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Des éditeurs réagissent

“Le décret est liberticide et techniquement inapplicable”

© D.R

Les avis d’éditeurs de la presse électronique et d’experts convergent : le décret exécutif fixant les modalités d’exercice de l’activité d’information en ligne est clairement liberticide, inapplicable techniquement. “C’est un décret exécutif absurde d’un gouvernement en débandade politique”, commente, sans détour, El-Kadi Ihsane, directeur de Maghreb Emergent et de Radio M., inaccessibles en Algérie depuis des mois. “C’est une tentative d’instaurer en 2021 un imprimatur sur les éditions de la presse électronique.

C’est une attitude totalement anachronique et aussi une position antinationale, car elle vise à faire disparaître, sur le web, des contenus que produisent des Algériens jeunes, indépendants et aspirant aux libertés”, poursuit-il, refusant de transgresser sur les aspects techniques du texte réglementaire. “Je n’entre pas dans les détails techniques qui rendent ce décret inapplicable”, réfute-t-il, ne retenant de l’édit que les arrière-pensées politiques. “Contrôler, surveiller, empêcher, limiter, entraver…

Tous les verbes qui accompagnent l’autoritarisme, voire le totalitarisme, sont valides pour qualifier le décret exécutif n°20-332”, fulmine Djaffar Saïd, éditeur du site 24HDZ. “Il me semble que c’est un décret qui vise à créer le désordre. Il est très restrictif pour les sites d’information en ligne”, corrobore Lamine Maghnine, journaliste fondateur du portail web Tariq News. Pour Hamid Guemache, cofondateur de TSA (Tout sur l’Algérie), il n’y a aucun doute raisonnable sur la volonté des autorités nationales “d’empêcher le développement de la presse électronique en Algérie”.

Il précise que le texte a été élaboré, sans concertation avec les professionnels du secteur, “dans un climat de terreur, marqué par la censure arbitraire et récurrente des sites. C’est un texte à caractère répressif. C’est flagrant” (TSA est bloqué, en intra-muros, depuis juin 2019). Il relève que désormais, la création d’un site électronique d’information est soumise à une autorisation d’une instance qui n’existe pas. Une personne physique ou morale ne peut avoir plus d’un unique organe d’information en ligne.

“C’est une duplication des règles de fonctionnement de la presse écrite sur la presse électronique. Les rédacteurs dudit décret ne connaissent pas les mécanismes de la Toile”, souligne notre interlocuteur. La disposition afférente à la domiciliation de l’hébergement du site, physiquement et logiquement en Algérie, avec une extension de domaine “.dz”, est complètement incongrue, de son point de vue. “Techniquement, c’est irréalisable”, affirme-t-il. Aïssa Merah, chercheur enseignant à l’Université de Béjaïa, spécialiste en communication, lui donne raison.

“Les sites électroniques d’information utilisent des vidéos, de l’interactivité… et enregistrent des pics d’audiences. Ils ont besoin de capacités de connectivité que le domaine ‘.dz’ ne possède pas. Le décret soumet les sites à des conditions entravant leur fonctionnement”, explique-t-il. Au-delà, les nouvelles dispositions bloquent, dit-il, la transition de la presse écrite vers l’édition web via un format hybride adopté, actuellement dans les milieux des médias.

Les médias électroniques sont astreints de se conformer aux dispositions du décret dans un délai de douze mois à compter de la date de sa publication au Journal officiel. “Si le site change de domaine, il perd de l’audience. Il y a une volonté de reproduire exactement le même système Bouteflika qui consiste à distribuer la rente à des journaux dociles, sans lectorat, via l'Anep”, interpelle Hamid Guemache.

“C’est une manœuvre pour ralentir l’activité des sites électroniques, pendant un certain temps. Cette réglementation est temporaire, c’est sûr. Elle est d’ailleurs en contradiction avec les conventions internationales sur l’accès à l’information sur internet, ratifiées par l’Algérie”, conclut l’universitaire Aïssa Merah. 

 

 

Souhila H.


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