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Forcing pour un 5e mandat pour un président “absent” et dans un contexte de crise

Le régime dans le désarroi ?

L’élection présidentielle de 2019 focalise toutes les attentions. ©D. R.

On monte en épingle l’épouvantail islamiste, on fait référence régulièrement au “Printemps arabe” et au sort des pays qui l’ont connu et on tente de développer une communication tous azimuts sur la lutte contre le terrorisme.

Il ne reste plus grand-chose à l’opposition, réduite à esquisser des initiatives sans lendemain faute de rapport de force favorable, ou à s’offusquer, via des communiqués, de la déliquescence des institutions, des violations répétées des libertés et des droits de l’Homme et de la situation économique en état de paralysie. En vingt ans de règne, l’une des “prouesses” de Bouteflika, c’est probablement d’avoir… anéanti le peu d’acquis d’Octobre 1988. Il a réussi, pour ainsi dire, à désertifier la scène politique nationale par le biais de deux redoutables artifices : la répression et la corruption, le bâton et la carotte, pour reprendre une formule consacrée. À la veille d’une échéance électorale qui, sous d’autres latitudes, suscite intérêt, débats et polémiques sur les bilans et les perspectives, l’enjeu est réduit chez nous à savoir si Bouteflika va briguer ou non un autre mandat. Et en attendant son hypothétique réponse, ses soutiens sont déjà en ordre de bataille. À commencer par son parti, le FLN, dont on apprend par la voix de Djamel Ould Abbes qu’il est “envoyé par Dieu”, qui annonce le parachèvement de l’élaboration du bilan des réalisations de Bouteflika. “Les deux partis ont réitéré leur soutien constant à Son Excellence, M. Abdelaziz Bouteflika, président de la République, auquel ils ont renouvelé leur appel à poursuivre sa mission à la tête du pays pour la continuité du développement et pour la stabilité de l’Algérie dans un environnement régional perturbé”, a indiqué lundi un communiqué du RND ayant sanctionné la rencontre entre son secrétaire général, Ahmed Ouyahia, et le président de TAJ, Amar Ghoul.
À l’évidence, on peut gager que le bilan du “développement” auquel doit probablement faire allusion Ouyahia et que déclinera Djamel Ould Abbes ne contiendra pas le nombre de “harragas” qui ont traversé la Méditerranée, au péril de leur vie, en quête de rivages accueillants, ni les scandales de corruption dont le dernier en date ­— celui de la cocaïne — n’a pas encore livré tous ses secrets, ni le nombre de cadres de valeur qui ont quitté le pays pour s’installer sous des cieux plus cléments de l’Occident, ni les immolés, ni le nombre d’émeutes, ni la situation des hôpitaux et des maternités, ni la question de l’environnement des affaires et l’environnement tout court, ni la bureaucratie, ni les violations des libertés, y compris l’empêchement des cafés littéraires, ni la cagnotte dépensée sans que le pays diversifie son économie… Et la liste est loin d’être exhaustive. Mais au-delà du bilan chiffré sur les “réalisations” que les soutiens du Président vont faire valoir pour convaincre de la pertinence du choix de sa “candidature”, un autre argument revient tel un leitmotiv : la stabilité. En décodé : un autre choix que celui du Président ouvrirait la porte à l’aventure. C’est pourquoi, confusément, on monte en épingle l’épouvantail islamiste, on fait référence régulièrement, comme l’a fait récemment Ouyahia, au “Printemps arabe” et au sort des pays qui l’ont connu, à l’image de la Libye et de la Syrie, et on tente de développer une communication tous azimuts sur la lutte contre le terrorisme. S’il est vrai que les risques pouvant attenter à la stabilité sont réels, la menace, cependant, semble quelque peu exagérée. On ne peut valablement discourir à longueur d’année sur le “retour de la stabilité” et présenter l’Algérie comme un pays sûr et conjoncturellement brandir “la menace et les risques de déstabilisation”. D’un avis unanime, c’est plutôt le régime, à travers une gouvernance inégalitaire, qui a fait la part belle à la corruption, devenue aujourd’hui une affaire de sécurité nationale, perpétuant des pratiques perverses comme le régionalisme, sans pouvoir judiciaire indépendant, qui réunit les ingrédients de l’instabilité. Comme on l’a vu avec ces poussées de colère dans divers endroits du pays et pour diverses raisons.

Sauver l’Algérie ou le régime ?
“Il faut une recomposition politique pour en finir avec le système hérité du parti unique qui est devenu un danger pour l’État et la nation. Pour nous, le respect de la souveraineté populaire est le garant essentiel pour la défense de la souveraineté du pays. Une souveraineté populaire qui permettra de mettre en place un gouvernement responsable devant les élus véritables du peuple. Il ne faut pas tromper le peuple en essayant de le convaincre qu’il est encore possible de réformer le système de l’intérieur”, rappelait encore avant-hier Louisa Hanoune qui réclame la convocation d’une assemblée constituante. “Le pays est secoué par une crise multidimensionnelle, conséquence de l’immobilisme politique, économique, social et culturel”, constatait, il y a quelques jours, le FFS, non sans mettre en garde contre “le danger” qui pèse sur la cohésion sociale et la stabilité du pays, à cause de “la volonté du pouvoir de maintenir le statu quo, de conforter l’alternance clanique face à l’alternative démocratique”. Quant à Talaie El-Houriat, il déplorait “l’attitude autiste irresponsable du régime politique en place qui priorise son maintien au pouvoir sur les intérêts du pays et de la Nation”. “Au moment où notre pays vit une impasse politique qui perdure, nourrie par l’autisme et l’arrogance des tenants du régime en place, et connaît une situation économique et sociale délicate que tente de masquer le recours à la planche à billets, le pouvoir politique en place n’envisage aucune autre option que celle de se succéder à lui-même, et affiche les signes d’une volonté de reproduire les conditions de la préservation du statu quo et du maintien d’un système qui a asséché les potentialités de notre pays et bouché les horizons de l’épanouissement de la Nation”, notait le parti récemment en précisant que le pays se retrouvera à l’orée de la prochaine échéance à la croisée des chemins avec “d’un côté, l’opportunité historique de l’ouverture d’un dialogue politique inclusif pour une solution consensuelle salutaire à la crise qui affecte notre pays et pour l’adoption d’une feuille de route tendant à l’instauration graduelle d’un système démocratique et consacrant la pleine citoyenneté et la primauté du droit” et “d’un autre côté, une reconduction irresponsable du système politique en place par la fraude et la confiscation de la volonté populaire qui plongera inéluctablement notre pays dans l’inconnu et dont l’entière responsabilité des dérapages prévisibles incombera à ceux qui auront fait le choix étroit de la sauvegarde des intérêts claniques et personnels, au détriment des intérêts de la Nation, que ce choix soit volontaire ou suggéré par des forces extraconstitutionnelles ou inspiré par des puissances étrangères”. En définitive, le “forcing” du FLN, du RND et autres organisations satellites en faveur d’un autre mandat pour un Président dont tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est plus apte à gouverner vise la “stabilité du régime”. Le chantage à l’instabilité doit certainement dissimuler quelque désarroi.

Karim Kebir


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