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Le DG de l’ONIL accuse les distributeurs et les unités de transformation

Lait : le détournement à l’origine de la tension

Lait en sachet, une pénurie récurrente. ©D. R.

La crise du lait en sachet est provoquée par certaines laiteries et autres distributeurs qui détournent ce produit subventionné au profit des transformateurs, cafetiers et crémiers, accuse le DG de l’Onil.

Devenue chronique ces dernières années, la crise du lait pasteurisé conditionné en sachet (LPS), dont le prix administré est de 25 DA l’unité, n’arrive toujours pas à être résolue, malgré tous les efforts fournis par les pouvoirs publics pour assurer la disponibilité de ce produit de première nécessité subventionné par l’État. “Il n’existe aucun problème de disponibilité du lait”, nous a assuré, hier, Fethi Messar, directeur général de l’Office national interprofessionnel du lait (Onil), précisant que “nous nous sommes pourvus des quantités nécessaires pour couvrir les besoins durant toute l’année 2018 et nous nous projetons même sur l’année 2019”.
Mais alors comment expliquer cette indisponibilité du lait en sachet qui préoccupe tant les ménages ? Notre interlocuteur reconnaît qu’“il existe un problème de distribution”. Il insiste surtout sur le fait que le problème réside principalement dans “la malversation pratiquée par certaines laiteries qui détournent le lait pour d’autres industries (transformation). Il y a aussi les distributeurs qui la détournent pour produire le petit lait (lben et raïb) et continuent de le vendre aux cafetiers et crémiers alors que c’est désormais chose interdite”.
Et c’est le consommateur, qui ne sait pas à quel saint se vouer, qui souffre de ce dysfonctionnement et de ces malversations. Aussi, la mort dans l’âme, de nombreux ménages se rabattent sur le lait cru et le lait en poudre (en boîte ou en sachet) ou des sachets de lait à 50 et 70 DA et parfois même en vente concomitante. Une situation qui ne manque pas de créer un malaise certain. De la spéculation surtout.

Une feuille de route est exigée des distributeurs
L’Onil a enclenché depuis un certain temps, en collaboration avec la DCP, une opération d’inspection à travers laquelle un contrôle rigoureux est effectué par les brigades de la DCP. “C’est un contrôle qui se faisait auparavant, mais nous l’avons accentué, et déjà, nous avons épinglé quelques laiteries qui s’adonnent à ces pratiques illicites correspondant à quelque 800 tonnes.” Et c’est sur un ton mordant que Messar avertit : “Nous serons intransigeants avec les laiteries qui trichent et elles seront carrément blacklistées.” Raison pour laquelle, il est désormais imposé aux distributeurs une feuille de route pour connaître la véritable destination de la marchandise. Le détaillant doit, contre accusé de réception, apposer sa signature et son cachet tout en précisant la quantité récupérée. Notre interlocuteur persiste et signe : “Il n’existe aucune restriction comme véhiculé par certains. Il y a 14 550 tonnes par mois qui sont distribuées à 118 laiteries dont 15 relèvent du public.” Une quantité, de l’avis de Messar, suffisante pour couvrir tous les besoins de la population à l’échelle nationale. À noter que l’Algérie n’a pas manqué de profiter de la chute des prix du lait en poudre sur le marché international pour s’approvisionner comme il se doit pour l’année 2018, ce qui va dans le sens de notre interlocuteur qui insiste sur sa disponibilité.
“Nous remarquons d’ailleurs que le prix de la poudre de lait entier est en train de grimper et dépasser les 3 500 dollars (prix d’usine).” En d’autres termes, l’aubaine qui s’est présentée pour 2018 risque de ne pas se répéter et des solutions efficientes doivent être préconisées.  

Le groupe Giplait chapeautera la distribution
Sur le qui-vive, le ministère de l’Agriculture et les entités sous sa tutelle multiplient les rencontres pour trouver des solutions radicales à ce problème. “Nous avons des réunions incessantes pour le suivi, mais ce n’est guère facile d’en venir à bout, tant les enjeux sont grands”, nous confie encore Hamid Messar, qui soutient que “tant que le lait est subventionné, il attisera toujours de vils appétits, mais nous ne les laisseront pas faire”. Pas plus tard qu’aujourd’hui même, une réunion est prévue entre le président de l’Onil et le P-DG du groupe public Giplait, en la personne de Mouloud Harim, et ce, pour peaufiner un schéma de la distribution en remplacement des laiteries éliminées. “Là où nous constaterons qu’il existe une défaillance, Giplait prendra la relève pour faire parvenir le sachet de lait au consommateur. Il est temps pour que ces malversations cessent et que les citoyens n’en fassent plus les frais.”

Nabila Saïdoun