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A la une / Actualité

Sortie des Mémoires de Mohammed Boudaoud aux éditions Rafar

Le témoignage d’un “malgache” atypique

©D. R.

Voilà un militant nationaliste de la première heure, qui a rejoint les rangs des services secrets algériens, pendant la guerre d’Indépendance, et dont le parcours se distingue de celui des autres membres du Malg.

Dans ses mémoires sur la guerre de Libération nationale, intitulées Les armes de la liberté, sorties récemment aux éditions algériennes Rafar, Mohammed Boudaoud, dit Si Mansour, passe en revue un certain nombre de faits et d’événements. Sur les 200 pages, il apporte des éclairages notamment sur sa militance au PPA/MTLD puis à l’Organisation spéciale (OS), sur son implication aux événements du 8 Mai 1945, son intégration au sein des services du Malg, en consacrant des chapitres au “ravitaillement et (à) la logistique”, aux “ateliers des armes de la liberté” ainsi qu’au parcours des techniciens, pour la plupart des jeunes, des usines d’armement de l’ALN. Sans oublier pour autant de revisiter l’assassinat d’Abane Ramdane et la crise de l’été 1962.

La lutte armée, une lutte incontournable
Dans la présentation de l’ouvrage, l’historien Daho Djerbal relève que les témoignages de “première main” de Boudaoud, constituent une “matière première” précieuse, voire une “référence” dans l’écriture de l’histoire contemporaine de l’Algérie. En effet, le moudjahid, ayant longtemps gardé le silence, ouvre une importante page, souvent méconnue, de la Révolution algérienne.
Mohammed Boudaoud est né en 1926 au village de Taouarga, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Il appartient à une famille engagée dans un combat politique mené par le PPA/MTLD.
Encore adolescent, il se voit dès le début de l’année 1943 “embarqué définitivement sur le navire de la lutte pour la liberté”. Un combat où la lutte armée est incontournable. L’été 1946 représente un tournant décisif dans sa vie de militant : âgé d’à peine 19 ans, Boudaoud rejoint Alger, la capitale-refuge des nationalistes traqués, où il continuera à militer dans le MTLD jusqu'en 1947, date à laquelle il intègre l'Organisation spéciale (OS). La fin des années 1940 représente, à ses yeux, une période qui “constituait en fait le prélude au soulèvement”. “Le démantèlement de l’OS avait certes retardé l’échéance, mais on était convaincus que tôt ou tard, la guerre éclaterait”, concède celui qui dirigera plus tard le département logistique et armement ouest.

L’“école” de Boussouf et de Boumediene
Dans son témoignage, Si Mansour donne un éventail de noms des nombreux militants qu’il a côtoyés, les noms des chefs compris : Aït Ahmed, Ouramdane, Allel Thaâlibi (adjoint de Boudiaf), Boussouf, etc. Sans chercher à noircir l’image du duo Boussouf-Boumediene avec qui il entretenait des relations empreintes de “respect”, il admet, avec le recul, que l’arrestation de Mohamed Boudiaf (suite au détournement de l’avion transportant les 5 chefs du FLN à Alger), en 1956, a donné l’occasion aux deux hommes de “placer leurs hommes dans les différents postes de responsabilité”. Boussouf et Boumediene, confie-t-il, voulaient faire du Maroc occidental “leur terrain de prédilection” pour le contrôle de toutes les transactions d’achat d’armes, casant leurs hommes aux “postes-clés”, dont le “tyrannique” Abdelkader Maâchou, plus connu sous le nom d’Abdeljellil, qui “jetait l’opprobre sur le FLN” et qui, sans l’avis de ses supérieurs, s’en était pris à trois collaborateurs de Si Mansour, après les avoir “injustement emprisonnés”. “Je n’ai pas pu me taire devant cette grave injustice”, confesse l’auteur de Les armes de la liberté, en rappelant que tous ceux qui n’étaient pas de l’“école” de Boussouf et de Boumediene étaient frappés d’“ostracisme”, relégués à “faire de la figuration” ou contraints à accepter des “rôles de moindre importance”, sinon à subir la “chasse aux sorcières”. Les contestataires, ajoute-t-il, “étaient dans leur viseur et la moindre incartade était payée cash”.

Krim Belkacem à propos de Abane Ramdane : “Oui, nous l’avons tué…”
Dans ses témoignages, Boudaoud se rappelle qu’à la fin 1958, l’absence d’Abane Ramdane, cet architecte du Congrès de la Soummam, à “une réunion historique”, au Caire, lui paraissait des plus étranges. “Mon instinct me disait que quelque chose de grave était survenue, mais je m’abstins de faire le moindre commentaire”, raconte-t-il, non sans mener sa petite enquête auprès de certains militants, dont Allel Thaâlibi, ami de longue date de Abane.
N’ayant pas de réponse à ses interrogations, il finit par s’adresser à Krim Belkacem en personne, qui lui répond : “Oui, nous l’avons tué et si c’était à refaire, on le refera.” Pour Si Mansour, Abane assassiné par ses pairs, la Révolution prenait “un tout autre tournant”, voire un “virage à 180°”, où les luttes au pouvoir prenaient désormais le pas sur les nobles causes tracées en Novembre 54. Mais, avant de prendre congé de Krim Belkacem, il lance à ce dernier : “Personne n’aurait pu lui causer le moindre mal, si tu n’avais pas donné ton accord.”

Ah si jeunesse savait !
Le moudjahid se remémore aussi la question vitale de la solidarité internationale avec le combat du peuple algérien pour le recouvrement de l’Indépendance, et aborde donc celle des aides apportées par plusieurs pays, dont la Chine, Cuba, et plus tard l’ex-URSS. Il consacre, néanmoins, plusieurs pages à la solidarité marocaine qui, insiste-t-il, s’est exprimée plus d’une fois, même dans de nombreuses opérations d’achat d’armes et dans leur acheminement. “C’était le cas de tout le peuple de ce pays qui ne reculait devant aucun obstacle, ni ne craignait les représailles pour aider les Algériens”, déclare-t-il, en précisant plus loin : “Contrairement à ce qui a été colporté sur le Maroc, ce pays nous a grandement aidés, que ce soit sous Mohammed V ou sous le règne de son fils Hassan II.”
Aujourd’hui, on mesure la portée de ses révélations, mais aussi et surtout tout le mal fait par l’ancien colonisateur français qui, avec la complicité de l’Espagne, a exploité et entretenu la rivalité entre des chefs de l’Algérie et du Maroc, aux fins de les opposer et d’imposer une vision partiale et arbitraire du problème de décolonisation du Sahara occidental !

Point d’ordre concernant Messaoud Zeggar
Dans son ouvrage, l’auteur fait état des infiltrations des services spéciaux français, de leur échec dans leurs tentatives de “noyautage” des services de l’armement et de la logistique de l’ALN au Maroc. Contrairement au département algérien activant à Tunis qui a été noyauté. Il se penche, en outre, sur les difficultés rencontrées par ses services dans l’acheminement des armes, notamment après l’installation, en 1958, des lignes Morice et Challes.
D’où la décision de fabriquer des armes, une mission affectée à son département du ravitaillement et de la logistique, qui dépendait désormais du Malg. En réalité, tout a commencé en 1956 où, sur ordre de Boudaoud, une fonderie est montée à Tétouan, au nord marocain, pour la fabrication “dans le secret” des grenades anglaises, puis américaines.
D’autres ateliers sont, par la suite, créés sur le territoire marocain, pour le montage d’armes et pour la réalisation de mitraillettes et de composants de mitraillettes, de chargeurs, de mortiers et de composants de mortiers, ainsi que des obus. Ces unités, dédiées à la formation des jeunes, ont également fabriqué d’autres outils, comme les cisailles à main pour le coupage des fils barbelés des lignes électrifiées Challes et Morice. Mais, avant de clore le sujet, Boudaoud tient à s’expliquer sur le rôle joué par un certain Messaoud Zeggar. “Certains, mal informés ou pour des raisons que j’ignore, ont attribué ces centres de fabrication d’armes à Messaoud Zeggar dit Rachid Casa. Une contre-vérité historique que je tiens aujourd’hui à démentir”, expose-t-il, signalant que ce dernier, dépendant “directement” de Boussouf, avait pour mission de s’occuper des bases américaines au Maroc.
Une tâche qu’il a d’ailleurs bien menée !

La crise de l’été 1962
D’après le moudjahid, la grande difficulté rencontrée pour fournir de l’armement aux maquis de l’intérieur est à l’origine “d’innombrables malentendus” entre les responsables de la Révolution. Ce problème aurait eu “son heure de gloire”, lors de la crise de l’été 1962 où il a été posé avec acuité. Dans le souci de décrire, certainement, l’état d’esprit qui prédominait à l’époque, l’ancien officier supérieur de l’ALN rapporte que vers la seconde moitié de l’année 1961, il avait interpellé Boumediene, en Allemagne, sur “la nature” du différend entre le GPRA et l’EMG. “Laisse de côté cette hypocrisie Mansour, nous savons que tu roules pour le GPRA”, lui répond celui qui présidera, quelques années plus tard, la République algérienne.
Ce parti pris, il le retrouvera chez Ben Bella, “après le cessez-le-feu”, et chez Abdelaziz Bouteflika, l’actuel chef de l’État, “après l’Indépendance”. Dans ses mémoires, l’auteur soutient qu’il ne roulait ni pour le GPRA ni pour l’EMG, mais qu’il travaillait “pour la libération du pays”. Se définissant comme “un partisan de la légalité”, il va alors observer “une position neutre” lors de la crise de l’été 1962 et se reconvertira au commerce, une activité qu’il a déjà exercée avant le déclenchement de la guerre de Libération.
Mais, après le coup d’État de 1965, il décide de rompre “définitivement” avec l’activité politique. Les témoignages de Boudaoud, recueillis et rédigés par nos confrères Mustapha Aït Mouhoub et Zoubir Khelaïfia, sont précieux à plus d’un titre. Et, même si des zones d’ombre subsistent, ils aident à la compréhension d’une partie de la crise que nous subissons encore aujourd’hui. Un livre à ne pas rater !

H. A.


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