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Soumeya Khaled-Khodja, Maître de conférences en écologie à "Liberté" (#RDL)

"Le glyphosate est largement utilisé dans les cultures maraîchères en Algérie"

Photo: D.R

Alors que l’Europe connait une vive polémique sur le pesticide glyphosate, la question ne se pose même pas en Algérie. Pour comprendre mieux les dangers de désherbant la Rédaction Digitale de "Liberté" (#RDL) a contacté Soumeya Khaled-Khodja, Maître de conférences en écologie à l’université de Jijel.

[Interview réalisée par Imène AMOKRANE]

 

#RDL : Pourquoi le glyphosate fait polémique en Europe ?

Soumeya Khaled-Khodja : Le glyphosate (N-(phosphonométhyl) glycine, C3H8NO5P) est l'herbicide le plus utilisé dans le monde. Il est aussi connu sous le nom Round up, d’application foliaire, systémique (qui se répand sur toute la plante) et non sélectif, il n’est pas absorbé significativement par les racines, ce qui limite les risques de phytotoxicité pour les cultures qui succèdent à la culture soumise au traitement.

C’est un produit stable, réputé immobilisé dans le sol par complexation et peu soluble dans l’eau. Son succès repose sur un coût faible, une bonne efficacité et une très grande souplesse d'utilisation. En 1985, il était le premier herbicide dont les ventes atteignaient le milliard de dollars. Il est largement utilisé pour du désherbage agricole mais aussi pour l'entretien des espaces urbains et industriels. En agriculture, le glyphosate permet une destruction efficace des adventices ou des repousses, sans effet sur la culture suivante et avec un coût réduit. Il a été longtemps considéré comme « un herbicide biodégradable et respectueux de l’environnement ». Cette mention a changé suite à une étude, conduite par le Département de santé publique de l’université de Californie, qui stipule que le glyphosate serait la troisième cause de maladies liées aux pesticides parmi les agriculteurs.

En 2015, le glyphosate est classé par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) comme « probablement cancérogène » ce qui a suscité une grande polémique…

 

Est-ce que l’Algérie commercialise ce pesticide ?

En tant que pays producteur et exportateur de fertilisants et de produits phytosanitaires, il est très probable que ce produit soit commercialisé en Algérie sous d’autres appellations (herbicide liquide Round up, original (13644), Glyfos herbicide concentré, etc.).

D’ailleurs, il existe une étude sur la rémanence du glyphosate, qui a été faite en 2014, à l’université de Constantine qui affirme que cet herbicide est largement utilisé dans les cultures maraîchères, vergers d'agrumes, arboricultures, palmeraies et vigne en Algérie. Selon cette même étude le produit nommé « Mamba 360 SL » est commercialisé par Alphyt (Algérienne des phytosanitaires), filiale du groupe Fertial (ex Asmidal).

Je pense que les agriculteurs utilisent ces produits pour protéger leurs cultures et surtout avoir un bon rendement. Des analyses d’eau et de sédiments, que j’ai faites au cours de l’année 2009-2010, ont révélé la présence de 78 herbicides dont certains sont interdits dans les pays développés depuis des années.

 

Sinon, quels sont les dangers des pesticides sur la faune et la flore ?

Le danger des produits phytosanitaires réside essentiellement dans leur caractère rémanent, leur bioaccumulation et par voie de conséquence leur bioamplification dans les divers niveaux des chaînes trophiques dont l’homme représente le plus haut niveau.

Libérés dans l’environnement, ils vont évidemment éliminer les organismes contre lesquels ils sont utilisés. Mais, la plupart de ces produits vont également toucher d’autres organismes que ceux visés au départ, de manière directe (absorption, ingestion, respiration, etc.) ou indirecte (via un autre organisme contaminé, de l'eau pollué, etc.). Les effets sur la biodiversité, et notamment la flore et la faune terrestres et aquatiques, sont donc indéniables.

En sus, leur toxicité peut se manifester à des concentrations infinitésimales (de l’ordre du nano gramme), et ce qui est encore plus inquiétant est que leur devenir et leur incidence sur l’environnement et la santé publique ne sont pas bien élucidés jusqu’à ce jour...

L’utilisation des pesticides a beaucoup d’effets nocifs sur la flore terrestre et aquatique. Pour être concise je citerai quelques exemples :

-Le développement médiocre du chevelu racinaire, le jaunissement des jeunes pousses et la réduction de la croissance des plantes

-La contamination des eaux douces ou marines par les pesticides peut entraîner la mort du phytoplancton, qui constitue le premier maillon de la chaîne trophique. Elle peut même tuer des plantes supérieures qui constituent l’habitat et le lieu de nidification de beaucoup poissons. Je citerai comme exemple marin, l’herbier de posidonie, qui est non seulement un lieu de vie et d'alimentation pour de nombreux poissons, mais aussi une (lieu de ponte) et une nurserie (lieu de vie des juvéniles) importantes.

-Le dépérissement forestier, suite à la contamination des sols par les pesticides.

-La diminution de la diversité végétale suite au déclin des colonies d’abeilles et de papillons pollinisateurs.

Quant aux effets sur la faune,ce sont surtout les espèces au sommet de la chaîne alimentaire (mammifères, oiseaux, etc.), qui sont les plus vulnérables aux pesticides. Mais les insectes (notamment butineurs comme les abeilles et les papillons) et les animaux à sang froid (comme les reptiles et les amphibiens) sont les plus touchés. Ainsi, des micro-organismes à la baleine bleue, toutes les espèces sont des victimes, actuelles ou à venir, des millions de tonnes de pesticides déversées sur la planète.

Outre le danger de mort du à l’ingestion directe et indirecte des pesticides, la faune peut :

-Développer certaines pathologies comme des cancers.

-Avoir un fonctionnement anormal de la thyroïde.

-Avoir une fertilité diminuée et une déficience des organes sexuels.

-Avoir une féminisation des organes reproducteurs pour les mâles.

-Rencontrer une perturbation du système immunitaire.

-Perdre des sources de nourriture (plantes, phytoplancton, zooplancton, insectes, vers, etc.) essentielles pour certains animaux, les forçant à se déplacer, à modifier leur régime alimentaire ou à mourir de faim.

Donc, l’agriculture en Algérie n’est pas bio ...

Sincèrement, je pense que oui. Comme je l’ai dit antérieurement, nous sommes un pays qui fabrique ces produits, et ils sont largement commercialisés.

La plupart des paysans algériens ignorent et ne sont pas conscients, faute de sensibilisation, des méfaits consécutifs à l’utilisation abusive et non contrôlée des pesticides. Pour eux, plus ils consomment de pesticides, plus le rendement sera meilleur et donc plus de profits….

Pour conclure, je dirai que le risque zéro n’existe pas et que tout est question de dose. Les pesticides comme les médicaments sont des produits chimiques très dangereux, il faut savoir les manipuler et les utiliser avec beaucoup de précaution.

En tant que pays en voie de développement, l’Algérie a beaucoup à faire sur le plan de la sensibilisation et le contrôle systématique des pratiques culturales.

Imène AMOKRANE

@ImeneAmokrane

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