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Il a beaucoup marqué l’église algérienne

Le destin exceptionnel du cardinal Duval

Le père Denis Gonzalez vient de publier aux éditions Riveneuve un livre intitulé : Léon-Étienne Duval. Une grande conscience morale de son temps. Dans l’ouvrage de 230 pages, sorti dans le contexte du Cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie, l’ancien vicaire général du cardinal Duval nous fait (re)découvrir “le destin exceptionnel” d’un des enfants du pays et les valeurs portées par ce dernier au travers de ses nombreuses positions, pendant la guerre de Libération nationale, à l’Indépendance et même durant la décennie noire. Rédigé par un concitoyen dont l’engagement envers le mouvement associatif se poursuit à ce jour, Léon-Étienne Duval… apporte un précieux éclairage sur la personnalité et l’apport d’un homme de religion qui, comme Mgr Teissier ou le père Scotto, pour ne citer que ceux-là, a marqué de son empreinte l’église algérienne. D’emblée, l’auteur avoue qu’il s’est imposé le devoir de sauver “certaines pages de ce passé”, dont il a été en grande partie témoin. Étienne Duval est né le 3 novembre 1903, à Chenex, en Savoie, dans une famille nombreuse. En février 1947, soit près de deux ans après la répression sanglante du 8 Mai 1945, il débarque à Alger à 43 ans, pour se rendre à Constantine et pour assurer sa fonction d’évêque. Devenu ensuite archevêque d’Alger (1954), puis cardinal (1965), sa mission épiscopale durera plus de 40 ans et s’achèvera en avril 1988, date de sa retraite.

Un observateur attentif et avisé des évolutions en Algérie

Dans ses premières paroles publiques, à l’est du pays, Étienne Duval insiste sur “les préférences impérieuses de l’amour à l’égard des pauvres, des humbles, de ceux qui souffrent”. Dès janvier 1955, Mgr Duval condamne sans appel la pratique de la torture et reconnaît le droit à “la libre expression des aspirations légitimes des populations d’Algérie”. Il s’illustre dans le service de “l’amour fraternel” entre les communautés musulmane, chrétienne et israélite, du respect de la dignité humaine, de la justice et de la liberté. En invitant les fidèles à ne pas confondre “la présence coloniale et la présence chrétienne” en Algérie. Pour l’auteur, les appels répétés de l’ancien archevêque “étaient ceux d’un homme de foi certes, mais aussi ceux d’une grande conscience morale de son temps”, des positions qui ont d’ailleurs suscité de “virulentes hostilités” à son égard.
Le père Gonzalez souligne en outre qu’Étienne Duval était doté d’une “très forte personnalité”, tant spirituelle qu’intellectuelle, se révélant “un observateur très attentif et avisé” des évolutions en Algérie et dans le monde. En janvier 1964, Mgr Duval révèle au journal français Le Monde qu’en Algérie, “l’église (…) n’a pas choisi d’être étrangère, mais algérienne”. Une église qui, selon lui, “doit être ouverte à la population et aux réalités du pays”.
L’année suivante, il opte pour la nationalité algérienne afin de signifier son “attachement profond à l’Algérie (qu’il) aime”. Dans cette période de l’après-Indépendance, le cardinal affichera des positions en faveur du “droit des peuples au développement” pour le Tiers-Monde, du respect aux travailleurs émigrés, des personnes détenues à la suite du coup d’État de 1965 pour délit d’opinion, et des droits des peuples à l’autodétermination.
Dans les années 1970, il apportera son soutien à la cause palestinienne, puis à celle des Sahraouis. Il s’impliquera après dans le débat autour de la nouvelle Constitution (de 1989), insistant sur “la marque d’une République (qui est) le respect de la personne humaine, de sa dignité et de ses droits”. Au début de la décennie sanglante, le cardinal sort de sa réserve et lance un appel, le dernier, pour “un renouveau de confiance” et “la restauration de la vie sociale”, non sans dénoncer “le crime (qui) est un outrage à Dieu”.
Soulignons que le livre de Denis Gonzalez contient de nombreux textes, y compris les réflexions du cardinal sur le dialogue islamo-chrétien et les témoignages d’une trentaine de personnalités d’horizons divers, dont l’actuel chef de l’État, Mohamed Bedjaoui, Pierre Chaulet, Mahfoud Kaddache, Réda Malek, André Mandouze, Abdelhamid Mehri et Hocine Zehouane. Son ouvrage parviendra-t-il à “ressusciter l’histoire en ce qu’elle a de vivant et d’utile, encore aujourd’hui ?” En tout cas, c’est le but de ce livre qui nous invite à “un débat (…) ouvert et libre”.


H A