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A la une / Actualité

Mariages avec des non-musulmans

Les choix contrariés des Algériennes en France

©Louiza/Archives Liberté

Pour contourner la loi, beaucoup d’époux ont recours aux conversions de circonstance. Ce rituel est très souvent le passage obligé de nombreux couples formés par des hommes français et leurs partenaires algériennes, qui souhaitent transcrire leur union dans l’état civil algérien.

Toutes savent ce qu’il faut faire. Certaines pour contenter leurs familles. D’autres, plus nombreuses, dans le but de faire reconnaître leur mariage dans leur pays d’origine. Comme l’ensemble des Maghrébines de confession musulmane, les Algériennes de France qui ont choisi de contracter une union avec des Français non musulmans sont conscientes de la nécessité pour leurs conjoints d’embrasser l’islam. Or, dans de nombreux cas, cette conversion est de circonstance. Elle se limite pour son auteur à réciter la Chahada devant un imam. Un certificat de conversion lui est ensuite délivré. Celui-ci servira, le cas échéant, à faire valider la demande de transcription du mariage, qui a eu lieu en France, dans l’état civil algérien. “Ni moi  ni mon conjoint étions favorables à cette démarche au début. Nous avons estimé tous les deux qu’il s’agit d’une tromperie. Mais j’ai dû céder face à la pression de mes parents et de mon entourage qui ne voulaient pas que je me lie à un non-musulman, et mon mari a suivi à contrecœur”, raconte Lamia, une jeune femme, mère de deux enfants qui auraient pu être privés de la nationalité algérienne si le mariage de leurs parents n’avait pas été reconnu en Algérie.

Ce que dit la loi
La règlementation concernant la transcription des actes de mariage entre les ressortissantes algériennes et des non-musulmans ne tolère aucune exception. Elle stipule que toute demande est irrecevable “sauf en cas de conversion de l’époux à la religion musulmane”. Le dossier de demande de transcription doit comporter, à cet égard, une attestation de conversion délivrée par une autorité religieuse habilitée. Des cas particuliers qui peuvent donner lieu a des tracasseries administratives sont également éludés. Le ressortissant d’un pays pratiquant plusieurs confessions doit fournir un document attestant de sa confession musulmane (acte de naissance, document d’identité ou de voyage sur lequel est mentionnée sa confession) ou, à défaut, un certificat de coutume délivré par la Grande Mosquée de Paris. “Tout cela m’a été dit quand je me suis rendue au consulat d’Algérie a Paris afin de me renseigner sur la possibilité de transposer mon mariage sur le registre de l’état civil algérien”, explique Ratiba. Celle-ci dénonce une forme de discrimination qui empêche les Algériennes, même lorsqu’elles sont loin de chez elles, de faire des choix de vie librement. “Cette façon qu’a l’État de s’ériger en clergé et de s’immiscer dans notre sphère privée est inadmissible”, déplore la jeune femme. Pour le moment, son conjoint reste réfractaire à l’idée de se présenter devant un imam avec l’intention présumée de se convertir à l’islam. “Bien qu’il ne soit pas spécialement croyant, il estime que l’islam, comme toutes les religions d’ailleurs, doit être respecté, et n’a pas à servir de faire-valoir”, narre Ratiba un peu triste. Dans un mois, le couple uni depuis deux ans doit se rendre en Algérie en vacances. Cependant, là-bas, leur mariage n’a pas d’existence légale. Pour l’état civil algérien, Ratiba est toujours célibataire.  D’autres Algériennes de France, dans la même situation, le sont aussi dans l’esprit de la loi de leur pays d’origine. Et elles sont de plus en plus nombreuses.

Les unions de Français avec des femmes maghrébines en progression
Si, auparavant, la tendance était plutôt au mariage mixte formé par des hommes algériens et des Françaises, les choses semblent avoir beaucoup changé. Des chiffres de l'Institut national français des statistiques et des études économiques (Insee) pour l’année 2015 montrent que 49% des mariages mixtes célébrés en France (sur un total de 33 800) unissent une femme étrangère et un homme français. “Ces statistiques sur les mariages mixtes reflètent les flux migratoires en France. Car, en toute logique, les personnes qui migrent se retrouvent sur le marché matrimonial”, a expliqué l’Insee dans son compte-rendu, en précisant que plus d’un tiers des unions sont composées d’un conjoint français et d’une personne de nationalité maghrébine.
Si beaucoup d’Algériennes se marient en France avec des Franco-Algériens, qui sont dans la majorité des enfants d’immigrés, d’autres, par contre, se lient à des Français de souche. Bien qu’il ne soit pas tout à fait précis, le profil de ces jeunes femmes révèle des parcours presqu’identiques d’étudiantes parties d’Algérie pour parfaire leur parcours universitaire en France et qui ont décidé d’y rester pour construire leur vie professionnelle et personnelle. Si certaines ont dû dérouler plusieurs arguments pour faire accepter à leurs familles l’idée d’un mariage avec un Français, d’autres ont été approuvées beaucoup plus facilement. “Contrairement à ce que l’on croit, les mœurs ont beaucoup évolué en Algérie. En tout cas, avec mes parents, cela s’est très bien passé”, assure Ratiba. Il lui reste maintenant à savoir si elle parviendra un jour à faire reconnaître officiellement son mariage en Algérie.

Des recours internationaux quasi impossibles
Maître Mourad Serhane, du barreau de Paris, est souvent confronté à des couples qui le questionnent sur la possibilité de contraindre l’État algérien à transcrire dans l’état civil algérien un mariage avec un non-musulman sans obliger ce dernier à se convertir. “Des recours internationaux peuvent être introduits. Mais il s’agit d’un véritable parcours du combattant que personne ne veut emprunter”, dit l’avocat.  S’élevant contre ce qu’il considère comme “des injustices juridiques”, il estime que la loi, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, constitue une interférence dans la vie privée des individus. “Elle prive les femmes du droit de vivre avec qui elles veulent”, fait-il remarquer, comprenant, à ce sujet, le désarroi de certains couples qui recourent à des conversions factices pour faire valider leur union. “Des gens sont contraints au mensonge sur leur foi. Nous sommes face à une hypocrisie absolue”, soutient encore Me Serhane. Celui-ci salue d’ailleurs la décision prise par le gouvernement tunisien d’abroger l’interdiction de mariage des Tunisiennes avec des non-musulmans. Cette mesure constitue, selon lui, une avancée.

Pas de statistiques sur les conversions de circonstance
Les Algériennes, pour leur part, doivent s’accommoder des contraintes légales existantes. Aucune statistique officielle n’est disponible sur le nombre des conversions à l’islam à l’occasion de mariages. La Mosquée de Paris confie que ces conversions sont pratiquées dans un cadre global car il s’agit en théorie d’un geste de foi personnel. 3 800 attestations de conversion ont été délivrées par cette institution en 2016 à des individus d’origine européenne. Selon les responsables de la Mosquée, la démarche n’est pas du tout une simple formalité. Trois entretiens préalables sont organisés avant la cérémonie de conversion. Pour autant, il n’est pas simple, même après de longues discussions, de savoir si les intentions des prétendants à la conversion sont sincères. Sur les réseaux sociaux, en tout cas, des forums de discussion pullulent sur les conversions de circonstance à but matrimonial.

De Paris : Samia Lokmane-Khelil


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