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Après les manifestations de vendredi

Les Algériens ont brisé le mur de la peur

On ne peut museler un peuple indéfiniment. © Billel Zehani/Liberté

Plus qu’un défi relevé, c’est une véritable leçon de civisme que les Algériens ont donnée au système.

Portraits arrachés, slogans foncièrement anti-Bouteflika et surtout une marche dans la tranquillité, des dizaines de milliers d’Algériens — qui ont brisé le mur de la peur, — se sont approprié la rue et ont surtout défié le système. Ils ont voulu laver l’affront que constitue une éventuelle reconduite d’Abdelaziz Bouteflika. Le vendredi 22 février restera dans les annales algériennes comme un jour historique. Alors que le système et ses nombreux porte-voix nous promettaient le chaos et la peur quelques heures seulement après le début des manifestations, le peuple algérien, dans toutes ses tendances et couleurs politiques, a prouvé le contraire. Aux menaces d’un Ahmed Ouyahia arrogant, qui promettait le glaive de la répression à ceux qui seraient tentés par la rue, les Algériens ont répondu par la plus simple des expressions : des manifestations massives, mais pacifiques. “Pacifiques !”, a scandé la foule pour prouver que finalement, et même à Alger, manifester “pacifiquement” est possible. Le peuple s’est emparé de la rue qu’il a dû céder durant des années pour ne pas “perturber” la stabilité du pays. Cette stabilité chèrement acquise et que le pouvoir a toujours fait miroiter comme une menace pour empêcher les Algériens d’afficher une quelconque aversion à sa politique.
Des médecins spécialistes sauvagement réprimés, aux anciens militaires à la retraite bombardés de lacrymogènes en passant par des enseignants grévistes auxquels on a refusé un droit pourtant consacré par la Constitution, le système a toujours joué sur les peurs de dérapage. Laisser les Algériens manifester, y compris lorsqu’il s’agit de porter des revendications corporatistes ou tout simplement socioprofessionnelles, équivalait, pour le pouvoir, à l’ouverture d’une brèche à d’éventuelles manifestations qui contesteraient son existence. Cela devait pourtant arriver un jour. C’est arrivé le vendredi 22 février.
Plus qu’un défi relevé, c’est une véritable leçon de civisme que les Algériens ont donnée au système.
À ce dernier qui a toujours confondu manifester et semer le chaos, les marcheurs de vendredi ont donné la preuve que, hormis  quelques exceptions, les manifestations sont toujours pacifiques lorsque les services de sécurité se limitent à rassurer les manifestants au lieu de les réprimer. Les images de quasi-fraternisation entre des policiers et des protestataires ont prouvé également que les autorités ont toujours exagéré lorsqu’elles sont appelées à gérer les manifestations dans les grandes villes, notamment à Alger.
Magnifique est cette réponse donnée par les Algériens au Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et au système dans son intégralité.
À l’assertion, prononcée par la vitrine actuelle du pouvoir, qui, à lui seul, cristallise toutes les critiques de l’opinion publique, voulait que les “Algériens soient heureux” de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, des milliers d’Algériens ont répondu par un “non au cinquième mandat”. “Non à Abdelaziz Bouteflika, non à Saïd”, a-t-on entendu dans d’autres villes du pays, comme pour rappeler qu’en plus du refus de présenter un homme malade, hors champ et surtout dépassé par le temps et les événements, le pouvoir ne doit pas comprendre ces rejets comme une porte ouverte à la succession dynastique.
Face à ces manifestations, qui ne vont visiblement pas s’arrêter, le pouvoir est désormais coincé.
Il ne pourra plus argumenter des refus de manifester puisque le peuple l’a fait sans demander son autorisation. Il ne pourra plus réprimer au risque d’amplifier le mouvement qui, en se durcissant, va élever le seuil de ses revendications. Seule issue, la rue l’a bien montré vendredi.


Ali Boukhlef

 


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