que ce démantèlement tarifaire a commencé, avec des tarifs qui ont baissé graduellement tous les six mois. Ce processus très long arrive maintenant à sa fin, à un moment où les finances publiques de l’Algérie sont totalement ravagées.

En l’état actuel, force est de constater qu’en contrepartie de l’avantage fiscal qu’elle consent aux produits de l’UE sur son territoire, la préférence dont bénéficient ses produits sur le marché de l’UE est totalement insignifiante.

Tel qu’il a été engagé jusque-là, ce projet de zone de libre-échange ne mène nulle part et, sans cette inexplicable léthargie qui frappe nos dirigeants politiques, il aurait été dénoncé depuis longtemps déjà. On peut coopérer de mille autres manières avec l’UE.  

Le  président  de  la  République,  Abdelmadjid  Tebboune,  a  donné instruction “de procéder à une évaluation des accords commerciaux multilatéraux, régionaux et bilatéraux, notamment le dossier sur l’accord d’association avec l’UE qui doit faire l’objet d’une attention particulière faisant valoir nos intérêts pour des relations équilibrées”. Qu’en pensez-vous ?
L’évaluation en question était déjà inscrite noir sur blanc dans le programme de travail de l’actuel gouvernement. Huit mois plus tard, rien ne semble avoir été fait, puisque c’est le Président lui-même qui l’a rappelé. On a quelquefois l’impression que la gestion de tous ces accords commerciaux engageant notre pays n’est pas prise au sérieux, ou bien que notre pays ne sait pas vraiment qu’en faire.

Jusqu’au milieu des années 1990, la loi obligeait le gouvernement à présenter chaque année le bilan du commerce extérieur devant l’APN. C’est une forme de débat public qui manque cruellement dans notre pays. Elle aurait permis de se rendre compte que ce ne sont pas seulement les échanges avec l’UE qui sont structurellement déséquilibrés, mais aussi ceux avec de nombreux autres partenaires économiques importants, à commencer du reste par le premier d’entre eux, la Chine.  

L’accord commercial avec l’UE n’est pas un modèle de succès, mais ce n’est pas le cœur de nos problèmes. Ce qui est en cause, c’est la nécessité de remise en marche d’une économie en panne, ce sont des solutions à trouver en urgence à l’épuisement prévisible de ses capacités d’exportation et c’est le besoin d’une gouvernance qui soit en phase avec les aspirations de la jeunesse algérienne. 

Quelles sont les raisons qui ont fait que l’Algérie n’a pas tiré profit de l’accord d’association avec l’UE, signé en avril 2002 et entré en vigueur en septembre 2005 ?
Toutes sortes de spéculations circulent à ce sujet mais la seule voix qui compte, celle de nos propres autorités, est curieusement absente. L’accord est en vigueur depuis quinze années, mais durant tout ce temps, aucun responsable politique national n’a jamais expliqué publiquement quelle était la position officielle de l’Algérie sur les conditions effectives de sa mise en œuvre et sur ses résultats sur le terrain.

Un Conseil des ministres tenu en octobre 2015 avait bien demandé à le renégocier et à en corriger les déséquilibres, mais aucune suite concrète n’a suivi. La perpétuation de ces déséquilibres, tout à fait flagrants au plan économique, est bel et bien de la responsabilité des dirigeants algériens.

En signant l’accord, ils étaient censés réformer en profondeur l’économie algérienne et la rendre apte à se diversifier et à mieux s’insérer dans le système des échanges mondiaux, ce qu’ils n’ont pas fait. Ils ont même fermé la seule porte potentiellement ouverte pour rendre l’accord commercial un tant soit peu viable, celle de l’attraction des IDE européens. 

Le bilan n’est pas plus rassurant, du point de vue politique. Bien sûr, on ne peut pas tout mettre sur le dos de l’accord, mais on voit bien que le registre des menaces politico-sécuritaires s’est déplacé au cours des quinze dernières années vers le versant sud de la Méditerranée et c’est l’Algérie qui se retrouve maintenant cernée de toutes parts par les zones d’insécurité.

Par-dessus tout, on voit bien que l’association politique avec l’Union européenne s’est parfaitement accommodée de l’installation à grande échelle de réseaux de corruption à la tête du pouvoir algérien.  

La vérité, c’est que, pour le président déchu, la seule contrepartie attendue de cet accord qu’il avait fortement poussé à signer, c’était un blanc-seing à sa politique et à son maintien au pouvoir. Pour l’avenir, notre pays a besoin de revisiter en profondeur sa politique d’échanges extérieurs et de la mettre au service de ses intérêts économiques.
 

Propos recueillis par : M. RABHI

 


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