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Nour Meddahi, professeur en économie et finances

“Le dinar devrait rester stable à court terme”

© D. R.

Liberté : Le gouvernement projette d’autoriser à nouveau l’importation des véhicules de moins de trois ans. Une telle mesure ne risque-t-elle pas de créer de fortes tensions sur l’offre en devises fortes ? 
Nour Meddahi : Plusieurs spécialistes du secteur du véhicule ont affirmé que l’importation de véhicules d’occasion de moins de trois ans ne serait pas rentable à cause de divers coûts supplémentaires comme la TVA à l’étranger, le transport, les droits de douane et surtout la prime du taux de change parallèle par rapport au taux officiel qui, actuellement, est de 60%, un record historique. Donc le plus probable est que cette mesure ne soit pas mise en pratique. En outre, cette interdiction a été prise dans une loi de finances, ce qui veut dire qu’il faudrait une loi de finances complémentaire que ne pourrait pas signer le chef actuel de l’État. Cette annonce ressemble donc plus à de la gesticulation qu’à autre chose, surtout que ce gouvernement gère les affaires courantes et que ses jours sont comptés. Maintenant, si, dans le futur, cette mesure était réellement adoptée avec des paramètres intéressants pour le citoyen, afin de la rendre rentable, par exemple par une exemption des droits de douanes, elle aurait un impact sur le taux de change parallèle. En effet, le succès de cette mesure augmenterait la demande des devises sur le marché parallèle et donc le prix de ces devises. Autrement dit, la valeur du dinar baisserait sur le marché parallèle. Comme le dinar sur le marché officiel est stable, cela amènerait une hausse de l’écart entre les deux taux et favoriserait donc la surfacturation. En conséquence, les réserves de changes baisseraient encore plus rapidement, alors qu’un des arguments pour la mise en place de cette mesure est de ralentir la baisse de ces réserves. C’est ce que Raouf Boucekkine et moi expliquons dans une contribution que nous venons de rendre publique. L’autre argument avancé par le gouvernement pour justifier cette mesure est de mettre la pression sur les assembleurs des automobiles pour baisser leurs prix, argument qui ne tient pas la route. 
   
Une nouvelle dégringolade de la parité du dinar par rapport à l’euro et au dollar est-elle à redouter à très court terme ? 
Le dinar a beaucoup baissé depuis le contre-choc pétrolier de l’été 2014. Ainsi, entre juillet 2014 et mai 2016 qui correspond à la fin de la mandature de Mohammed Laksaci, la valeur d’un dollar américain est passée de 79 DA à 110 DA, soit une baisse de 28% du dinar. Actuellement, un dollar vaut 119,4 DA, ce qui veut dire que la baisse du dinar est de 7,8% depuis mai 2016 et 33,9% depuis juillet 2014. Néanmoins, l’énorme déficit du compte courant de la balance des paiements (13% du PIB en 2017 et 10% en 2018) et l’érosion rapide des réserves de changes (193 milliards de dollars en juin 2014 contre moins de 80 milliards actuellement) indiquent clairement que le dinar est très surévalué. Il me paraît nécessaire de reprendre sa baisse, et l’accompagner par des augmentations salariales ou des baisses d’impôts pour compenser la perte du pouvoir d’achat. Cela dit, les conditions actuelles avec un gouverneur intérimaire de la Banque d’Algérie, un gouvernement en partance et des millions de compatriotes dans la rue chaque vendredi me suggèrent que la valeur du dinar sur le marché officiel va rester stable à court 
terme.   

Quels effets peut induire un éventuel creusement de l'écart entre les parités officielle et informelle du dinar ?
L’écart entre les deux taux de change est très élevé, soit près de 60%, ce qui est un maximum historique. Cet écart favorise les surfacturations. 
Une hausse de cet écart rendrait les surfacturations encore plus juteuses, ce qui les ferait augmenter et donc ferait baisser davantage les réserves de changes. L’autre effet négatif est lié à l’épargne. L’augmentation de cet écart rend l’achat de devises très attractif du point de vue de la rentabilité de l’investissement, au détriment des autres placements financiers comme par exemple l’achat de bons du Trésor ou d’emprunts obligataires. 
Ces types de produits financiers devraient se développer à l’avenir pour le financement de l’économie. Le placement en devises sera un placement très compétitif et donc concurrentiel, avec aucun effet positif sur l’économie du pays. 

Il est impératif de réduire l’écart entre les deux taux de change, en faisant baisser la valeur du dinar sur le marché officiel et en augmentant sa valeur sur le marché parallèle. Nous avons expliqué qu’il était impératif d’augmenter de manière substantielle toutes les allocations de voyage, afin de diminuer la demande de devises sur le marché parallèle. Automatiquement, l’écart entre les deux taux de change baisserait de manière substantielle. 


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