Scroll To Top

A la une / Actualité

Éric Overvest, Représentant des Nations unies en Algérie

“LE RECUL DU MULTILATÉRALISME A FAVORISÉ LA MULTIPLICATION DES CRISES”

© D. R.

Aujourd’hui, dans un monde en proie  à  des  problèmes et à  des  crises de tout  genre, l’ONU  reste  le  seul  forum  mondial de dialogue pour  se concerter et trouver des solutions communes à des défis communs. 

Liberté : La 75e Assemblée générale de l’ONU s’est déroulée dans un contexte particulier en raison de la crise sanitaire. Mais, elle est presque passée inaperçue. Cela n’illustre-t-il pas le recul d’influence de l’Organisation  ? 
Éric Overvest : La crise a certes changé le format de cette 75e session avec un recours au mode de travaux virtuels, mais elle n’a nullement entamé la pertinence et l’importance de ce forum mondial. Aujourd’hui, dans un monde en proie à des problèmes et à des crises de tout genre, l’ONU reste le seul forum mondial de dialogue pour se concerter et trouver des solutions communes à des défis communs. La crise de la Covid-19 et son impact socioéconomique ont mis le monde à rude épreuve. 

Cette crise nous rappelle que les principes de solidarité et d’entraide internationale, inscrits dans la charte de l’ONU, sont une nécessité absolue. Notre vulnérabilité face à un virus microscopique est une preuve de l’échec du nationalisme et du repli sur soi, ce qui donne tout son sens au multilatéralisme prôné par l’ONU.

C’est pourquoi, j’insiste sur la nécessité de revenir aux principes de la Charte : l’entraide, la solidarité et la prospérité sans exclusion aucune. Ceux qui étaient à l’origine de la création de l’Organisation en 1945 avaient-ils aussi survécu à une pandémie, à une guerre et dépression mondiales ?

Ils étaient des visionnaires dans ce sens où ils connaissaient le prix de la discorde, de la division, mais surtout la valeur de l’union. 75 ans plus tard, nous sommes appelés à être aussi visionnaires pour lutter contre les inégalités, le changement climatique, les divisions, la prolifération des armes nucléaires, la cybercriminalité et, plus récemment, contre la Covid-19. Aujourd’hui, l’ONU trouve tout son sens pour unir et fédérer les États afin de trouver une réponse commune à la crise.

Le thème dominant de l’Assemblée générale est celui de la nécessité de renforcer le multilatéralisme. Ce dernier n’est-il pas en crise ?
Le recul du multilatéralisme a favorisé la multiplication des crises et des vulnérabilités. L’attribution du prix Nobel de la paix cette année au Programme alimentaire mondial témoigne du rôle important de l’assistance humanitaire et alimentaire pour le maintien de la paix et pour préserver les valeurs du multilatéralisme.

Les objectifs et principes fondateurs de l’ONU sont toujours d’actualité : le développement des relations amicales entre les nations fondées sur l’égalité des droits des peuples ; le maintien de la paix et de la sécurité internationale et prévenir les conflits ;  le respect des droits de l’Homme et le maintien de la justice ; la promotion du progrès et du développement économique et social.

Le multilatéralisme est le moyen le plus efficace pour atteindre ces objectifs. Cette année, le SG de l’ONU a lancé une consultation mondiale pour avoir une meilleure appréciation des espoirs et craintes pour l’avenir et du rôle des Nations unies 75 ans après leur création. À travers des sondages et des dialogues sous le thème “L’avenir que nous voulons, l’ONU dont nous avons besoin”, les réponses de plus d’un million de personnes de différents pays et de tous horizons ont reconfirmé l’importance d’une approche multilatérale.

Plus de 87% des personnes estiment que la coopération mondiale est vitale pour relever les défis d'aujourd'hui et que la pandémie a rendu la coopération internationale plus urgente. En ce qui concerne l'avenir, 74% considèrent l'ONU comme “essentielle” pour relever les défis de demain. Mais ces personnes souhaitent que l'ONU change et innove : qu'elle soit plus inclusive de la diversité des acteurs au XXIe siècle, et qu'elle soit plus transparente, responsable et efficace.

Lors de sa prise de fonction, le SG de l’ONU s’est engagé à faire de la paix une “priorité absolue”. Quel bilan faites-vous de l’action de l’Organisation en la matière  ?
L’engagement du SG en faveur de la paix internationale trouve son origine dans la charte fondatrice de notre organisation, car il faut toujours se rappeler le contexte et les circonstances à l’origine de la création de l’ONU, où le monde sortait d’une Guerre mondiale ravageuse. 75 ans après, le maintien de la paix et la sécurité internationale et la prévention des conflits sont au cœur du travail de l’ONU, car il ne peut y avoir de développement, de prospérité ou des droits de l’Homme sans paix.

Le moyen le plus efficace pour prévenir ces conflits reste une diplomatie préventive et une médiation efficace. Dans ce sens, l’ONU joue un rôle important en déployant des envoyés spéciaux et des missions politiques et missions de maintien de la paix sur le terrain. L’existence de ces missions nous rappelle la fragilité de la paix et de la sécurité dans le monde. Ces missions multidimensionnelles œuvrent, entre autres, à faciliter les processus politiques, à protéger les civils, à aider au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration des ex-soldats.

Elles appuient aussi les processus constitutionnels et l'organisation des élections et promeuvent les droits de l'Homme. Il y a aussi les Commissions de consolidation de la paix qui aident les pays sortant d'un conflit à réduire le risque d'y replonger et à jeter les fondations d'une paix durable et du développement. Sans toutes ces missions et tous ces envoyés pour la paix, le nombre des crises et des confits serait peut-être bien plus important. 

Avec la multiplication des foyers de tensions et le manque de financements, comment l’ONU peut-elle assurer  son rôle d’aide aux populations et aux pays en détresse ? 
L’action humanitaire constitue une des missions principales de l’ONU. À l’heure actuelle, la communauté internationale compte sur l'Organisation pour répondre aux catastrophes d'origine naturelle ou humaine, auxquelles un pays, réduit à ses propres moyens, ne pourrait faire face. Cette mission est assurée par différentes entités onusiennes.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha), responsable de la coordination de l'action humanitaire, est le forum unique inter-agences pour la coordination qui réunit les principaux partenaires humanitaires. Une approche coordonnée est essentielle à la fourniture d'une aide rapide et efficace. À cet effet, le Fonds central d'intervention d'urgence (Cerf) a été mis en place pour financer une réponse immédiate à une situation de crise. 

L’ONU a lancé un vaste programme dans le cadre des Objectifs de développement durable, mais force est de constater que la planète est de moins en moins protégée et que la pauvreté augmente ...   
Aujourd’hui, les États membres de l’ONU sont engagés dans l’Agenda 2030 pour le développement durable, avec ses dimensions environnementale, économique et sociale. Cet Agenda gagnerait à mobiliser des ressources jusque-là injectées dans les missions de la paix ou l’aide humanitaire. C’est une nouvelle vision stratégique de développement de l’ONU conjuguée à un multilatéralisme inclusif.

C’est aussi le moyen le plus efficace de traiter les causes profondes des conflits. Pour prévenir les conflits et bâtir des communautés résilientes, il est essentiel de lutter contre les inégalités, de renforcer les institutions publiques et la société civile et de promouvoir les droits humains, qui sont les objectifs de l’Agenda 2030.

Les 17 Objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030 sont à la fois universels et concernent tous les pays ; transversaux, qui touchent de nouveaux secteurs dont la réduction des inégalités, la ville et des modes de production durables ; et transformatifs, puisqu’ils ne visent pas la simple lutte contre la pauvreté, mais un changement des comportements dans le sens où ils visent à développer de nouveaux modèles de production et de consommation qui préservent notre planète.

La pandémie de coronavirus a révélé la fragilité des États. Quelles sont les mesures prises par l’ONU pour venir en aide aux pays touchés par la crise sanitaire ? 
Nous faisons tous face à un ennemi commun, le coronavirus. La pandémie a rapidement fait des centaines de milliers de victimes, infecté des millions de personnes, perturbé l’économie mondiale et suscité une peur omniprésente quant à l’avenir.

Dès la déclaration de la pandémie, l’ONU s’est rapidement et pleinement mobilisée, en prenant la tête de la riposte sanitaire mondiale, en poursuivant et en élargissant l’aide humanitaire, en mettant en place des instruments permettant de réagir rapidement face aux retombées socioéconomiques mettant en place un Trust Fund pour l’action humanitaire et la réponse socioéconomique. 

L’ONU a développé une stratégie axée sur trois piliers : une réponse humanitaire en appui aux personnes les plus vulnérables en mettant l’accent sur la nécessité de sauver des vies ;  une réponse sanitaire à grande échelle, coordonnée et guidée par l’Organisation mondiale de la santé.

Dans ce cadre, l’ONU soutient les efforts en vue du développement d’un vaccin, d’outils de diagnostic et de traitements accessibles à tous ; une réponse aux défis de l’impact socioéconomique, pour protéger les emplois et les plus vulnérables, avec une approche de reconstruire en mieux et de s’attaquer aux causes profondes de vulnérabilité liées à la crise climatique, aux inégalités, à l’exclusion et aux lacunes des systèmes de protection sociale.

Cela comprend également l’appel à la conception d’un plan de relance représentant au moins 10% du produit intérieur brut mondial, ainsi que l’appel à un soutien massif aux pays en développement, comprenant un gel ou une restructuration de la dette et un soutien accru des institutions financières internationales.

L’ONU est présente en Algérie, notamment via ses différentes instances. Comment jugeriez-vous son rôle et son action ?
Les Nations unies sont présentes en Algérie depuis les premières heures de l’indépendance du pays. Aujourd’hui, nous sommes plus de vingt agences résidentes et non résidentes qui apportent leur appui et leur expertise au gouvernement algérien pour mettre en œuvre les politiques nationales de développement dans le cadre d’un partenariat stratégique en faveur du développement durable.

Les programmes et fonds qui, par leurs mandats principalement techniques, appuient les stratégies nationales de développement, les normes et standards internationaux et les bonnes pratiques dans différents domaines : économique, social et environnemental. À cela s’ajoutent les agences humanitaires qui apportent une assistance multisectorielle aux réfugiés sahraouis à Tindouf. Le Système des Nations unies a appuyé l’Algérie dans sa réponse aux défis de la Covid-19 grâce à la mobilisation des ressources auprès des partenaires internationaux et la mise en place d’expertise.

Notre mission est d’accompagner les efforts nationaux dans la promotion d'un développement équitable et durable et de favoriser les échanges Sud-Sud dans la gestion des connaissances et la mise en place de l’expertise de haute qualité. Je tiens à souligner ici notre engagement commun pour les valeurs des Nations unies et notre partenariat de qualité pour la réalisation des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Notre action témoigne d’un partenariat de qualité et de longue durée, dans le respect de la souveraineté, en apportant les meilleures pratiques et expertises de qualité.
 

Entretien réalisé par : LYÈS MENACER


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER