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Contrats gaziers avec l’Espagne

L’AACC accuse Chakib Khelil de corruption

L’Association algérienne pour la lutte contre la corruption (AACC) signe et persiste : l’ancien ministre de l’Énergie, Chakib Khelil, est impliqué dans une nouvelle affaire de corruption, “dans le commerce du gaz entre Alger et Madrid sur fond de Panama Papers”. Moins de deux semaines après la publication de l’interview de son porte-parole, Djilali Hadjadj (dans El Watan du 12 mai), dans laquelle il a promis de nouvelles informations incriminant l’ex-ministre, l’AACC a rendu public, hier, un communiqué au titre des plus éloquents : “Le roi d’Espagne, une ‘princesse’ allemande et Chakib Khelil.”
L’association n’a pas exclu que l’année 2016 verra probablement l’explosion de “Sonatrach 3 entre l’Algérie et l’Espagne”. Se basant sur des sources espagnoles, notamment médiatiques, sur des “journaux européens”, le quotidien français Libération et l’affaire dite “Panama Papers”, l’association a indiqué que Corinna zu Sayn-Wittgenstein, “une intermédiaire” se présentant comme une “princesse” allemande de la jet set, était présente “dans des négociations cachées de gaz” entre l’Algérie et l’Espagne, qui s’étaient déroulées dans la première moitié des années 2000. Cette dame est en réalité une “femme d’affaires avisée” résidant à Monaco “pour échapper au fisc”.
D’après l’AACC, Mme zu Sayn-Wittgenstein a rencontré le roi d’Espagne en Allemagne en 2004, et l’année suivante, elle a créé la société “Apollonio Associates”, domiciliée à Malte, dont l’activité est de “mettre en rapport des institutions, nationales ou internationales, privées ou publiques”. Cette intermédiaire s’est, en outre, spécialisée dans la mise en contact “des chefs d’État, des dirigeants politiques et de puissants entrepreneurs, le tout en échange d’émoluments conséquents” (commissions et autres pots-de-vin).
Les affaires entre la princesse et le roi d’Espagne auraient commencé en 2006. Cette intermédiaire aurait ainsi permis, ces 10 dernières années, à des entreprises espagnoles d’obtenir “plusieurs marchés juteux” en Algérie. Elle serait même intervenue “dans la mise en place d’une alliance stratégique avec l’Algérie pour l’acheminement de gaz”, touchant à chaque fois de “juteuses commissions, à hauteur de 3% sur la valeur d’un contrat obtenu, qui atterrissent sur des comptes suisses”. L’AACC a observé que dans les années 2000, Chakib Khelil était ministre de l’Énergie et aussi patron de Sonatrach. Dans cette période, les négociations entre Alger et Madrid sur le gaz se sont “multipliées” et les échanges de délégations accrus.
Dans cette même période, précisément en juin 2002, le président Bouteflika se rendra en Espagne et en mars 2007, le roi Juan Carlos visitera l’Algérie, accompagné de la “princesse” allemande et de chefs d’entreprise. L’association a noté qu’à quelques jours de l’arrivée du roi d’Espagne, en février 2007, Chakib Khelil s’était rendu à Madrid, en rappelant le rôle joué par l’ex-ministre dans le “soutien de l'Algérie à la participation de l'entreprise espagnole ‘Gaz Natural’ dans le projet Medgaz”, entraînant la réduction de la participation de Sonatrach dans ce projet “pour faciliter l'entrée de Gaz Natural”. C’est également le même Chakib Khelil qui accompagnera le roi Juan Carlos, à Djanet, “pour une escapade, pas uniquement touristique, (…) en présence de notre ‘princesse’ allemande”, a souligné l’AACC, en précisant que “ce fut le début du commencement du règlement des contentieux algéro-espagnols”. Pour l’association, les “nombreux contrats” signés entre les 2 pays mettent en jeu “des milliards d’euros de marchés, de commerce et d’achats en tous genres”.
Plus encore, ils sont marqués par les “mêmes techniques” et les “mêmes canaux” découverts dans “les affaires de corruption internationale où l’Algérie est impliquée”. Référence faite à Sonatrach 1, Sonatrach 2, Saipem Italie, autoroute Est-Ouest, SNC Lavalin, Ericsson, etc.

Hafida Ameyar