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De la répression à l’officialisation

Le long cheminement de tamazight

Le Printemps berbère est né d’un arbitraire : un certain 10 mars 1980, l’écrivain Mouloud Mammeri était interdit de conférence à l’université de Tizi Ouzou ; ce qui a suscité, à l’époque, la colère et l’indignation de la communauté universitaire et des milieux militants.

Ces derniers, structurés dans la clandestinité, ont fini par soulever la question identitaire et culturelle publiquement et de manière pacifique. Le mérite revient à une jeune élite de la génération d’après-guerre qui a su inventer le combat pacifique dans un contexte politique pourtant fait de violence. La grève générale du 16 avril 1980, massivement suivie en Kabylie, aura donné de la consistance et de l’épaisseur à un mouvement politique diabolisé par le pouvoir et sa sécurité militaire. L’adhésion populaire à la cause amazighe a permis au Mouvement culturel berbère (MCB) de pérenniser son combat dans le temps et dans un esprit de solidarité. Ce qui n’a pas manqué de désarçonner les commissaires politiques du FLN. Comme première expression politique démocratique dans le débat public depuis l’Indépendance, le mouvement d’Avril 1980, marqueur historique du combat démocratique, s’il en est, a naturellement impacté le futur combat pour les droits de l’Homme. C’est ainsi que la question identitaire est couplée aux libertés démocratiques ; une démarche qui sonnera le glas de la dictature du parti unique. En introduisant de nouveaux paradigmes dans le combat politique, les animateurs du MCB seront, pour l’essentiel, derrière la fondation en 1985 de la première Ligue des droits de l’Homme dans laquelle s’est impliqué le vétéran militant Abdenour Ali Yahia. Cette initiative a valu à Saïd Sadi et ses camarades d’être déférés devant la cour de sûreté de l’État la même année. Dans un réflexe de lucidité, la société civile adopte trivialement le postulat selon lequel la question amazighe est consubstantielle au combat démocratique pour les libertés et les droits de l’Homme. Ainsi, tamazight qu’on évoquait dans des cercles militants clandestins est désormais admise par la collectivité nationale. Son enseignement sera introduit à l’école, grâce au boycott scolaire prôné par le MCB dans ses deux ailes et massivement suivi en Kabylie. Par la suite, le mouvement vivra un passage à vide. Pour autant, la flamme revendicative n’est pas éteinte, malgré le reflux du mouvement revendicatif. Le répression sanglante du Printemps noir de 2001 avec l’émergence du mouvement des archs remettra au goût du jour la question de tamazight. Le pouvoir sera contraint de lui attribuer le statut de langue nationale à la faveur de la révision constitutionnelle de 2002. Ce nouveau statut n’a pas eu une réelle incidence sur la promotion de tamazight dans les institutions de l’État. En 2016, tamazight bénéficiera du statut de langue nationale et “également” officielle dans la nouvelle Constitution. Au-delà de ces acquis arrachés de hautes luttes, Avril 1980 a ouvert de larges horizons pour la perspective démocratique nationale. Les commémorations de Tafsut Imazighen, notamment en Kabylie, participent d’une réappropriation des repères de la mémoire militante, façonnée par une génération d’exception qui a eu le génie d’inventer le combat pacifique à une époque où l’on se faisait ramasser par la SM pour un alphabet caché dans la poche.

Y. A.

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